La normalisation, on a tous à y gagner

C’est en France qu’auront lieu les prochaines réunions du comité technique ISO TC130 qui désigne un comité d’élaboration des normes pour les Industries Graphiques. Une soixantaine d’experts internationaux sera ainsi amenée à échanger du 20 au 24 avril prochains, avec un objectif clair : harmoniser les pratiques d’impression et de gestion de la couleur, tout en impulsant de possibles nouvelles orientations industrielles. Mais plus encore, l’ambition de l’organisation française – portée par l’UNIIC – est telle qu’il s’agira d’inclure au-delà de ce seul cercle d’experts pour ouvrir le débat et impliquer les imprimeurs. Une conférence dédiée se tiendra à cette fin le 22 avril prochain et pour de nombreuses raisons que nous nous apprêtons à développer ci-dessous, nous vous encourageons vivement à vous inscrire…

Contrairement à ce que d’aucuns pourraient considérer être un débat d’initiés, il faut voir les discussions qui précèdent l’élaboration des normes comme une façon de dessiner des objectifs collectifs et sectoriels, dans l’intérêt d’un maximum de parties prenantes.

Harmoniser des tirages de plus en plus fragmentés

Pour les donneurs d’ordre, l’intérêt sonne comme une évidence : il s’agit d’harmoniser le rendu des tirages chez tous les imprimeurs, quel que soit le procédé d’impression et partout dans le monde. Car à mesure que les usages de production migrent vers des volumes plus fragmentés (c’en est effectivement fini du temps où les marques pouvaient s’appuyer sur un site et un procédé d’impression unique), il s’agit d’assurer une harmonisation et une répétabilité colorimétrique satisfaisantes quel que soit le ou les procédés d’impression utilisés pour la production d’une publication, d’un emballage ou d’un produit industriel, qu’ils soient conventionnels (offset, flexo, hélio) ou numériques (jet d’encre, toner etc.). Quant aux entreprises, les bénéfices pour elles d’une normalisation sont nombreux : entrer dans le pool des imprimeurs à même d’assurer aux marques cette fidélité/répétabilité colorimétrique, gagner en efficacité productive par l’automatisation de process qualité et se prémunir juridiquement de tout litige en aval, le respect d’une norme faisant foi lorsqu’il est question d’évaluer la validité d’un travail d’impression, au regard de la demande exprimée.

« L’impression est un procédé industriel et non pas une démarche intuitive ou artistique. »

La standardisation, une question de taille ?

La question de la normalisation, on le sait, nécessite également de lever des craintes légitimes : risque-t-on une uniformisation des techniques et des rendus ? Peut-on tendre vers la surqualité et générer de facto des coûts superflus ? Va-t-on céder l’essentiel de nos savoir-faire à une automatisation tous azimuts dopée à l’IA ? Autant de questions que ladite conférence veut permettre de traiter, tout en démystifiant une démarche qui génère des peurs : parce qu’il est difficile de changer et de bousculer ses habitudes. A fortiori lorsqu’on est une entreprise de taille modeste et que l’on tend – consciemment ou non – à se disqualifier sur ce type d’approches. Des approches que l’on peut – à tort – penser réservées à des acteurs de taille industrielle importante et dotés des moyens de repenser/restructurer leur mode de fonctionnement, tant sur le plan technique qu’organisationnel. Au-delà de l’événement que représente en soi la réception du TC130 en France, la conférence du 22 avril s‘attachera donc à démystifier la structuration des normes et déconstruire les peurs qu’elles peuvent susciter, souvent par complexe d’infériorité – ou de supériorité – ou parce que l’on croit qu’elles n’auraient d’utilité qu’à condition d’atteindre une certaine taille critique et/ou de traiter avec une typologie de clients particulière. « L’intérêt principal est le gain de productivité par une mise en couleur plus rapide, la réduction de la gâche (papier, temps machine, retirage etc.) grâce à la maîtrise du process, et in fine, le nerf de la guerre : l’augmentation des points de marge et du bas du bilan en moyenne de 5% (étude UNIC-KEE Consultants-IDEAlliance 2012). Il n’y a pas de taille d’entreprise pour ça, mais plutôt un état d’esprit et une prise de conscience que l’impression est un procédé industriel et non pas une démarche intuitive ou artistique. En tous les cas de figure, et quelle que soit la taille de l’entreprise, la mise en place d’une telle démarche doit être faite petit à petit, il ne faut pas vouloir tout révolutionner du jour au lendemain mais poser une réflexion puis définir un plan d’action qui permet d’avoir des gains rapides (fast wins) à court terme, à moyen terme et à long terme » précisent de concert Christophe Villar (GAC, représentant la France au sein de l’ISO TC 130) et Elie Khoury (Président d’Alwan Color Expertise et de la commission CNTCG de l’AFNOR).

« Les produits qui n’entrent pas dans le champ de la chaîne de production normalisée que ce soit de par leur substrat, leurs encres ou même le rendu spécifique attendu par le client, seront mieux gérés dans une chaine normalisée et maitrisée par les différents acteurs de la chaine de production. »

Standardiser n’est pas uniformiser

Quant à craindre une uniformisation de tout, en conséquence de procédés normalisés déployés chez une majorité d’acteurs, là encore, Christophe Villar tient à déconstruire ce qui selon lui tient du raccourci erroné. « La plupart des commandes aujourd’hui entre dans les standards de la couleur, ces produits peuvent être fabriqués en passant par des processus normalisés et cela permet également de garantir un niveau de qualité. Les produits qui n’entrent pas dans le champ de la chaîne de production normalisée que ce soit de par leur substrat, leurs encres ou même le rendu spécifique attendu par le client, seront mieux gérés dans une chaine normalisée et maitrisée par les différents acteurs de la chaine de production. Ce sont des produits qui peuvent être à forte valeur ajoutée à condition qu’ils soient produits sans surcoût dus à de multiples tentatives pour atteindre le rendu attendu. Les entreprises ont intérêt aujourd’hui à avoir une véritable maîtrise de leurs processus de fabrication pour justement répondre à toutes ces demandes. Normaliser la production permettrait de gagner du temps et de laisser plus de place aux commandes exotiques » explique-t-il, démontrant ainsi que les démarches de normalisation ne tendent pas à traiter de manière indifférenciée n’importe quel travail d’impression, bien au contraire. Autant de points (entre autres) qu’il conviendra d’éclairer au moyen de négociations internationales tenues dans le plus parfait respect des positions des uns et des autres, l’événement portant la responsabilité de réajustements normatifs à même de profiter au collectif, au sens le plus noble qui soit. Dans un contexte parfois confus, évoquant de manière lasse une « inflation des normes » qui aurait pour résultat de complexifier la bonne marche des entreprises, il convient en effet de ne pas confondre les contraintes règlementaires, mues par un intérêt supérieur, avec des normes destinées pour leur part à standardiser des approches productives dans une optique d’optimisation des performances. Et c’est bien en gagnant en efficience productive et qualitative, via des démarches normatives, que l’on se prépare au mieux à répondre aux attendus réglementaires qui ne cessent de toute façon de s’imposer aux entreprises. De sorte qu’en la matière, les contraintes ne s’additionnent pas, elles tendent au contraire à converger pour le mieux. Rendez-vous le 22 avril à Paris pour davantage d’éclairages !

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