Philippe Chalmin – “Je pense que le point haut de la crise des matières premières est derrière nous”

Professeur d’histoire économique à l’Université Paris-Dauphine, Diplômé de HEC, agrégé d’histoire, docteur ès lettres, Philippe Chalmin est considéré comme l’un des meilleurs spécialistes mondiaux des matières premières. Membre du Conseil d’analyse économique auprès du Premier Ministre, il est l’auteur de nombreux ouvrages et est également chroniqueur en télévision et radio et signe de nombreuses chroniques dans la presse. Avant d’intervenir lors du Congrès de la Filière Graphique “Libres Impressions”, il nous livre ici quelques clés de compréhension d’une crise transversale, qui affecte nombre de marchés plongés dans l’incertitude.

Philippe Chalmin.

On observe depuis quelques mois une flambée des prix des matières premières. On imagine dès lors qu’il existe des causes communes à un phénomène à ce point généralisé, quelles sont-elles ?

Il y a effectivement des raisons communes à cela et d’autres liées à la situation de chaque marché, chacun ayant sa propre histoire. Les deux raisons les plus générales sont :
– Le redémarrage de l’économie mondiale. Il a été plus rapide que prévu puisqu’en ce qui concerne la Chine, il s’observe dès l’été 2020. Pour les Etats-Unis, c’est à peine plus tard : automne 2020. Le redémarrage de l’économie européenne n’est quant à lui intervenu à mon sens qu’à partir du printemps 2021. Ceci s’est traduit par une augmentation de la consommation et donc de la demande, à un moment où bien souvent, les appareils de production n’étaient pas revenus à pleine capacité, du fait du Covid. A un moment aussi où nous avons constaté des goulots d’étranglement logistiques, en particulier en ce qui concerne les transports maritimes. Tout le monde a entendu parler des pénuries de semi-conducteurs, mais il n’y a pas eu que cela : on a observé des tensions sur un certain nombre de marchés. Pour certains, c’était prévisible : pour les métaux par exemple et nombre de produits industriels. Mais pour d’autres, nous avons été plus surpris, je pense notamment au bois de construction, dont le prix a quadruplé aux Etats-Unis. Tout simplement parce que d’un côté l’industrie forestière était encore en situation de réduction de production en raison de la crise sanitaire, et parce que d’un autre côté il a fallu faire face à une augmentation considérable des mises en chantier de logements. Or, 80 % des logements aux Etats-Unis sont en bois, entraînant ainsi une très forte hausse des prix. A tel point que les autres marchés du bois ont été touchés, dans d’autres régions du monde et en particulier en Europe. Cette reprise économique a eu des effets d’autant plus marqués qu’il y avait eu de la part de nombre de gens une sorte de manque à consommer, entraînant une hausse de la demande à un moment où les appareils de production étaient encore affaiblis.
– L’autre grande raison, c’est que la Chine a redémarré beaucoup plus rapidement que tout le monde. Or, c’est le premier consommateur mondial de quasiment toutes les matières premières : incontestablement, la demande chinoise a pesé sur les tensions constatées pour le pétrole, les minerais et métaux, les matières premières industrielles ou même – et c’est relativement nouveau – les produits agricoles. C’est la demande chinoise qui a porté assez souvent les prix de produits tels que le minerai de fer, le cuivre, l’aluminium ou le pétrole à des niveaux largement supérieurs aux minimas qu’on avait enregistrés au printemps 2020. Il faut bien faire la différence d’ailleurs entre le point bas des prix qui étaient pratiqués durant le printemps 2020 et le niveau des prix avant la pandémie. On a toujours tendance à parler de l’augmentation des prix par rapport au printemps 2020, en vérité il faudrait se situer par rapport à la période pré-pandémie, ce qui relativise quand même les hausses de prix.

“La Chine a redémarré beaucoup plus rapidement que tout le monde. Or, c’est le premier consommateur mondial de quasiment toutes les matières premières.”

Ce sont là des causes directement liées à la crise sanitaire… Est-ce qu’elle explique à elle seule le phénomène de pénuries et de hausses des prix constaté ?

Pas tout à fait, il y a d’autres facteurs un peu moins importants à considérer : des accidents climatiques ont perturbé le marché des produits agricoles. Il y a notamment eu de la neige et des gelées au Brésil qui ont eu des effets sur le sucre et le café. Il faut aussi parler d’un autre facteur : alors que les marchés financiers atteignaient des sommets historiques, des investisseurs ont cherché à se diversifier et ont vu les matières premières comme une possible classe d’actifs. On a indiscutablement assisté à un vent de spéculation qui a porté un certain nombre de marchés au-delà des niveaux « raisonnables » qui auraient dû rester les leurs.

Peut-on espérer que ces tensions diminuent désormais ?

Le point haut de ces tensions est probablement derrière nous. Nous sommes en train d’assister à un retour à la normal dans un certain nombre de cas : les prix du bois aux Etats-Unis qui avaient quadruplé sont presque revenus à leur niveau antérieur. Au mois d’août, le prix du minerai de fer a perdu, par rapport aux prix les plus hauts observés au mois de mai, environ un tiers de sa valeur. Et on assiste pour nombre de marchés de minerais et métaux à des mouvements un peu identiques, avec certes toujours des différences d’intensité : au moment où je vous parle, les tensions sont les plus fortes sur l’aluminium et le café par exemple. Mais mon impression, c’est que nous sommes rentrés dans une période de consolidation, même si les goulots d’étranglement logistiques demeurent et continuent de peser sur certains approvisionnements d’entreprises.

“Nous sommes en train d’assister à un retour à la normal dans un certain nombre de cas.”

Y a-t-il des risques de conséquences plus durables ? En d’autres termes, le phénomène peut-il avoir des effets plus constants sur certains marchés ?

Des gens comme Goldman Sachs n’hésitaient pas à parler d’un nouveau super-cycle sur le marché des matières premières, mais je n’y ai pour ma part jamais adhéré. J’ai l’impression que les faits me donnent plutôt raison puisque l’on voit de nombreux marchés qui ont tutoyé leurs niveaux les plus hauts, commencer à baisser. Y compris d’ailleurs sur le plus important d’entre eux qui est le pétrole. Mais encore une fois, les tensions sur le fret et la logistique demeurent, et bien entendu, toutes les prévisions que nous faisons se font à situation sanitaire constante… On peut penser que les évolutions de la pandémie pourront jouer à la hausse des prix si cela paralyse la production, mais à la baisse des prix si cela réduit d’autant plus la consommation. C’est pourquoi il faut avoir conscience que nous restons dans une zone éminemment turbulente, sans même parler des tensions géopolitiques qui sont très sensibles, en particulier sur les marchés de l’énergie.

Comment différencier ce qui relève de tendances de fond et ce qui apparait comme des perturbations plus momentanées et réversibles ? Qu’en est-il par exemple selon vous des hausses de prix constatées sur les marchés du papier/carton ?

Il y a pour les papiers à usage graphique un recul de la consommation tendanciel et structurel depuis des années. Le secteur du carton se porte un peu mieux mais lui aussi a subi les perturbations de collecte et la fermeture des débouchés chinois à l’export. Il est même probable qu’il y ait eu un tantinet d’effet d’aubaine : certains producteurs ont pu en profiter pour restructurer leurs unités, mais c’est difficile de l’évaluer. Ce qui est certain, c’est qu’il y a eu des contraintes logistiques assez dramatiques qui n’ont pas épargné votre secteur : là où un conteneur Asie/Europe peut coûter environ 1500 dollars, on est aujourd’hui facilement à 10 000 dollars. Les goulots d’étranglement au niveau des ports restent par ailleurs tout à fait considérables, que ce soit à l’entrée ou à la sortie des mouvements de matières premières, et c’est un phénomène que l’on constate dans absolument tous les secteurs. On a pris conscience, au travers de cette crise, de la fragilité d’un certain nombre de chaines de valeurs très tendues à l’échelle internationale. L’instabilité s’est même généralisée à nombre de produits que l’on pensait relativement protégés. En l’occurrence, on était habitué à constater des épisodes cycliques de variations des prix sur la pâte à papier et il est vrai que c’était moins sensible sur le PPO [Papier Pour Ondulé, NDLR]. Mais en l’occurrence, le phénomène tend actuellement à se généraliser.

“Il y a eu des contraintes logistiques assez dramatiques qui n’ont pas épargné votre secteur : là où un conteneur Asie/Europe peut coûter environ 1500 dollars, on est aujourd’hui facilement à 10 000 dollars.”

Certains ont pointé un possible défaut d’anticipation, par la constitution de stocks notamment… Est-ce que c’est un levier préventif valide, selon vous ?

Incontestablement, oui. De toute façon, il existe tant des chocs de hausses que des chocs de baisses des prix. L’important pour des industriels, c’est de prendre conscience que le monde est éminemment instable. Ma seule certitude, c’est que demain les prix seront différents d’aujourd’hui. Anticiper par les biais de stocks est une chose, anticiper par le bais d’achats et de couvertures à plus long terme en est probablement une autre. Quand les prix sont bas, on a plutôt intérêt à se couvrir dans ses approvisionnements, mais il convient surtout de ne pas prendre pour acquis les prix d’aujourd’hui. Les papiers sont devenus des commodités, c’est-à-dire des produits dont le prix se fixe dans un pur rapport d’offre et de demande.

Vous portez un discours relativement optimiste, estimant que les tensions sur les matières premières iront maintenant en diminuant… Est-ce que cela vaut également pour le papier/carton ?

Je ne ferai pas de prévision sans base sérieuse, d’autant qu’encore une fois, chaque marché a son histoire. Tout ce que je peux dire c’est les situations peuvent se retourner de façon assez spectaculaire. Pour le cas du minerai de fer, le prix est tombé en trois semaines de 230 à 140 euros la tonne. Le point haut était à mon sens largement délirant, tout le monde espérait que les prix s’orienteraient à la baisse, mais personne n’imaginait que cela irait aussi vite. On parle là d’un produit pourtant très industriel et la Chine en importe plus d’1,5 milliards de tonnes, c’est ce qui rend la chose extraordinairement surprenante. Et ce n’est pas un cas si isolé : on vient de voir une baisse tout aussi violente en ce qui concerne le bois de construction aux Etats-Unis ou encore en ce qui concerne le coton. Ces baisses peuvent intervenir alors que parfois, on était encore sur des anticipations à la hausse des prix… Je pense que l’on est globalement entré dans une phase de détente, avec toutefois des inconnues sanitaires et géopolitiques qui dérivent logiquement vers des inconnues économiques. Je note quand même un petit peu moins d’optimisme de la part des conjoncturistes aujourd’hui sur le rebond économique post-pandémie, tout simplement parce que la « fin » de la pandémie est sans arrêt repoussée à plus tard. Il faut bien se rendre compte qu’à la moindre résurgence du Covid en Chine, on ferme le port de Ningbo-Zhoushan. De la même façon, pour suivre les évolutions relatives aux goulots d’étranglement logistiques, quand je vois la hausse des taux de frets de conteneurs, je constate qu’ils durent… Je me pose ainsi parfois la question : est-ce une situation organisée par les armateurs ? Je n’en ai pas vraiment l’impression.

“On est globalement entré dans une phase de détente, avec toutefois des inconnues sanitaires et géopolitiques qui dérivent logiquement vers des inconnues économiques.”

RÉFUGIER : un titre d’une perpétuelle actualité…

Parce que l’Imprimerie et le Livre ont de tous temps été les maillons d’une chaine de solidarité, l’UNIIC a soutenu le projet RÉFUGIER imaginé par un collectif constitué entre Patrick Chatet et l’Université de Clermont-Ferrand en lien avec notre centre de formation régional le lycée Lafayette.

Octobre 2017 : des familles et des jeunes migrants installent un campement de fortune à « Gergovia », dans les jardins et le parking de la faculté des lettres de l’université, à Clermont-Ferrand.

Le refuge s’organise. Une vie sociale s’imagine, précaire, fragile, exposée. Au fil des rencontres avec les étudiants et des luttes communes, une histoire de vies blessées et de voyages chaotiques se raconte.

Une histoire de solidarités et d’hospitalité s’écrit avec les bénévoles. Les archives de ce campement à l’université – récits, textes, photos, dessins – doivent être conservées : c’est toute la chaîne du livre qui en imprime la chronique et en porte la mémoire. Au sein d’un atelier animé par Alban Lefranc dans le cadre du Master Création littéraire de l’Université Clermont Auvergne, 2018-2019, RÉFUGIER collecte et restitue ces traces, ces instants et ces rencontres en trois carnets : Chroniques du campement Gergovia, Carnet de recherches et La chaîne du livre.

Alban Lefranc, écrivain, auteur dramatique, traducteur et scénariste, a publié Le ring invisible (Verticales) en 2013 et, en 2019, L’homme qui brûle (Rivages) et Steve Jobs – Théâtre (Quartett). Il a également créé la revue bilingue français/allemand, La mer gelée. Auteur en résidence à l’Université Clermont Auvergne en 2018‑2019, il a encadré les étudiants du Master de création littéraire pour l’écriture du carnet collectif Témoigner.

Ce très bel ouvrage constitué de trois fascicules sous coffret sera offert aux participants lors de notre congrès Libres impressions et remis par Georges Sanerot, Président de l’AFILI (Agence Francophone de l’Innovation pour le Livre Imprimé).

Le Congrès de la Filière Graphique est annulé !

Contraints et forcés, nous sommes dans l’obligation d’annuler cet évènement et nous en sommes navrés.

La participation, malgré les circonstances, était au rendez-vous tant le contenu était brillant et s’inscrivait dans les tendances de nos précédents événements.

Face aux incohérences et aux imprécisions des récentes décisions prises par les pouvoirs publics du Rhône qui impactent l’établissement d’accueil que nous avions choisi, il ne nous est malheureusement pas possible de mener à bien cet évènement dans des conditions optimales.

Toute l’équipe de l’Uniic qui s’est tant investie ces derniers mois pour bâtir un programme à haute valeur ajoutée partage votre déception face à ce cas de force majeure qui nous impose de respecter le principe de réalité.

Nous ferons tout notre possible avec les intervenants pour exploiter au maximum les sujets de qualité qui devaient être développés lors de cette journée. Nous vous les proposerons sous d’autres formes et vous disons à très bientôt en vous remerciant pour votre confiance et votre fidélité.

Mon mailing est ROI : retour en images

Dans un contexte sanitaire évidemment compliqué, les équipes de l’UNIIC et du SNCD ont uni et conjugué leurs efforts pour maintenir un événement qui n’a pas échappé aux questionnements : devant tant d’incertitudes, fallait-il repousser ou opter pour un format numérique ? Non sans quelques contraintes – certains intervenants n’ont effectivement pu faire entendre leur voix que par écran interposé – Mon Mailing est ROI s’est bel et bien tenu ce lundi 14 septembre au Grand Rex, réunissant près de 100 participants et occasionnant des échanges à ce point riches qu’ils qui auront sans mal justifié la décision des deux organisations. Retour en images sur les temps forts d’une journée qui n’en a pas manqué…

Bruno Florence, Président du SNCD.

Benoît Duquesne, Président de l’UNIIC.

Les Présidents respectifs du SNCD et de l’UNIIC ont rappelé l’importance de maintenir un événement physique porteur de sens, en des temps où les alternatives numériques ont tendance à s’imposer par défaut. Ils trouveront un écho bienvenu en l’intervention – filmée et retransmise par écran, pour le coup – du Sénateur de la Haute-Vienne, Jean-Marc Gabouty : “Il y a une nécessité de tisser des liens entre les différents métiers de la chaîne graphique” déclarait-il en effet, convaincu que “la diversité des techniques et des savoir-faire est un atout pour demain”. Des velléités de rapprochements et d’actions croisées incarnées par l’événement lui-même, dédié à situer au plus juste le print dans le monde sensiblement digitalisé du marketing direct. Car Jean-Marc Gabouty n’en doute pas, le tout-numérique est une impasse dont nous apercevons déjà les failles, dénonçant notamment un “manque de hiérarchie” dans des contenus volatiles et mal ciblés.

Christophe Barbier, Directeur de rédaction de l’hebdomadaire L’Express.

Homme de Presse, mais aussi homme de scène et de théâtre, Christophe Barbier s’est livré à une un monologue passionné en forme d’hommage au papier, célébrant notamment “une noblesse qui est le miroir de sa prestance intellectuelle”. Sans nier évidemment “la force grandissante du véhicule digital”, le journaliste a insisté sur les atouts du support imprimé qui lui sont exclusifs : il est générateur d’émotion via la sensorialité du matériau, meilleur outil de mémorisation, porteur d’une symbolique sociale forte etc. Et ce alors que, souligne-t-il, “le numérique paye aujourd’hui son immaturité : on ne sait pas encore le réguler et à certains égards, c’est une jungle où la haine donne à se répandre”. Faisant notamment ici référence aux échanges pour le moins tendus qui s’observent au quotidien sur les réseaux sociaux, Christophe Barbier n’a par ailleurs pas manqué de louer la capacité du matériau à être conservé : “Le papier n’est pas éternel, mais on sait à quel point il peut durer. En revanche, on ne connaît pas la capacité des contenus digitaux à durer, eux qui ont plutôt tendance à être volatiles et éphémères”.

Un collectif malicieusement baptisé “Vilain petit canal” s’est attaché à lire un manifeste théâtralisé, autour des atouts du mailing papier. Un autre moment de scène, qui derrière sa légèreté apparente, n’en a pas moins permis de prendre à rebours les idées reçues et rappeler les avantages de l’imprimé, notamment en termes de retour sur investissement.

Bernard Trichot, Directeur de l’IDEP.

Bernard Trichot (IDEP) puis Xavier Guillon (France Pub) ont nourri de leur expertise la séquence “Analyse économique du secteur” pour l’année 2019. Une année charnière puisqu’elle permettra de poser un socle pré-Covid-19, en forme de repère d’avant-crise. “Les volumes en marketing direct sont certes en baisse, mais il faut souligner à quel point ils restent massifs : cela représente 2,8 milliards d’euros pour les imprimés sans adresse (ISA) et 2,5 milliards d’euros pour le courrier publicitaire. C’est encore considérable, d’autant que la tendance baissière n’est pas continue : il y a des à-coups qui correspondent à l’arrêt de certaines grosses campagnes quand dans le même temps, une multiplicité de campagnes moins massives sont en plein essor” précise Xavier Guillon, illustrant notamment la chose avec le secteur caritatif, qui s’est distingué à la hausse sur la période considérée. “On trouve d’autres contre-exemples, notamment dans la PQR (Presse Quotidienne Régionale)” poursuit-il, expliquant combien “ces journaux locaux ont bien résisté pendant la crise sanitaire, par besoin d’informations locales et par la pertinence des circuits courts”.

Une table ronde bien nommée “Vis ma vie de mailing” a permis de présenter les différentes étapes de la création d’un mailing, ainsi que les innovations technologiques visant à optimiser la production des campagnes. Du donneur d’ordre à l’opérateur de data en passant par l’imprimeur/routeur, le cas d’une campagne caritative chapeautée par Fondation de France (qui se définit comme le “premier réseau philanthropique de France”) a ainsi été décortiquée dans ses moindres aspects pour mettre en exergue l’imbrication nécessaire des mondes du print et du numérique. Une façon de rendre concrets les rouages d’une “complémentarité” érigée comme un mantra tout au long de l’événement…

Restrictions sanitaires obligent, certaines interventions ont bel et bien pu être menées “en live” mais à distance. Ce sera notamment le cas de celle de Salvatore Spatafora, Directeur marketing de la Blancheporte. A l’occasion d’un test dont il aura exposé les enseignements et hypothèses de développement, 50 000 catalogues classiques ont été envoyés en même temps que 50 000 catalogues innovants et personnalisés. “Il ne s’agit aucunement de versioning mais bien de 50 000 catalogues uniques, ciblés sur la base des historiques d’achats de nos clients. Cela a généré des recommandations produits que nous avons incluses dans des catalogues personnalisés” détaille-t-il, avant de préciser, pêle-mêle, que “deux fois plus de clients se souviennent avoir reçu un catalogue quand il est personnalisé (89 %) avec un panier moyen qui augmente en moyenne de 7 %. On constate également un fort effet drive-to-Web grâce à ces catalogues : deux tiers du chiffre d’affaires est réalisé sur le site, par effet de redirection” souligne-t-il également. S’il ne désigne encore la chose que comme un “Test” qui demande à être validé en des conditions de production plus habituelles, Salvatore Spataforta ne cache pas combien l’expérience est encourageante : “Ces catalogues accomplissent un formidable travail d’avant-vente. ce sont des outils de séduction précieux avec un taux de transformation à deux chiffres” s’emballe-t-il en effet, évoquant à terme des catalogues à la fois plus singuliers, mais également plus enclins à “intégrer des contenus éditoriaux ainsi que du conseil”, conclue-t-il, non sans rappeler qu’il faudra pour cela tirer profit des nouvelles technologies qui rendent la chose possible (IA, impression numérique etc.)

Jérôme Martel, Directeur commercial d’Adrexo.

Florent Huille, Direction commerciale du Groupe La Poste.

Si l’efficacité du média courrier n’est plus démontrer, conviennent conjointement Jérôme Martel et Florent Huille, il convient toutefois d’observer la baisse des volumes qui transitent par les boites aux lettres, pour prendre acte des évolutions à engager… “Il est exact de dire que la boite aux lettres s’est vidée. mais le paradoxe, c’est qu’elle est devenue d’autant plus précieuse : le papier demeure ainsi un média ROI-iste dont il est difficile de se passer” affirme le Directeur commercial d’Adrexo. “Mieux on ‘toilettera’ nos adresses, mieux on ciblera et plus le média papier fera la preuve de sa pertinence” enchaîne Florent Huille, insistant par ailleurs pour rappeler que “la moindre requête Google a la même empreinte carbone que la production d’un sac plastique”, faisant ici écho aux attaques environnementales dont font continuellement l’objet les ISA.

Pascal Bovéro (Délégué général de l’UNIIC) et Nathalie Phan Place (Secrétaire générale du SNCD).

En conclusion, Nathalie Phan Place a voulu rappeler combien “la data est l’arme de personnalisation du papier. Ce n’est en rien un atout réservé au digital”. S’appuyant sur le même constat, Pascal Bovéro estime pour sa part que “la volumétrie imprimée ne pourra pas être maintenue et notre défi, c’est de passer d’une économie de volumes à une économie de valeur” met-il effectivement en garde. Un défi qui nécessite précisément d’intégrer de la data au print intelligent de demain, même si “notre travail sur l’ennoblissement des imprimés est plombé par des normes environnementales qui sanctionnent la qualité”, regrette le Délégué général de l’UNIIC, pointant là un autre chantier majeur : celui d’une responsabilité soutenable pour les Industries Graphiques, sommées d’évoluer au centre d’injonctions contradictoires. Se refusant toutefois de finir sur autre chose qu’un bon mot, il l’assure : “Bien que nous soyons dans le République de la créativité, on peut dire vive le ROI”.

A venir : un article sur cette journée d’échanges et de réflexion dans le prochain numéro d’Acteurs Graphiques…

Mondial des Métiers : s’imprimer pour exister !

Le Mondial des Métiers fut, cette année encore, l’occasion pour les Industries Graphiques d’élaborer une vitrine attrayante et animée. Le stand de 90 m² construit par l’IDEP, avec l’appui de l’UNIIC, du SNCD, de Fespa France, de l’OPCO EP, de Grenoble INP-Pagora ainsi que des lycées et CFA de Rhône-Alpes, a ainsi accueilli de nombreux (jeunes) visiteurs, non sans manquer de les immerger dans une drôle d’expérience…

Il y a bien sûr les immanquables démonstrations effectuées sur place (prépresse, atelier de sérigraphie, animation filmbook…), un imposant carrousel de produits imprimés, mais il a aussi ce curieux igloo… Si l’on est face à lui d’emblée plutôt interrogatif, sa fonction “expérientielle” a tôt fait de se faire plus claire : de jeunes volontaires se font bander les yeux avant de rentrer dans l’igloo, où ils sont assis face à une table basse. On leur demande alors d’imaginer qu’on y a disposé différents produits : une bouteille de lait, une boite de chocolats, un catalogue etc. Le temps de stimuler leur imaginaire pour que ces derniers visualisent la scène, on leur ôte ensuite leur masque, ces derniers découvrant effectivement les produits qu’on leur avait listés… Neutres de toute impression. Des objets blancs, anonymes, dont il ne reste guère que les formes. Vient alors le moment de les laisser s’exprimer : s’attendaient-ils à ça ? Les “Non” fusent, ces derniers évoquant des choses plus colorées, mieux identifiées, plus attractives, plus “vivantes”… Plus imprimées, en somme. Et pourtant, leur rétorque-t-on : voilà ce que seraient nos objets du quotidien si les métiers de l’impression n’existaient pas. La démonstration est limpide et rappelle combien, en marge des segments en tension ont on parle beaucoup (via notamment les difficultés que subit de la Presse écrite), l’impression est partout, à la fois indispensable et protéiforme.

Une expérience ludique qui souligne l’essentiel et qui n’a pas manqué de susciter des sourires convaincus. C’est là tout le paradoxe d’une “belle vitrine” qui aura gagné à être, pendant quelques minutes, plongée dans le noir…

Uniic’Tour Grand Ouest : retour en images

A Nantes, l’Uniic’Tour s’est appliqué à restituer les enseignements de l’étude “Zéro Papier : mythes & réalités”, à observer les spécificités régionales qui portent la communication imprimée en Pays de la Loire ou encore à évoquer le potentiel rapatriement de travaux d’impression, dans le domaine du livre. Le tout devant une centaine de participants, prompts à s’investir dans des échanges nourris. Retour en images commentées…

 

Pour Benoît Duquesne, Président de l’UNIIC, cette étape nantaise de l’Uniic’Tour marquait la volonté renouvelée de “porter le débat sur le terrain”, avec ici “une spécialité régionale” nous assure-t-il : “celle de savoir anticiper les vents contraires”.

A l’image du mouvement de convergence observé dans le secteur des Industries Graphiques, Chantal Aboudeine – Directrice de Grafipolis – a souligné combien l’école restait “fidèle à ses racines, tout en s’ouvrant à la communication sous toutes ses formes : de la communication visuelle au packaging”.

Expliquant notamment combien “les budgets communication sont de plus en plus aspirés par le développement d’outils technologiques et d’applications propriétaires”, Xavier Guillon (France Pub) s’est attaché à décrire un marché publicitaire qui s’est déporté sur une “ère de la communication affinitaire”, assurant que “les pures stratégies d’audience ont fait leur temps”. Un repositionnement stratégique global qui, loin de condamner l’imprimé, en souligne au contraire les vertus qualitatives pour “renouer du lien”.

Précisant que le phénomène était certes “modéré en pays de la Loire”, Thibaud Dumas (journaliste, président du Club de la Presse Nantes Atlantique), soulignait un mouvement global de concentration de la Presse, qui voit aujourd’hui seulement 17 départements disposer d’un titre d’information local. Un constat qui n’empêche pas toutefois la foisonnance de titres spécialisés, ciblant des “niches” de façon pertinente.

Passant le flambeau à Franck Communier (Roto Armor, à droite), nouveau président de la DIM (Délégation Interrégionale Multisectorielle) Grand Ouest, Jérémie Séjourné (Kalydéa) s’est fendu d’un discours fleuve : évoquant le chemin parcouru, les actions menées et l’impérieuse nécessité de poursuivre, par l’engagement collectif, la promotion et la défense des métiers de l’impression, il en a appelé aux énergies de toutes et tous. Une énergie que Franck Communier a dit vouloir traduire en idées, à faire vivre sur le terrain, pour offrir à l’UNIIC de vrais relais régionaux.

Avant un compte-rendu complet à venir dans les colonnes du magazine Acteurs de la Filière Graphique, la table ronde intitulée « Imprimer local, penser global, imprimer en France qu’est-ce que ça change ? » posait la question essentielle d’un possible rapatriement des flux d’impression en France. A quelles conditions et pour quels efforts ? Ici avec, de gauche à droite : Thierry Brochard, DG de Offset 5 imprimeur, Bérengère Orieux, éditice (Ici-Même), Thierry Bodin-Hullin, éditions l’Oeil Ebloui, président du Col.Libris (association des éditeurs indépendants en Pays de la Loire), Emmanuelle Garcia, directrice de Mobilis, Jean-Philippe Zappa, Ambassadeur du livre, Géraldine Bannier, Députée de la Mayenne et présidente du groupe d’études ‘Livres, économie du livre, économie du papier’ à l’Assemblée Nationale, Patrick Manteigueiro, directeur commercial Groupe Laballery et George Sanerot, ancien président du groupe Bayard, président du comité d’organisation des Assises nationales de la production de livres en France.

 

 

 

 

 

 

Formation environnement au Portugal – Retour en images

Avant un dossier plus développé dans les colonnes du prochain numéro d’Acteurs Graphiques, à paraître en cette fin d’année, retour en images commentées sur le séminaire “Environnement” Portugais : une vingtaine de participants emmenés par l’UNIIC, en partenariat avec Caractère, ont notamment pu découvrir la pépinière d’eucalyptus globulus d’Espirra ainsi que l’usine à papier du Groupe Navigator de Setúbal.

Qualifié de “clé de la différenciation de Navigator”, l’eucalyptus globulus (ici à l’état de boutures) bichonné dans les serres d’Espirra est vanté par Patrice Charpentier (Sales manager) pour “sa densité de fibres très importante” et “sa paroi cellulaire plus épaisse permettant un meilleur passage en machine”. Mettant en avant “la régularité de la production”, le groupe, premier producteur Européen de papier non-couché sans bois, produit 1,4 millions de tonnes de pâte par an, sur quatre sites de production. (dont 550 000 tonnes pour le seul site de Setúbal).

Après plantation (uniquement en période de pluies, nous précise-t-on), l’eucalyptus globulus a un cycle de vie de 36 ans, moyennant trois coupes toutes les douze années. Il n’est ensuite plus viable d’exploiter les mêmes racines, nécessitant donc une replantation. Ce sont au total 12 millions de pousses par an qui sont plantées par Navigator Company, via ce qui constitue la plus grande pépinière certifiée d’Europe.

L’usine de Setúbal abrite “la plus grande machine à papier d’Europe” nous confirme Patrice Charpentier. Un investissement global de 900 millions d’euros (incluant la finition et le bâtiment) pour une machine Metso qui représente en longueur la bagatelle de trois Airbus… “Cette machine tourne toute l’année, 24 heures sur 24, à l’exception de 2 à 3 jours d’entretien par an” ajoute-t-il. (Ici, pendant un changement de jumbo automatisé).

Seheno Ratsimbazafy et Matthieu Prevost, respectivement Chef de projet environnement et écoconception chez Citeo; et responsable environnement pour l’UNIIC et animateur national de la marque Imprim’vert, ont présenté et balayé pendant près de deux heures les enjeux environnementaux majeurs dans les Industries graphiques. Au programme notamment : les leviers d’écoconception et leurs effets sur l’écocontribution consentie par les metteurs sur le marché, les défis de progrès quant à la recyclabilité des produits imprimés (problématiques de désencrage, présence d’huiles minérales dans les encres ou les colles, utilisation de blisters biodégradables…), revue d’effectifs des labels et leur signification, démarches de progrès dans les approches liées au site de production et au produit lui-même etc.

Un temps plus ludique de visite a également été aménagé, ici à Lisbonne à proximité du traditionnel “Electricos” (tramway) de la ville…

… Mais également à Porto, non loin des caves où le vin éponyme est produit.

Un merci particulier à Guillaume Trias pour le partage de ses photos.