Disparition de Michel Caza
Michel Caza est décédé samedi 23 mai. La sérigraphie perd un maître.
Forget Him Not*
Revenu de Suède, où jeune homme, il était parti étudier, Michel Caza revient avec une passion : la sérigraphie et des bases techniques qu’il ne cessera dès lors de questionner pour les élever au rang d’art.
Toute sa vie, infatigablement, en ingénieur exigeant, il dissèquera sa pratique de la sérigraphie pour la faire grandir, industrialiser les modes de production et passer d’un très ancien procédé de l’ère de la soie mal tendue sur des cadres en bois, vers une technologie industrielle de pointe, extrêmement sophistiquée. Il développera des techniques et notamment les impressions ultra-fines dont il est le maître incontesté et qui font, aujourd’hui encore, sa renommée mondiale.
Son héritage familial lui a transmis une sensibilité qu’il a su nourrir avec gourmandise toute sa vie des caves de saint-Germain des Près où, jazzman, il donnait des concerts avec quelques pointures du genre, à son atelier de sérigraphie où il recevait là aussi des pointures incontestées : Salvador Dali, Leonor Fini, Pierre Soulages ou Fabienne Verdier… Cette sensibilité alliée à son excellence technique feront de Michel Caza un incontournable pour de nombreux artistes, illustrateurs ou grands noms du luxe.
Absolument convaincu du pouvoir de l’intelligence collective, bien avant que l’expression ne soit à la mode, il s’est attelé à structurer la sérigraphie française en créant l’association française de sérigraphie devenue plus tard, sous son égide encore et toujours, FESPA France, la sérigraphie européenne puis mondiale en co-fondant en 1962 FESPA (Fédération of European Screen Printing Association) et en organisant à Paris la première exposition FESPA en 1963. Cette organisation qu’il a présidée à plusieurs reprises et qui connait le succès que l’on sait a toujours été soutenue, incitée, voire bousculée par Michel Caza pour continuer le travail, en faisant fi des événements géopolitiques qui n’ont pas manqué de jalonner ces 60 dernières années, pour poursuivre son développement bien au-delà des frontières européennes. Il a toujours collaboré avec enthousiasme avec toutes les associations slovaque, indienne, belge, chinoise… quelle que soit leur taille ou leur implantation.
Les pieds solidement ancrés dans son époque, il éveillera les consciences environnementales de ses confrères en publiant dès 2001 : Screen Printing : A Guide for a Clean Planet puis, Planet friendly, produire propre en sérigraphie. Loin d’être rétif au changement, il contribuera à convaincre toute une profession de s’ouvrir à l’impression numérique jet d’encre. Un goût pour le collectif et la transmission que l’on retrouve dans sa capacité à transmettre. Michel Caza était un grand professeur, il a accompagné, guidé, poussé nombre d’excellents sérigraphes dans le monde entier qu’il appelait avec bonheur « ses élèves ». Il partageait volontiers son savoir et ses connaissances et publie en 2018 ses mémoires 55 ans de sérigraphie d’art–Michel Caza : Le caméléon de l’art contemporain. Curieux, érudit, vif et fin, Michel était un conteur.
Pendant de nombreuses années, il semble parfois que ce fut depuis toujours, il était accompagné de son alter ego avec qui il a partagé sa vie et sa carrière et à qui l’on pense devant la porte de son bureau plein de Michel, mais sans Michel.
We will forget him not
Les obsèques seront célébrées le mercredi 3 juin à 10H30 en l’église de Champagne-sur-Oise.
* « Forget me not », c’est en ces termes que Michel Caza avait l’habitude de signifier combien il aurait aimé être là, quand il ne le pouvait pas. Ces mots résonnent forcément autrement aujourd’hui, même s’il va de soi qu’on ne l’oubliera pas.








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