Le livre d’art en débat

La Chambre Syndicale Nationale de la Reliure Brochure Dorure (CSNRBD) organisait un petit-déjeuner thématique autour du livre d’art, éternel objet de fascination, qui implique à la fois des missions de diffusion de la création et de préservation/transmission des savoir-faire… 

Créé en 1640, l’Atelier du Livre d’Art de l’Imprimerie Nationale est un joyau à protéger. Lieu de conservation de collections précieuses, il abrite également des savoir-faire éminemment rares, voire plus encore… « Nous sommes le dernier atelier au monde à avoir des graveurs de poinçons. Nous avons également une fonderie, à la fois manuelle et mécanique, des taille-douciers etc. » énumère Pascal Fulacher, son Directeur.

Dotée d’un patrimoine typographique unique au monde (citons, pour l’écriture latine, Garamond de Claude Garamont ou Romain du roi de Philippe Grandjean), l’Imprimerie Nationale (portée depuis 2018 par la marque IN Groupe) est consciente de l’enjeu qui consiste à assurer la continuité de savoir-faire d’exception… « A travers nos dispositifs Maîtres d’Art, nous formons des apprentis et accueillons des stagiaires. Nous encourageons bien sûr également nos artisans à transmettre leur savoir-faire, mais il ne s’agit toujours que d’initiation, une vraie formation dure souvent au moins trois ans » développe Pascal Fulacher, qui reconnaît aussi aujourd’hui des difficultés à sortir d’une forme pernicieuse d’entre soi… « Le secteur du livre de création est très fragile, exposé à des vrais problèmes économiques. Il existait auparavant des librairies spécialisées, mais aujourd’hui on ne trouve plus guère que des salons professionnels pour rayonner ». Un constat qui traduit un manque de visibilité en forme de cloisonnement, contre lequel chacun essaie de lutter. « Qui connaît le salon PAGES aujourd’hui en France, hormis les initiés ? » s’inquiète notamment Pierre Zanzucchi, avant de souligner que « puisque cette vitrine existe, il suffirait de la faire connaître ». Un équilibre peut-être plus complexe à trouver qu’il n’y paraît, déplore Marie Mercier (Sénatrice de Saône-et-Loire) : « Il s’agit de faire connaître et diffuser des choses d’exception », interrogeant en creux le caractère potentiellement élitiste d’ouvrages tirés, selon Pascal Fulacher, « entre 40 et 60 exemplaires en moyenne pour le livre d’art, avec des prix oscillant entre 600 et 1200 euros ».

Y compris sur les marchés plus accessibles de la reliure main et de la dorure, les débouchés s’amenuisent – hélas ! – à mesure que les budgets des collectivités, eux-même de plus en plus contraints, se concentrent sur les infrastructures dites « prioritaires », au détriment de la politique culturelle de proximité. Une situation qui n’a toutefois rien d’une fatalité, selon Georges Sanerot (Président du comité de pilotage pour le Grenelle du Livre) : « Il faut aller au devant des nouveaux publics pour valoriser des métiers qui manquent de visibilité. C’est une mission qui demande à la fois de la coopération, parce qu’on ne peut pas faire ça tout seul, et une capacité à s’emparer des outils numériques pour communiquer jusque sur les réseaux sociaux ». Une remarque d’autant plus judicieuse qu’au dire des professionnels de la reliure-brochure-dorure présents, l’attractivité et la beauté des gestes artisanaux qui font ces métiers, captivent les publics (y compris les plus jeunes) qui visitent leurs ateliers. A nous de leur montrer le chemin…