Topp imprimerie affirme ses choix

Cette semaine imprimeur à l’honneur vous emmène à la rencontre de TOPP Imprimerie, une TPE qui affirme haut et fort ses choix…

Le choix d’un métier

Quelques années après avoir obtenu son brevet de conducteur à l’école Estienne, René Anelot se lance et devient imprimeur. Il crée son activité en 1974 à Gallardon, une ville de 3500 âmes située à quelques encablures de Paris. Il commence en tant qu’artisan (dans le sous-sol familial: 150 m² tout de même).

Au départ, Topp Imprimerie occupait le sous-sol de la maison familiale

Puis, la SARL voit le jour en 1980. L’entreprise continue d’évoluer et déménage en 1989 pour prendre place dans 700 m2 d’atelier. Éric, le fils de René grandit dans l’imprimerie. Il descend le week-end jouer dans les bennes de papier. Quand vient le temps des choix il est attiré par les fonctions commerciales mais reste attaché aux valeurs du métier familial. Il arrive dans l’entreprise en 1997 d’abord en alternance. Puis, il intègre la fabrication en 2003. Et, suite au départ à la retraite de son père René, il reprend les rênes de l’entreprise en 2006. « Quand je serai grand, je serai imprimeur », une devise qu’on partage de père en fils.

Le choix de produire propre

En 2004, TOPP Imprimerie est labellisé Imprim’vert. Comme beaucoup d’entreprises me direz-vous ? Oui mais à ceci près que le respect de l’environnement régit et impacte les investissements de l’entreprise. La démarche de labellisation a joué les révélateurs d’une conviction plus profonde qui a conduit à la réorganisation de l’entreprise. TOPP Imprimerie n’a pas de photogravure, pas de développement et n’investit dans un CTP que lorsque le respect de l’environnement est assuré, notamment concernant l’utilisation des solvants. La réflexion sur les produits utilisés pour le développement des plaques est accompagnée d’une réflexion sur l’UV ou l’utilisation d’encres biodégradables. Une démarche qui a permis à Eric de prendre du recul. À partir de la chimie du CTP, ont été pris en compte la gestion des déchets puis la prévention des risques vers une approche globalisante du poste du travail et une vraie démarche santé et sécurité aboutie. Un cheminement et une capacité à assumer des choix tranchés qui ne sont pas si fréquents et d’autant moins à l’échelle des TPE.

Le choix de la créativité

Topp imprimerie a fait le choix depuis des années de la créativité autant dans ses investissements avec des formats hybrides par exemple mais surtout avec le conseil. Tout a commencé dans les années 90 avec l’arrivée du premier Mac. L’entreprise a tourné ses efforts vers le pré-presse. Il a fallu recruter et faire évoluer les compétences de l’entreprise. La démarche a été complexe : l’entreprise n’était pas du tout informatisée pour les devis, la marche était d’autant plus haute. Un imprimeur de l’époque n’est pas un imprimeur de maintenant. Tout a bougé très vite alors que les entreprises et les personnels n’étaient pas prêts. Mais loin de se laisser emporter par cette révolution, Topp a fait le choix de l’expertise en développant un studio graphique. L’entreprise ne se laisse pas enfermer et réussit par ce biais à devenir maître d’œuvre. Centrée sur son expertise des technologies et des matières, elle développe des briques complémentaires : la conception graphique et un service logistique qui fait sa force. Une deuxième structure qui permet de marketer une deuxième offre et de toucher d’autres clients.

Le choix du territoire

Dans la droite ligne de cette démarche qui a fait naître deux entités se pose bien évidemment la question du web. Et au lieu de se lancer à corps perdu dans une démarche web qui aurait été mal pensée, l’entreprise s’en est raisonnablement tenue à mettre en place un site-vitrine. Opter pour le web-to-print sans réfléchir à la place que ça allait prendre aurait été se lancer dans la course au moins disant, où le consommateur a la charge globale et où le print est un print sans garantie : une vision à l’antithèse de l’idée du maître d’œuvre. Quand le prix et les délais sont les seuls critères de jugement, alors le clientélisme fait rage. Et, suite aux questionnements récents sur la sécurité des données, le clientélisme qui régit le low-cost en la matière commence à faire peur. Va-t-on vers une relocalisation de la production ? En tout les cas Eric Anelot l’appelle de ses vœux : « il faut recréer ce lien de territoire. »

Le choix de la collaboration

Et c’est bien dans cet esprit de lien de territoire qu’est né le pôle de production graphique : ADDIGRAPHIC. Cinq entreprises sont associées dans cette SAS. Ces cinq entreprises travaillent ensemble, se confortent, se renforcent pour répondre à des appels d’offre et se développer au-delà des limites de la région. Créé en 2008, le pôle est né au cœur de l’UNIIC Centre. Topp imprimerie est membre de l’UNIIC depuis bien longtemps mais plus que cela : René a intégré les instances de l’UNIIC à la création de son entreprise. Il avait un objectif simple : échanger avec ses confrères. René Anelot s’est engagé régionalement et nationalement avec une constance sans faille. Éric, son fils a suivi et a intégré l’UNIIC Centre : « l’émulation est intéressante. Il est essentiel de collaborer pour comprendre un métier dans son ensemble. » Éric a repris la suite de son père et siège au Conseil de perfectionnement du CFA de Tours. Instances de l’UNIIC, Conseil des CFA, administration des AGEFOS, tous ces mandats prennent du temps quand on sait que 90 % des entreprises sont des TPE mais pourtant il est important de trouver des actifs impliqués. Un défi assumé par l’UNIIC avec le renouvellement de son Bureau exécutif qui a vu arriver de nouvelles têtes, de nouveaux actifs et bien sûr de nouvelles énergies…

Le livre d’art en débat

La Chambre Syndicale Nationale de la Reliure Brochure Dorure (CSNRBD) organisait un petit-déjeuner thématique autour du livre d’art, éternel objet de fascination, qui implique à la fois des missions de diffusion de la création et de préservation/transmission des savoir-faire… 

Créé en 1640, l’Atelier du Livre d’Art de l’Imprimerie Nationale est un joyau à protéger. Lieu de conservation de collections précieuses, il abrite également des savoir-faire éminemment rares, voire plus encore… « Nous sommes le dernier atelier au monde à avoir des graveurs de poinçons. Nous avons également une fonderie, à la fois manuelle et mécanique, des taille-douciers etc. » énumère Pascal Fulacher, son Directeur.

Dotée d’un patrimoine typographique unique au monde (citons, pour l’écriture latine, Garamond de Claude Garamont ou Romain du roi de Philippe Grandjean), l’Imprimerie Nationale (portée depuis 2018 par la marque IN Groupe) est consciente de l’enjeu qui consiste à assurer la continuité de savoir-faire d’exception… « A travers nos dispositifs Maîtres d’Art, nous formons des apprentis et accueillons des stagiaires. Nous encourageons bien sûr également nos artisans à transmettre leur savoir-faire, mais il ne s’agit toujours que d’initiation, une vraie formation dure souvent au moins trois ans » développe Pascal Fulacher, qui reconnaît aussi aujourd’hui des difficultés à sortir d’une forme pernicieuse d’entre soi… « Le secteur du livre de création est très fragile, exposé à des vrais problèmes économiques. Il existait auparavant des librairies spécialisées, mais aujourd’hui on ne trouve plus guère que des salons professionnels pour rayonner ». Un constat qui traduit un manque de visibilité en forme de cloisonnement, contre lequel chacun essaie de lutter. « Qui connaît le salon PAGES aujourd’hui en France, hormis les initiés ? » s’inquiète notamment Pierre Zanzucchi, avant de souligner que « puisque cette vitrine existe, il suffirait de la faire connaître ». Un équilibre peut-être plus complexe à trouver qu’il n’y paraît, déplore Marie Mercier (Sénatrice de Saône-et-Loire) : « Il s’agit de faire connaître et diffuser des choses d’exception », interrogeant en creux le caractère potentiellement élitiste d’ouvrages tirés, selon Pascal Fulacher, « entre 40 et 60 exemplaires en moyenne pour le livre d’art, avec des prix oscillant entre 600 et 1200 euros ».

Y compris sur les marchés plus accessibles de la reliure main et de la dorure, les débouchés s’amenuisent – hélas ! – à mesure que les budgets des collectivités, eux-même de plus en plus contraints, se concentrent sur les infrastructures dites « prioritaires », au détriment de la politique culturelle de proximité. Une situation qui n’a toutefois rien d’une fatalité, selon Georges Sanerot (Président du comité de pilotage pour le Grenelle du Livre) : « Il faut aller au devant des nouveaux publics pour valoriser des métiers qui manquent de visibilité. C’est une mission qui demande à la fois de la coopération, parce qu’on ne peut pas faire ça tout seul, et une capacité à s’emparer des outils numériques pour communiquer jusque sur les réseaux sociaux ». Une remarque d’autant plus judicieuse qu’au dire des professionnels de la reliure-brochure-dorure présents, l’attractivité et la beauté des gestes artisanaux qui font ces métiers, captivent les publics (y compris les plus jeunes) qui visitent leurs ateliers. A nous de leur montrer le chemin…

Normandie Roto Impression : Goncourt 2018

Nous vous l’indiquions la semaine dernière, Normandie Roto Impression imprime le prix Goncourt 2018. Normandie Roto Impression est-il donc le grand lauréat du Prix Goncourt ? C’est tout comme…

Normandie Roto Impression imprime le prix Goncourt depuis 4 années consécutives. Les équipes ont acquis une expérience et une maîtrise incomparables pour la production de ces prix littéraires, véritables challenges industriels. Il faut livrer en quelques heures plusieurs dizaines de milliers d’exemplaires. Le premier camion est parti le jeudi à 5h du matin avec 30 000 exemplaires à son bord : la première livraison était faite. Il faut ensuite passer la barre des 200 000 exemplaires en moins de 3 jours. Il faut anticiper les supports, la logistique et maîtriser parfaitement son outil de production comme ses plannings, ça va sans dire.

La tradition veut que l’entreprise qui a produit le livre pour la rentrée littéraire continuera à le faire pour le prix littéraire. Alors, dès l’annonce de la seconde sélection du Jury du Prix Goncourt, l’entreprise s’est coordonnée avec les éditeurs en lice et notamment Actes Sud qui sera l’éditeur lauréat cette année. Tout doit être prêt dans l’heure qui suit l’annonce.

En attendant l’annonce, toute l’entreprise est en tension et le résultat est libératoire. Les équipes vivent ça comme une fête, tout le monde participe car l’opération est prestigieuse, mais plus que ça, imprimer un Goncourt est une vraie fierté. D’autant que les prix littéraires arrivent dans une période plutôt creuse, juste après la rentrée littéraire de septembre – octobre et avant la rentrée littéraire de janvier. Ce prestige du livre (primé ou non) et l’orgueil que l’on ressent en le produisant se diffuse dans la région. Normandie Roto Impression est une grande entreprise de 140 salariés dans une petite ville, Alençon, qui compte un peu plus de 26 000 habitants. Cette activité emblématique irradie ainsi le tissu industriel et artisanal du territoire.

Une noblesse du livre qui rassemble, rend fier et qui se révèle dans l’exigence des éditeurs. Une exigence que Christophe Pillon, Directeur Général de Normandie Roto Impression connaît bien puisqu’il arrive tout droit du packaging pour l’industrie du luxe où services, qualité, délais, respect d’un cahier des charges étaient déjà son quotidien.

Il rejoint l’imprimerie d’édition en 2000 : « J’ai dirigé une imprimerie du groupe CPI pendant 9 ans : Kapp Lahure Jombart. J’ai ensuite pris la Direction Développement & Commerciale au sein de l’Imprimerie Moderne de l’Est dans un premier temps, puis Estimprim dans un second temps. Enfin j’ai rejoint le Groupe MAURY en tant que Directeur Commercial Livre en 2017 et Directeur Général de Normandie Impression depuis Juillet dernier. » Car Normandie Roto Impression fait partie du groupe Maury depuis 2001. Même s’il n’est pas sûr qu’il soit utile de vous le présenter, le Groupe Maury compte 6 sites de production en France, dont 3 dédiés à la production de livres : l’usine de Malesherbes (pour les livres de Poche), l’usine de Millau (pour les livres en impression numérique) et le site de Normandie Roto Impression (pour la littérature Générale et les livres de Poche). Le site de Normandie Roto Impression est entièrement dédié à la production de livres en Noir ou 2 couleurs : 6 rotatives, Offset et Numérique, 3 chaines de brochage.

 « Leurs enfants après eux » de Nicolas Mathieu porte assurément le désormais célèbre bandeau rouge : « Prix Goncourt 2018 ». Un bandeau autrefois réservé aux prix littéraires mais que l’on retrouve désormais de plus en plus souvent dans les librairies. Ils donnent des indications aux lecteurs : « par l’auteur de… », mettent en avant des critiques subtiles ou non : « une intrigue géniale », tentent de capitaliser sur un succès plus ou moins adéquat (« Le livre que Johnny Hallyday offrait à ses amis »). Mais que leur contenu soit évident ou plus abscons, ces bandeaux – produits et posés en interne chez Normandie Roto Impression – sont de plus en plus présents. Christophe Pillon nous le confirme : « les éditeurs font de gros efforts marketing : esprit de collection, visuels de couverture… ». Signe des temps, les maisons d’édition engagent de plus en plus de responsables marketing et les bandeaux sont loin d’être négligés. « Ils sont de plus en sophistiqués en couleur, en quadri, avec un visuel en découpe qui révèle la couverture, la finition fait son entrée même sur les livres premiers prix. » La PLV et le merchandising concernent il faut bien le dire beaucoup plus la jeunesse mais pour autant, le marketing tend à prendre ses marques en littérature générale. Il faut dire qu’avec plus de 600 titres en librairie, il faut sortir du lot. Le Goncourt quant à lui se suffit à lui-même, une aura qui peut varier mais ne se dément pas…

Chez Normandie Roto Impression ils seront fiers d’imprimer le Goncourt et « Leurs enfants après eux »

Prix Littéraires, des imprimeurs à l’honneur

Sans prétendre à l’exhaustivité – à l’heure où nous écrivons ces quelques lignes, tous les prix n’ont pas encore été décernés – saluons le travail de l’Imprimerie Floch et Normandie Roto, pour leur implication respective dans la fabrication des titres déjà récompensés…

L’imprimerie Floch, une habituée de ce genre de sollicitations, est cette année encore plutôt gâtée :  Elle imprime les Prix Renaudot, Médicis, Fémina et Décembre, tandis que le prix Goncourt est imprimé au tiers par Floch (et au deux tiers par Normandie Roto, comme précisé ci-dessous). Pour Hubert Pédurand, son Président, ces succès sont un des signes de l’excellente santé de l’entreprise. « Nous nous remettons à embaucher parce que la demande est en progression. Nous nous félicitons de voir que nos prestations sont très appréciées des éditeurs et les Prix Littéraires n’en sont finalement qu’une illustration ». Il complète : « Il y a évidemment une part de chance. Floch est là pour rendre service à ses clients éditeurs, avec son savoir-faire, sa « signature », son historique et son aura. Après, dans le hasard de la production éditoriale, il peut y avoir des titres qui vont se retrouver sur les listes des prix littéraires ». Évoquant pour cette rentrée une fourchette large qui balaie entre 50 000 et 200 000 impressions liées aux prix littéraires – sans s’autoriser pour autant à nous en préciser le détail – Hubert Pédurand insiste sur cette fameuse signature Floch : « Un éditeur est capable de reconnaître un livre qui a été imprimé chez Floch, avant même de regarder l’achevé d’imprimé. Déjà parce que Floch utilise une technologie ROTOPAGE qui est unique en France. C’est une technologie flexographique mais il y a aussi des machines qui sont en anilox et qui ont été construites par Floch. Il en existe trois au monde et elles sont toutes les trois chez Floch, parce qu’à l’époque l’entreprise n’avait pas les moyens d’acheter une Cameron. Ils se sont donc mis à construire leur propre copie des Cameron qui sont aujourd’hui des prototypes » développe-t-il, précisant par ailleurs être passé, début 2018, à une capacité de 30 millions de livres par an, avec la mise en production récente de la troisième ROTOPAGE… « D’où la nécessité d’embaucher désormais », conclue-t-il alors.

L’imprimerie Normandie Roto ne tire rien de moins que le gros lot en imprimant aux deux tiers le prix le plus prestigieux – a minima le plus populaire – puisque c’est le Goncourt qui tombe dans leur escarcelle. Mais là encore, l’entreprise est une habituée : « C’est pour nous une opération prestigieuse et un véritable challenge industriel. En effet, livrer en quelques heures plusieurs dizaines de milliers d’exemplaires et passer la barre des 200 000 ex. en moins de trois jours requiert une grande maîtrise des outils de productions et des plannings. Dès l’annonce de la seconde sélection du Jury du Prix Goncourt, les équipes de Normandie Roto Impression coordonnent leurs actions avec les éditeurs en lice. Tout doit être prêt à démarrer dans l’heure qui suit l’annonce du lauréat : personnel/papier/machines/transports… Normandie Roto Impression imprime le Goncourt pour la quatrième année consécutive. Les équipes de Normandie Roto Impression ont acquis une expérience et une maîtrise incomparables pour la production de ces prix littéraires » nous explique Christophe Pillon, Directeur général de l’entreprise. Plus de détails à venir dans un article qui leur sera dédié, bientôt en ligne…

Et puisque ces victoires sont aussi les leurs, bravo aux imprimeurs (ceux deux-là, mais bien évidemment les autres aussi) qui participent à faire rayonner la littérature française partout dans le monde.

Liste des Prix Littéraires 2018

Le périple jaune

La délégation UNIIC est bien rentrée – au complet – de son « périple jaune », forte d’une volonté de mieux appréhender la culture graphique chinoise et son stade de développement technico-industriel. Entre visites professionnelles et balades plus ludiques, retour en images sur quelques jours qui mériteront un reportage plus approfondi dans les colonnes du prochain numéro d’Acteurs Graphiques… Lire la suite

Fabrègue : de la petite boutique au groupe industriel

Le Groupe Fabrègue, adhérent historique de l’UNIIC, c’est aujourd’hui 36 millions d’euros de chiffre d’affaires, réalisé à 70 % par Fabrègue Imprimeur et 30 % par Fabrègue Duo, lui-même doté de deux activités (50 % de négoce d’articles de bureau et 50 % d’impressions administratives pour les collectivités locales). C’est 300 collaborateurs sur un seul et unique site de production, à Saint-Yrieix-la-Perche (Haute Vienne). Mais au départ, ce n’était qu’une petite boutique de lithographie…  

D’une guerre à l’autre…

Le Groupe Fabrègue, par la voix d’Emmanuel Fabrègue, son actuel dirigeant (et, entre autres, membre du Bureau Exécutif de l’UNIIC), aime à rappeler quand et comment son Histoire a débuté : « Le premier imprimeur c’est mon arrière-grand-père, qui s’est installé en haute Corrèze à Bort-Les-Orgues en 1892. Il s’y est installé comme imprimeur lithographe parce qu’il avait fait les Beaux-Arts de Paris. Il gravait donc ses pierres, mais s’est vite aperçu que cette activité peinerait à le nourrir, donc il est vite devenu typographe, avant une histoire faite de bouleversements assez systématiques. Mon arrière-grand-père est mort très jeune, son fils – mon grand-père – n’avait alors que 14 ou 15 ans et on lui fait arrêter ses études pour reprendre la boutique. Etant né en 1894, comme beaucoup d’autres Français de l’époque, on lui a trouvé une autre vocation en 1914 et a été porté disparu. Sa mère, se retrouvant veuve et avec son fils porté disparu, a dès lors vendu la boutique, pour revenir dans sa famille natale en basse Corrèze. Mais 18 mois plus tard, son fil est retrouvé ! La boutique étant vendue, il s’installe à Saint-Yrieix-la-Perche (Haute Vienne), où nous sommes toujours aujourd’hui, uniquement parce qu’il s’est trouvé une petite imprimerie à vendre à ce moment-là, en 1919. C’est là qu’il donne le premier caractère industriel à l’entreprise, en développant des produits qui étaient très administratifs, majoritairement pour les collectivités locales. A la veille de la deuxième guerre mondiale, ils étaient passés de quatre salariés en 1920 à une cinquantaine. Une belle progression avec trois déménagements et la construction d’une nouvelle usine, mais arrive donc la guerre et l’histoire se renouvelle : l’activité tourne au ralenti puisque l’entreprise, qui avait une certaine croissance avec des salariés qui étaient jeunes, presque tous partis à la guerre, se retrouve en effectifs très réduits, avec toutes les complications que l’on peut imaginer en cette période-là. Le 6 juin 1945, à 50 ans, mon grand-père décède brutalement d’une attaque cardiaque. Là encore, l’histoire se répète : mon père avait 14 ans à l’époque. C’est ma grand-mère qui reprend alors ce qui reste de l’entreprise, pour laisser à mon père le temps de terminer ses études. Il part faire une formation en imprimerie à Paris et revient en 1952, date à laquelle il reprend l’entreprise, lui redonne de l’allant, toujours sur les métiers qui étaient ceux de son père et sur le marché de l’imprimé administratif. Nous resterons d’ailleurs spécialisés sur ce segment de marché jusqu’à la fin des années 80 ».

Une réorientation stratégique nécessaire

Un historique d’entreprise à la fois peu commun et caractéristique de l’importance particulière du legs familial dans les métiers de l’imprimerie, qui sont à la fois des métiers de passion et de transmission. « Je suis pour ma part rentré dans l’entreprise en 1983, mon frère en 1985, et notre père nous a posé une question : est-ce que vous considérez que les marchés qui sont les nôtres sont susceptibles de pérenniser l’entreprise ? Il faut bien se rendre compte qu’à cette époque-là, nous ne savions pas ce qu’était une quadrichromie : on ne faisait que des imprimés administratifs, avec des imprimés pour les collectivités locales (mairies, principalement), le recueil des lois et règlements de l’éducation nationale et les feuilles de sécurité sociale, qui ont été remplacées par la carte SESAM-Vitale. La réponse que nous avons donnée à notre père était donc clairement « Non »… Nous savions que si nous restions sur ces secteurs d’activité, grâce auxquels nous vivions pourtant très bien à l’époque, nous n’avions pas d’avenir. Et nous ne nous étions pas trompés : ces documents n’existent effectivement quasiment plus. Nous avons donc complètement changé la stratégie de l’entreprise, à 180 degrés. Nous sommes rentrés dans le monde la couleur, mais en prenant des places là où elles étaient encore disponibles : à la fin des années 80, la réorientation que nous estimions la plus porteuse, c’était dans le monde de la communication. En 1991, notre père a été emporté en trois mois par un cancer généralisé et nous nous sommes retrouvés, mon frère et moi, à la tête de l’entreprise sans en avoir la moindre action. Cette succession a été relativement douloureuse parce que, dans ces cas-là, l’Etat réclame son dû et il nous a fallu 10 ans pour nous en relever complètement ».

… Et des questionnements de plus en plus urgents

L’occasion de demander à Emmanuel Fabrègue si cette expérience, cette capacité à anticiper les mutations des marchés, elles-mêmes adossées à des pratiques changeantes, est comparable aux capacités d’adaptation dont il faut faire preuve aujourd’hui, le Web et la démocratisation des devices numériques et connectés ayant profondément modifié nos modes de communication« Non, les choses s’appréhendent aujourd’hui de façon totalement différente. On arrive peut-être au bout du bout en termes de volumétrie. Les papetiers nous disent par exemple que depuis le début de l’année, c’est près de 13 % des volumes qui ont disparu en Europe : 13 % pour la roto, 9 % pour la feuille. On continue pourtant à avoir des machines de plus en plus performantes. Si on regarde le temps de calage entre la première machine feuille quadri dans laquelle on a investi en 1990 et notre 8 couleurs LED-UV aujourd’hui, c’est faramineux. On produit donc de plus en plus vite, avec des volumes qui sont de moins en moins importants et nous sommes encore quand même beaucoup d’acteurs, avec des prix qui sont de plus en plus bas… »

Une lucidité qui lui vaut de penser que le secteur traverse aujourd’hui « une tempête qu’il faut affronter », selon ses propres mots. Car le pire serait certainement de subir, sans ouvrir les yeux sur les réelles opportunités qui se profilent peut-être… « Ce que l’on peut attendre du collectif, entre autres choses, tient à mon avis en la défense de l’ « Imprimez en France ». Les gens y sont de plus en plus sensibles, comme ils sont sensibles au bio. Les discours anti-papiers, qui étaient souvent portés par de grands groupes bancaires, de télécoms ou d’assurance, étaient plus liés au prix du timbre qu’à des arguments écologiques ou environnementaux. Une feuille A4 éditique, c’est 2 à 3 centimes, quand on paye 50 à 60 centimes de timbre… Inutile de chercher plus loin les vraies raisons de la diabolisation du papier. On n’entend plus vraiment le discours « On a coupé des forêts pour faire du papier », on a au contraire réussi à faire passer le message qu’entretenir les forêts, c’est les valoriser, c’est de l’élagage etc. Aujourd’hui, l’ennemi médiatique s’appelle le plastique. Nous sommes donc dans une période certainement moins défavorable qu’elle n’a pu l’être. Aujourd’hui, il faudrait peut-être poser cette simple question : qui va payer vos retraites demain ? Les Bulgares ou les imprimeurs français ? Donc je pense qu’il faudrait en effet beaucoup plus développer le made in France, le Print in France en l’occurrence. Les coûts de transport vont augmenter et relocaliser relève d’une démarche de bon sens, parce qu’on se dit, de plus en plus, qu’il est idiot d’aller faire ailleurs ce qu’on peut faire ici, à des coûts parfaitement raisonnables. A nous d’enfoncer le clou ! »

Emmanuel Fabrègue, qui intervenait ici durant le Congrès « L’Intelligence en Action » porté par l’UNIIC.

Circuits courts, relocalisation : un objectif commun ?

Un discours porté avec d’autant plus d’assurance que l’entreprise est profondément attachée à son ancrage local, en dépit des difficultés qui peuvent en résulter : « On est maintenant dans une grande région qui s’appelle la Nouvelle Aquitaine mais le Limousin était une toute petite région, assez « loin de tout  » Nous avons 4 ou 5 clients sur la région, mais ça ne pèse en tout et pour tout que 3 % de notre CA. Quand on est à Lyon, Lille, Paris, Toulouse ou Marseille, on a un vivier forcément beaucoup plus important. En contrepartie, nos racines sont ici. Mais je trouve un petit peu dommage que ce soit un tel handicap, contrairement à l’Allemagne par exemple où les infrastructures sont nettement mieux adaptées. Pour faire des petits volumes là où nous sommes placés, avec de l’impression numérique, les frais de livraison à Paris, par exemple, rendraient ça absolument inabordable : c’est un marché sur lequel on ne peut même pas aller » regrette-t-il, sans y voir pour autant une fatalité : « Je suis intimement convaincu qu’à terme, cela changera. La vraie question reste de savoir « quand ». Je participe régulièrement à des sessions de formations de l’APM (l’Association Progrès du Management, ndlr), en compagnie, notamment, d’autres imprimeurs. On se rencontre tous les mois autour de différents sujets et parmi les derniers intervenants, Philippe Dessertine (économiste et expert des questions financières, ndlr) estime que la relocalisation via les circuits courts est inévitable pour les années qui viennent. Les grandes – ou « trop grandes » – métropoles vont devenir trop difficiles d’accès et il sera de plus en plus difficile d’y vivre. Selon lui, les mouvements de décentralisation/relocalisation vers les régions feront donc partie de la 4ème Révolution Industrielle, parce que les aspirations des gens vont être différentes ». Une perspective qu’il admet certes être « incertaine » et en incapacité évidente de répondre à tout, mais qui constitue une piste de réflexion intéressante lorsqu’il s’agit de conduire ce délicat – mais perpétuel – exercice : penser et repenser la stratégie de son entreprise au gré de l’époque et des « tempêtes » qui lui font face. Un défi passionnant, débuté en 1892, et qui ne semble pas près de s’arrêter…

Vidéo – Première Presse nanographique Landa chez le Groupe Prenant

Parmi les moments forts du Congrès, l’annonce officielle de l’arrivée d’une Presse Landa S10P – la première en France – chez le Groupe Prenant (Diamant Graphic, site de Choisy-Le-Roi) a permis de poursuivre le fil thématique de la journée : comment la technologie et l’offre des différents fournisseurs pourront aider à recomposer un paysage industriel post 4.0 ?

Avec Philippe Vanheste (Groupe Prenant), Marc Schillemans (Vice-Président et Directeur Général Landa Digital Printing) et Jean-Baptiste Bardinet (Business Manager France Landa Digital Printing).

Groupe Prenant, la différence comme atout

Comme Laurent Prenant, Président du groupe éponyme, ne manque jamais de le rappeler : « Tout le monde peut proposer des prix bas dans un contexte d’absence de stratégie de développement de l’entreprise. Moins nombreux sont ceux qui risquent l’innovation, l’investissement et la différenciation technologique ». Plus qu’une formule, c’est là une vision d’entreprise que se sont appropriées toutes les forces vives d’un projet qui embarque aujourd’hui 700 collaborateurs sur 4 sites : Impression rotative, impression feuille, façonnage & routage, personnalisation, logistique, gestion de données et web-to-print, sont autant de solutions que le Groupe Prenant a su développer, tout particulièrement ces dix dernières années, alors que le groupe affiche près de 60 ans d’existence.

Porté par une forte stratégie de croissance externe, marquée notamment par le rachat ambitieux, en 2008, du site de l’Imprimerie Nationale basé à Choisy-Le-Roi (94), pour y établir Diamant Graphic, spécialisé dans « l’imprimé rare & précieux », ou encore l’acquisition de CFI Technologies (solutions de Data-management/Éditique/Routage) à Lisses dans le 91, le Groupe Prenant s’est attaché à construire une offre cohérente et complémentaire, en accord avec une philosophie qui refuse l’attentisme.

Petit tour du propriétaire en vidéo :

Note : Diam (ex-filiale de routage du groupe La Redoute) et Taylormail (ex-3 Suisses), sont devenues une seule et même entité : Kallisté, basée à Tourcoing (59).

Au lendemain de l’annonce de l’intégration d’une Presse Landa sur le site de Choisy-Le-Roi (une première en France), c’est cette même volonté, selon les termes de Philippe Vanheste (Directeur Marketing), de « transformer l’entreprise », qui voit le Groupe Prenant poursuivre une stratégie de renforcement/pérennisation par le haut. « Nous nous sommes beaucoup développés par de la croissance externe, mais aujourd’hui nous changeons de braquet : c’est l’innovation qui sera le moteur de la transformation digitale de l’entreprise » confirme-t-il, insistant également sur l’importance de conjuguer modernité et transmission. « Nous sommes engagés, sous l’impulsion de l’UNIIC, dans un plan de formation qui doit pouvoir être déclinable et partagé. L’idée, ce serait par exemple d’accueillir une classe pendant une année complète, directement au cœur d’une imprimerie et sans qu’il s’agisse d’alternance, pour reconnecter les jeunes générations à ces milieux qu’ils appréhendent souvent trop tard ».

Un volontarisme qui a mené le Groupe Prenant à la tête d’un CA de plus de 80 millions d’euros et qui les voit désormais probablement hantés par cette seule question : quel prochain défi relever ?

Première presse nanographique Landa en France !

Après l’imprimeur de packaging Edelmann Group en Allemagne, qui a été le premier site en Europe à accueillir une presse Landa S10 B1 et Route 1 Print (prononcer Route One Print), premier imprimeur britannique à installer une presse Landa S10P, c‘est le groupe Prenant, adhérent de l’UNIIC, qui ouvre le bal avec lui aussi une S10P.

Venez rencontrer en avant-première lors de notre Congrès Laurent Prenant et Philippe Vanheste : ils vous dévoileront les spécificités techniques de ce beau jouet ! Vous découvrirez également toute la gamme Landa et ses produits imprimés tout en échangeant avec le Vice-Président de Landa et son représentant pour la France. Et surtout vous pourrez rencontrer tous les autres constructeurs présents dont la fiabilité n’est plus à démontrer et qui n’ont pas dit leur dernier mot !

Quo Vadis réinvente ses agendas

Moins austère et plus personnalisable que jamais, l’agenda papier doit, selon Quo Vadis, miser sur ses atouts séduction. Une évidence, alors que les outils numériques – smartphones en tête – voient les applications destinées à gérer votre emploi du temps s’imposer chaque jour un peu plus, au détriment des formats papier d’antan… Mais ce ne sont justement pas ces agendas « d’un autre temps » que Quo Vadis met en avant, leur préférant des itérations résolument modernes, personnalisables et foncièrement attrayantes. Les influences sont revendiquées, à l’image des « bullet journals » popularisés sur Instagram, qui sont en vérité moins pratico-pratiques que véritablement charmants.

Destiné aux « esprits créatifs », l’agenda papier hérité du life journal soigne ses couvertures et vous laisse carte blanche…

« Le numérique est infaillible mais il n’apporte pas la dimension émotionnelle du papier » confirmait ainsi Jérôme Nusse (Président des éditions Quo Vadis, groupe Exacompta Clairefontaine) au journal « Les Echos » (voir l’article). Cependant consciente que le numérique grappille des parts de marché de façon continue, la marque se positionnera aussi sur ce segment, tout en gardant cette volonté de proposer quelque chose de plus esthétique et personnalisable qu’une application lambda. Parce qu’on ne renie jamais tout à fait ses racines papier, surtout lorsqu’elles nous ont inculqué la culture du Beau…