Pierre Richard, figure de l’imprimerie, nous a quittés

Nous avons appris ce samedi 13 mars le décès de Pierre Richard à l’âge de 88 ans, qui fut bien sûr le fondateur de la SEGO en 1980, mais aussi – et surtout – un homme de conviction, animé d’une rigueur et d’une passion que son fils, Hervé Richard, tient aujourd’hui plus que jamais à rappeler…

“C’est quelqu’un qui est parti de rien. Il s’est lancé avec un copain dans l’impression parce qu’il ne trouvait pas chez les autres la qualité qu’il cherchait. Alors il s’est fait prêter une machine et il s’est dit qu’il allait le faire lui-même” s’amuse-t-il de souligner, démontrant là que des moyens forcément encore très modestes n’empêchent pas de porter de fortes ambitions. De ses débuts dans un garage en 1962 avec la SIRA, jusqu’à des développements industriels d’une tout autre mesure avec la SEGO une trentaine d’années plus tard, la « qualité » est certainement le fil rouge d’une carrière conduite selon cette saine exigence. “Il pouvait parfois avoir l’air dur dans le travail, mais c’était quelqu’un de très sensible et attaché aux relations humaines, tant avec son personnel qu’avec ses clients et collaborateurs” insiste-t-il, raison pour laquelle Pierre Richard s’est toujours refusé à tomber dans le piège de la compétition moins-disante, même lorsque la concurrence s’est accentuée et a vu naître des stratégies agressives low cost. “Même pour des reprises compliquées, comme cela pu être le cas en 1994 avec la société C3F, il a œuvré pour qu’il n’y ait aucun licenciement. C’était quelque chose de fondamental pour lui, chose que tout le monde ne devinait pas forcément derrière sa carapace d’homme dur” ajoute Hervé Richard. “Il a eu cette chance fabuleuse de vivre un âge d’or de l’imprimerie, pendant lequel il a pu développer une vision mêlant ses exigences de qualité avec celles du respect de l’autre. C’est pour cette raison qu’on se souvient de lui à la fois comme d’un dirigeant très exigeant, mais aussi comme quelqu’un de très proche de ses collaborateurs” conclue-t-il. Une vision qui – faisons-en le pari – lui survivra sous les traits du meilleur legs qui soit : car l’imprimerie n’est jamais meilleure que lorsqu’elle s’impose d’être belle.

Source photo : Graphiline

Activité partielle de longue durée

Depuis le début de la pandémie, tous les acteurs du paritarisme (collège employeurs et collège salariés) se sont mobilisés aux côtés des pouvoirs publics nationaux et territoriaux pour en limiter les conséquences économiques et sociales. A ce titre, le dispositif d’activité partielle de droit commun mis en place par l’Etat a joué un rôle incontournable d’amortisseur social complété, pour notre secteur, par les mesures exceptionnelles décidées au profit des salariés et des entreprises (Lourmel, Plan anti crise de l’OPCO-EP par exemple). C’est dans ce contexte inédit que l’UNIIC et l’ensemble des membres de la CPPNI (Commission Paritaire Permanente de Négociation et d’Interprétation) ont estimé nécessaire et urgent de passer à une seconde étape attendue par les entreprises et les salariés et ce pour préparer au plus vite la relance adossée à la préservation des compétences-clefs et des emplois.

C’est sur le fondement de ce diagnostic partagé que nous avons souhaité mobiliser le dispositif spécifique d’activité partielle créé par la loi du 17 juin 2020.

Nous l’attendions, l’arrêté d’extension de l’accord APLD en date du 16 novembre 2020 a été publié au JO du 16 janvier 2021.

L’accord est donc désormais entré en vigueur conformément à son article 11. Les entreprises qui souhaitent mettre en place le dispositif d’activité partielle de longue durée sur le fondement de l’accord de branche peuvent donc le faire dès à présent.

Dans ce cadre, il appartient donc aux entreprises d’adapter le document trame annexe de l’accord à leur situation spécifique, consulter le cas échéant le CSE pour avis et transmettre ce document à la DIRECCTE pour homologation. L’administration dispose de 21 jours à compter de la réception du document établi par l’employeur pour l’homologuer. Le silence gardé par l’autorité administrative pendant le délai de 21 jours vaut décision d’homologation.

En l’absence d’accord d’entreprise, cet accord de branche dont nous accompagnerons la mise en œuvre sur le terrain, permettra d’offrir aux TPE/PME un outil ré-appropriable par elles et susceptible de recevoir l’homologation des Direccte.

Le succès de cette initiative forte se mesurera à sa traduction opérationnelle dans les entreprises avec le dialogue social qui doit accompagner ce type de dispositif qui fait le pari de préserver l’avenir…

Nathalie Robin (Oxy Signalétique) – « Nous avons bien conscience d’être repositionnés sur des produits de première nécessité et cela a contribué je crois à l’investissement exceptionnel des salariés. »

Des industriels face à la crise – Pendant que l’UNIIC préparait son 125ème anniversaire à l’Institut Lumière sous le signe du Cinéma, un acteur sournois s’est invité au palmarès sans avoir été nominé : appelé Covid-19 il aurait pu faire partie de la saga Star Wars ! Son côté obscur a heureusement été vaincu par la force et la combativité des salariés et des chefs d’entreprises. Mais toutes les traces et conséquences ne sont pas effacées et les leçons à tirer de cette sombre période de notre planète sont nombreuses. C’est pourquoi nous avons demandé à des « Stars » du monde graphique de nous commenter et expliquer comment ils ont vécu et fait face à ce scénario inattendu…

Episode 5 – Nathalie Robin – Présidente, Oxy Signalétique (13). Propos recueillis mi-juin 2020.


Comment définiriez-vous le profil d’Oxy Signalétique et en quoi peut-il paraître singulier ?

Nous travaillons sur deux secteurs d’activité assez distincts, qui sont l’industrie et la communication. D’une part l’industrie aéronautique, ferroviaire, mais aussi d’autres secteurs industriels “franco-français”, c’est-à-dire basés sur notre sol. C’est le secteur d’activité historique de l’entreprise, créée en 1978 par mon père, François Robin, et qui a perduré pendant une vingtaine d’années, avec deux procédés clairement identifiés de fabrication : la sérigraphie et ce que l’on appelait à l’époque la gravure. Nous avons ensuite ouvert l’entreprise aux procédés d’impression numérique, en gardant les mêmes clients : Airbus et ses sous-traitants, la SNCF et autres fabricants de matériel roulant etc. Ensuite, par de la croissance externe depuis maintenant sept ou huit ans, nous avons acquis de nouvelles compétences dans des secteurs d’activité nouveaux pour nous, liés à la communication : enseignes, PLV, signalétique événementielle etc. Les approches sont différentes également puisqu’il s’agit souvent d’appels d’offres pour de la signalétique de bâtiments pour les collectivités, de la muséographie etc.

Que représentent aujourd’hui ces nouvelles activités, en poids du chiffre d’affaires de l’entreprise ?

Ce secteur de la communication est géré entre 60 à 70 % sur de l’appel d’offres et représente aujourd’hui la moitié de notre chiffre d’affaires. Nos premiers clients restent Airbus et la SNCF, y compris dans ses divisions “Signalétique” et “Événementiel”, ou Aéroports De Paris (ADP) sur toute la signalétique des aéroports.

Nous avons perdu au global 50 % de notre chiffre d’affaires, mais qui ont été complètement comblés… Voire même au-delà, avec la réorientation de notre activité sur de la production de visières de protection, de barrières de plexiglas, ou sur du marquage au sol pour faire appliquer les mesures de distanciation physique.

Quand sont annoncées les mesures de confinement, quelles en sont pour vous les conséquences immédiates ?

Nous avons constaté une rupture brutale qui a vu les annulations de commandes s’enchaîner en l’espace d’une semaine, à mi-mars. La facette “Industrie” de notre activité s’est retrouvée immédiatement et lourdement impactée. Celle liée à la communication a chuté également, mais de façon un plus différée pour des raisons d’encours finalisés. Mais avec la fermeture des musées, des écoles, des stades ou encore l’annulation des salons professionnels, les conséquences ont rapidement été aussi sévères. Nous avons perdu au global 50 % de notre chiffre d’affaires, mais qui ont été complètement comblés… Voire même au-delà, avec la réorientation de notre activité sur de la production de visières de protection, de barrières de plexiglas, ou sur du marquage au sol pour faire appliquer les mesures de distanciation physique.

Vous dîtes avoir spontanément gardé 50 % d’activité, y a-t-il donc des segments de produits qui ont mieux résisté ?

Nous n’avons pas vu de segments résister particulièrement mieux : tout a plus ou moins baissé de moitié dans le secteur de l’Industrie. Dans le secteur de la communication, la chute a donc été plus différée, mais elle a en revanche été plus brutale : nous avons quasiment tout arrêté au bout de quelques jours. Mais nous nous attendons à ce que ces marchés de la communication reprennent plus vite également.

Le déconfinement a nécessité un important travail de signalétique au sol, poussant notamment Oxy à adapter sa production. (© RATP/Twitter)

La réorientation que vous évoquez concerne-t-elle des produits sur lesquels vous aviez déjà une expérience, une antériorité ?

Non, pas vraiment : nous ne faisions par exemple absolument pas de visières de protection. Les mesures de confinement ont été annoncées aux alentours du 15 mars, et dès le 18 ou le 19, nous déposions le modèle que nous allions produire. Nous avons essayé de rebondir très vite avec ce type de produits et en nous approvisionnant en plexiglas, au mieux de ce qu’il était possible de se fournir à ce moment-là, pour répondre à des besoins très spécifiques dans les supermarchés, les centres médicaux, les commerces de proximité, les boulangeries etc. Nos clients habituels ont arrêté leur activité, ou pratiquement, mais ils se sont également demandé très vite comment ils pouvaient mettre en place une forme de continuité. Nous avons alors tâché de leur proposer et de leur vendre ce dont ils pouvaient avoir besoin, dans un tel contexte. C’était une forme claire d’improvisation. De l’improvisation réfléchie, mais poussée par une nécessité : Oxy compte 105 salariés et notre activité est centrée sur des secteurs à l’arrêt quasi-complet, il a bien fallu nous creuser la tête pour tenir le coup. Nous avons rapidement ciblé des besoins qui semblaient évidents, avant de convaincre nos effectifs de s’adapter et d’aller sur d’autres produits, en gardant une motivation intacte, dans un contexte anxiogène qui était terrible… On sent un apaisement aujourd’hui de ce point de vue, mais dès mi-mars, l’idée de prendre les transports en commun alors que les enfants ne pouvaient plus aller à l’école, et alors bien sûr que le mot d’ordre était de ne plus sortir, quitte à demander un chômage partiel, c’était très compliqué.

D’où l’importance de porter un projet fédérateur, même contextuel et momentané…

Cette crise a démontré à quel point les gens chez Oxy sont investis dans leur métier. Ils ont mis du cœur à surmonter des difficultés qui auraient pu être plombantes, mais qui nous ont soudés. Nous n’avons évidemment pas pu mobiliser tout le monde, pour des raisons bien compréhensibles notamment de garde d’enfants, mais là aussi nous nous sommes adaptés. En mettant en place des roulements, nous avons fonctionné par équipes en faisant du 2/8, du 3/8, en travaillant les week-ends et jours fériés, pour tenir la ligne que nous nous étions fixée. Nous avons bien conscience d’être repositionnés sur des produits de première nécessité et cela a contribué je crois à l’investissement exceptionnel des salariés. A ce jour, en l’absence de reprise sensible, nous sommes restés sur ces produits, dans une forme de positionnement d’attente. Il y a bien quelques réouvertures chez nos clients depuis le déconfinement, mais c’est encore très marginal. Par ailleurs, beaucoup des dossiers sur lesquels nous travaillons, dans le cadre d’expositions ou de salons événementiels, nécessitent souvent d’anticiper un mois à l’avance. Par conséquent, si la reprise devait “frémir”, à ce stade nous en aurions déjà les signes. En revanche, aujourd’hui, pour du marquage ou du matériel de protection, c’est littéralement fait dans la journée. La situation exige de toute façon ce niveau de réactivité.

Le musée du Quai Branly compte parmi les clients fidèles d’Oxy.

Pensez-vous pérenniser en partie votre façon actuelle de travailler et/ou de produire ?

Il ne faut pas le souhaiter. Dans l’absolu, j’aimerais surtout retrouver notre cœur d’activité historique. En soi, il est plus intéressant de se consacrer aux produits à haute valeur ajoutée par lesquels nous avons fait la preuve d’un savoir-faire, développé des procédés particuliers et fidélisé des clients importants. Nous voudrions surtout voir les clients qui nous ont fait confiance – Le Quai Branly, la mairie de Paris ou ADP – refaire appel à nous. Je suis très fière de la façon dont nos équipes ont su se remettre en question pour sortir de notre zone de confort et sécuriser l’entreprise, avec une énergie folle, mais ce ne doit pas être une situation durable. Même en termes d’organisation d’ailleurs, je n’anticipe pas de changements durables : l’idée de développer le télétravail, pourquoi pas, mais je préfère être entourée, j’aime être présente en atelier auprès du personnel et je pense qu’une équipe c’est une entité soudée, chose que je craindrais de perdre à travers des écrans. Quand je vois l’énergie qu’il a fallu mettre en œuvre chez Oxy pour assurer ce virage pendant la crise sanitaire, je me dis que cela n’aurait pas été possible sans cette forme de proximité. Je ne tiens évidemment pas à ce que nous oubliions cette période, mais là encore, j’espère que les mesures de distanciation resteront une parenthèse, en tout cas pour nous.

L’adaptabilité dont vous avez fait preuve a-t-elle nécessité des bouleversements techniques, voire des investissements ?

Non, mon métier, c’est d’imprimer et de découper, par des procédés mécaniques, pneumatiques ou numériques. Que je découpe de la visière en polycarbonate, du plexiglas de comptoir ou du marquage au sol, je fais appel aux mêmes machines et aux mêmes techniques. En revanche, il a fallu effectivement apprendre à faire des casquettes avec visière de protection, via un modèle que nous avons conçu et déposé en quelques jours, mais là encore, le travail de découpe reste dans notre socle de compétences historiques. Il s’agit davantage de réajustements que de réinvention sur le plan technique. Je n’ai donc rien investi, j’ai simplement utilisé notre savoir-faire, nos machines et nos stocks de produits – puisque du plexiglas ou du polycarbonate notamment, nous en consommons déjà toute l’année – pour proposer un repositionnement adéquat.

Notre situation est assez paradoxale : aujourd’hui je travaille même plus qu’avant. Mais nous sommes assis sur un besoin fragile et appelé – je l’espère – à disparaître.

Est-ce que cela vous permet d’attendre plus ou moins sereinement la reprise, sans sentiment d’urgence ?

Ma seule crainte, c’est que lorsque les produits d’utilité sanitaires que nous produisons aujourd’hui ne se vendront plus, que ferons-nous si la relance économique n’est pas là ? Est-ce que le trou d’air qu’ont connu nombre de nos confrères qui ont souffert, n’es pas amené à nous frapper plus tard ? Notre situation est assez paradoxale : aujourd’hui je travaille même plus qu’avant. Mais nous sommes assis sur un besoin fragile et appelé – je l’espère – à disparaître. Dans la mesure où je n’imagine pas de reprise tangible avant septembre, la question se pose véritablement. Les réouvertures de lieux publics sont encore éminemment compliquées et l’été arrive, ce qui me fait vraiment me focaliser sur la rentrée…

Une des hypothèses de reprise établit justement un possible embouteillage – événementiel, notamment – dès septembre, avec une charge de travail pour le coup exceptionnelle, par effet de rattrapage…

Si c’est le cas, ce sera de bons problèmes. Cela permettrait à tous mes confrères de travailler et aux clients d’étudier différentes possibilités. Si l’un est surchargé, c’est l’autre qui sera sollicité etc. Nous sommes sur des métiers qui sont des révélateurs assez fiables je pense de l’état de santé économique du pays : quand l’activité est là, c’est que l’économie se porte bien. En cela, si nous avons trop de travail, je serais même ravie d’en donner à des confrères.

William Berbessou (Richard-Laleu) – “Pas d’arrêt brutal d’activité, mais de fortes perturbations”

Des industriels face à la crise – Pendant que l’UNIIC préparait son 125ème anniversaire à l’Institut Lumière sous le signe du Cinéma, un acteur sournois s’est invité au palmarès sans avoir été nominé : appelé Covid-19 il aurait pu faire partie de la saga Star Wars ! Son côté obscur a heureusement été vaincu par la force et la combativité des salariés et des chefs d’entreprises. Mais toutes les traces et conséquences ne sont pas effacées et les leçons à tirer de cette sombre période de notre planète sont nombreuses. C’est pourquoi nous avons demandé à des « Stars » du monde graphique de nous commenter et expliquer comment ils ont vécu et fait face à ce scénario inattendu…

Episode 4 – William Berbessou – Directeur général, Richard-Laleu (86). Propos recueillis début juin 2020.


On imagine que les marchés du packaging, et plus encore ceux de l’emballage agroalimentaire, ont été épargnés par la crise sanitaire, secteur essentiel oblige. Est-ce pour autant un raccourci ?

Nous n’avons effectivement pas connu d’arrêt brutal d’activité, mais nous avons quand même été fortement perturbés, à trois niveaux différents :

– Notre clientèle dans le packaging agroalimentaire a l’habitude de passer des commandes avec une visibilité de l’ordre de quatre à six semaines. Voire plus, pour certains marchés. De fait, nous travaillons d’ordinaire sur des trains de fabrication assez linéaires, avec certes parfois des à-coups à gérer pour des opérations promotionnelles par exemple, mais nous y sommes habitués. Lorsque sont faites les annonces du 16 mars, plusieurs salariés – masculins ou féminins – se sont mis en arrêt de travail pour garder leurs enfants. Cela a généré des trous dans la chaîne de fabrication que n’avions pas eu le temps d’anticiper. Il a fallu une dizaine de jours pour que l’on puisse rétablir les effectifs pour répondre aux besoins.

– Nous avons par ailleurs dû faire face à une consommation tous azimuts. Beaucoup de références dans les grandes surfaces sont venues à manquer, suite à des comportements d’achat qui ne correspondaient plus du tout aux modèles habituels. Cela a énormément perturbé le réapprovisionnement de nos clients, qui nous ont appelés en urgence pour être livrés au plus vite et au maximum de ce que nous pouvions assurer. C’est-à-dire sans tenir compte des programmes de fabrication classiques : on a vu par exemple des clients traditionnels du beurre tomber littéralement en panne, nous demander de leur livrer tout ce que nous avions déjà produit. Cela s’est traduit par une pression pour nous assez soudaine, qui s’est donc déclarée concomitamment au manque ponctuel de personnel que j’évoquais. Il a donc été très difficile de tenir le rythme, sachant que la première vague du 16 mars nous a privés de 10 à 15 % des effectifs en atelier. C’est un ratio important notamment parce que beaucoup de nos effectifs avaient un conjoint ou une conjointe travaillant dans le milieu hospitalier, ce qui a forcément compliqué la garde d’enfants. Elément positif quand même : comme nous faisons partie du secteur agroalimentaire, nous sommes titulaires d’une certification BRC/IoP (British Retail Consortium/Institut of Packaging, laquelle définit une base commune pour la sécurité et l’hygiène des emballages alimentaires et non alimentaires, ndlr) qui nous contraignait déjà à des protocoles d’hygiène poussés, aussi bien en impression qu’en transformation ou en emballage. Nous avions également déjà à disposition des sur-blouses, des charlottes, des masques et du gel hydroalcoolique en quantités suffisantes pour assurer un mois de production. Les procédures de sécurité ont donc pu être relativement facilement mises en place, en faisant du décalage d’équipes : au lieu de procéder à des enchaînements, nous avons installé des césures de quinze minutes par équipe, de sorte à éviter les croisements.

Il a été très difficile de tenir le rythme, sachant que la première vague du 16 mars nous a privés de 10 à 15 % des effectifs (…) avec un pic – toutes raisons cumulées – à 25 % de personnes qui manquaient dans nos ateliers de production.

– Enfin, il a fallu composer avec la mise en arrêt de travail des salariés dits « sensibles ». Le phénomène a en quelque sorte fait sauter le verrou de la confidentialité médicale puisque très rapidement, des salariés sont venus me voir pour me demander d’être arrêtés et de faire pour eux les déclarations maladie. Cela a de nouveau touché 10 à 15 % de nos effectifs, avec un pic – toutes raisons cumulées – à 25 % de personnes qui manquaient dans nos ateliers de production. Là encore, il a fallu se réorganiser et nous avons mis une dizaine de jours à pour retrouver notre productivité habituelle, en réaffectant des collaborateurs d’une unité sur une autre, d’une machine sur une autre etc. En revanche, nous avons été moins contraints que la première fois parce que les modes de consommation avaient déjà retrouvé une forme de normalité. Par conséquent, nous avons de notre côté retrouvé une certaine linéarité au sein des commandes,  avec quelques clients qui nous ont fait décaler nos productions après avoir demandé des réassorts urgents.

Nous avons ensuite continué à vivre au rythme des annonces gouvernementales, nous avons eu quelques alertes de la part de collaborateurs en contact plus ou moins direct avec le Covid-19, lesquels ont été arrêtés ou placés en quarantaine. Je précise qu’en vertu des procédures BRC/IoP que nous avons mises en place, les salariés ont l’obligation de faire savoir s’ils sont susceptibles d’être malades, chose qui est rentrée dans nos habitudes et qui n’a pas généré chez nous de problématiques liées à la prise de température, de présentation de certificats médicaux etc. Mais gérer ces alertes au jour le jour reste difficile et cela a occasionné quelques livraisons chaotiques.

Les effets semblent donc avoir été très concentrés en début d’épidémie… Avec le retour d’une forme de normalité courant avril ? 

Non, en avril nous étions justement la tête sous l’eau. Nous avons dû ouvrir les samedis et avons même un temps envisagé de travailler en VSD – chose que nous n’avons finalement pas faite, notamment pour des raisons d’effectifs insuffisants. Comme être imprimeur/transformateur ne s’improvise pas, aucun levier n’était suffisamment réactif pour nous le permettre, y compris l’intérim. Par conséquent, nous avons fait un chiffre d’affaires sur le mois d’avril bien supérieur à la normale, mais c’est redescendu très vite dès le mois de mai. Parce que ce sont les programmes d’approvisionnement linéaires habituels qui se sont remis en place, pour un volume de production plus proche de la normale.

A Iteuil en Nouvelle Aquitaine, l’entreprise Richard-Laleu sert les plus grands noms de l’industrie alimentaire, cosmétique, pharmaceutique pour des grandes et moyennes séries et sait aussi s’adapter à des demandes particulières impliquant la réalisation de séries sur mesure.

Le déconfinement a-t-il déjà eu des effets sur l’organisation de l’entreprise ?

Nous sommes toujours en niveau de sécurité 3 et avons donc maintenu le fonctionnement des équipes en décalage pour proscrire les croisements non-protégés. A ce jour (début juin, ndlr), nous n’avons encore rien allégé, par rapport à ce que nous avons mis en place, consécutivement à l’annonce du 16 mars. La seule différence, c’est que certains cadres ont souhaité revenir sur le lieu de travail, dans un contexte où – comme un peu partout, j’imagine – toutes celles et ceux qui pouvaient être placés en télétravail l’ont été, de façon à limiter le nombre de personnes dans les bureaux. Les choses sont presque revenues à la normale de ce point de vue, même si nous évitons encore les réunions, que les rendez-vous sont décalés, qu’il n’y a pas d’accueil fournisseurs/clients etc.

Avez-vous des craintes à plus long terme, liées à la récession économique annoncée ?

Nous sommes sur un secteur qui est mature. C’est-à-dire que quand il est en crise, il fait – 3 %, et quand il est en forte croissance, il fait + 3 %. Nous sommes donc loin de la variabilité que l’on peut rencontrer dans l’Industrie en général, en tout cas pas sur douze mois. Nous pouvons effectivement connaître de très fortes variabilités au mois ou à la semaine, mais elles finissent toujours par s’aplanir à plus long terme. Le phénomène de surconsommation constaté en tout début de pandémie s’est ainsi trouvé compensé en sous-consommation le mois suivant. Notre mois de mai 2020 est effectivement bien plus faible que notre mois de mai 2019. Je ne crois donc pas qu’il faille anticiper des effets à longs terme, ce qui a été difficile c’est de gérer un effet d’accordéon soudain et violent en déployant des efforts d’adaptabilité inhabituels. Mais nous sommes souvent surpris de constater à quel point les crises, quelles qu’elles soient – gilets jaunes ou autres – ont peu d’effets durables sur notre activité. Ce que l’on diffère, c’est l’achat de la voiture ou d’une télévision, mais pas l’alimentaire.

Nous avons certainement subi un manque de polyvalences. Nous nous sommes en quelque sorte retrouvés confrontés à une surspécialisation au poste par poste, qui a évidemment du bon en temps normal, mais qui pose des problèmes de flexibilité en temps de crise.

On dit souvent que ces crises sont aussi des révélateurs de ce qui fonctionne bien et de ce qu’il faudrait peut-être modifier… Qu’en est-il pour Richard-Laleu ?

Nous allons consolider le sourcing : on s’est aperçu que tous les approvisionnements de matières premières consommables ont bien fonctionné. C’est-à-dire que la chaine d’approvisionnement n’a pas été rompue et que le panel de fournisseurs référencés chez nous a été opérationnel rapidement. Sur le plan des effectifs, la satisfaction vient du constat que les salariés ont très bien joué le jeu et ont montré une mobilisation à la hauteur de la mission : aider au maintien d’une filière évidemment essentielle. L’autre grande satisfaction vient du fait que les protocoles d’hygiène mis en place il y a une dizaine d’années se sont avérés très efficaces. Les gens se sont sentis tout de suite en sécurité au sein de l’entreprise, ce qui est un point extrêmement positif. En revanche, nous avons certainement subi un manque de polyvalences. Nous nous sommes en quelque sorte retrouvés confrontés à une surspécialisation au poste par poste, qui a évidemment du bon « en temps normal », mais qui pose des problèmes de flexibilité en temps de crise. La leçon, ce sera donc de scénariser les risques sur la base d’une meilleure polyvalence des collaborateurs de l’entreprise, de façon à mieux gérer les absences et faciliter les remplacements. Cela ne pourra passer que par un plan de formation, et là je dois dire que notre OPCO a encore du mal à nous offrir la visibilité suffisante… Par ailleurs, nous avons découvert beaucoup de pathologies médicales. Je n’ai évidemment rien contre le secret médical, mais la situation s’est avérée tellement extraordinaire que nous nous sommes aperçus que chez certains profils, cela allait au-delà d’une notion de crise sanitaire ponctuelle. Il va falloir y travailler avec la médecine du travail, l’employeur n’ayant pas tous les éléments pour pouvoir répondre aux attentes des opérateurs et salariés : à mes yeux, il manque un lien.
Hormis cela, les clients ont été là, les commandes également. Certains ont demandé des décalages de paiement, parfois de façon assez surprenante puisqu’il a pu s’agir de gros groupes. C’est là en tout cas un effet différé qui a directement trait à la solvabilité des sociétés et dont on mesurera les conséquences exactes prochainement, qu’il s’agisse de fournisseurs, intermédiaires ou clients. Je pense que c’est là pour nous le second volet de la crise, dont on n’a pas encore perçu l’impact parce que tout le monde se cache…

Philippe Vanheste (Groupe Prenant) – “Nous avons mis à profit ce temps pour accélérer notre transformation digitale et la dématérialisation/automatisation de certains process”

Des industriels face à la crise – Pendant que l’UNIIC préparait son 125ème anniversaire à l’Institut Lumière sous le signe du Cinéma, un acteur sournois s’est invité au palmarès sans avoir été nominé : appelé Covid-19 il aurait pu faire partie de la saga Star Wars ! Son côté obscur a heureusement été vaincu par la force et la combativité des salariés et des chefs d’entreprises. Mais toutes les traces et conséquences ne sont pas effacées et les leçons à tirer de cette sombre période de notre planète sont nombreuses. C’est pourquoi nous avons demandé à des « Stars » du monde graphique de nous commenter et expliquer comment ils ont vécu et fait face à ce scénario inattendu…

Episode 3 – Philippe Vanheste – Directeur marketing, Groupe Prenant (94). Propos recueillis fin mai 2020.


Quelles conséquences la crise a-t-elle eu sur l’activité de l’entreprise ?

On a senti une baisse très rapide dès le début du confinement. Nous sommes tombés à – 50 % d’activité dès la semaine du 16 mars. La baisse s’est poursuivie au fil des semaines, avec des pics à – 70 % d’activité. Ce sont des chiffres bruts qui font mal, mais pour avoir échangé avec quelques confrères pendant ces moments difficiles, on constate les mêmes ordres de grandeur un peu partout. C’est d’ailleurs quelque chose que j’aimerais souligner : il y a eu ce besoin d’échanger, de se parler, de prendre des nouvelles des uns et des autres, avec un maximum de bienveillance. On peut donner l’impression de se battre comme des boxeurs sur un ring tout le reste de l’année, mais dans ces moments-là il y a une forme de cohésion et d’empathie collective qui se dégage.

La baisse a-t-elle été uniforme sur l’ensemble des sites de production, en fonction notamment des produits ?

Le pourcentage de baisse d’activité est quasiment le même sur nos deux sites de production. Quant aux types de produits, je dirais que le marketing direct a globalement mieux résisté, alors que le toutes boites s’est effondré très vite, pour retomber quasiment à zéro. Si l’adressé a mieux résisté, c’est probablement en partie parce que La Poste a maintenu un service minimum. La Presse professionnelle et spécialisée a également mieux résisté, « La Revue Fiduciaire » par exemple est un client important pour nous, or ses lecteurs sont principalement des abonnés : des juristes, des experts comptables, des avocats etc. Ce qui a souffert en revanche, c’est la publicité – y compris des grosses campagnes de fond qui tournent par exemple autour des télécom’ et de l’automobile – ainsi que l’événementiel évidemment. Là encore, ce que l’on a constaté frôle l’arrêt total.

Le projet que nous avions déjà engagé avec l’UNIIC et l’IDEP sur notre transformation digitale a beaucoup avancé pendant ces quelques semaines : automatisation des flux, dématérialisation des ordres de fabrication, automatisation des circuits de facturation et du traitement comptable des fournisseurs etc.

Des mesures de compensation/adaptation ont-elles été prises, y compris en termes de repositionnement ponctuel ?

L’évidence a bien sûr été de mettre d’abord en place les mesures barrières pour la sécurité du personnel, ensuite de témoigner un élan de solidarité pour celles et ceux qui continuaient de travailler, tout en nous appuyant sur deux axes forts pour le Groupe Prenant : cohésion et résilience. Nous avons notamment mis à profit ce temps pour accélérer notre transformation digitale et la dématérialisation/automatisation de certains process. Il y a également beaucoup de dossiers qui étaient un peu « sur le coin du bureau » que nous avons pu extrêmement bien travailler et faire avancer en « mode confinés », via notamment le télétravail. D’un côté la production a ralenti, de l’autre côté les fonctions support ont énormément travaillé pour se réinventer et préparer la sortie de crise. Le projet que nous avions déjà engagé avec l’UNIIC et l’IDEP sur notre transformation digitale a de fait beaucoup avancé pendant ces quelques semaines : automatisation des flux, dématérialisation des ordres de fabrication, automatisation des circuits de facturation et du traitement comptable des fournisseurs etc.

Vous évoquez un « mode confinés », donc une forme de fonctionnement interne. Comment cela se passe-t-il avec les collaborateurs externes ? N’y a-t-il pas eu de difficultés à communiquer et travailler au-delà de la sphère de l’entreprise ?

Non, que ce soit par conférences numériques, via le partage de documents en ligne et tout type d’autres outils collaboratifs, nos équipes en interne n’ont pas connu de vraie difficulté à communiquer avec nos principaux fournisseurs, notamment Bluewest et Masterprint, qui sont les deux principales sociétés à nous avoir accompagnés sur les projets de transformation que je mentionnais. Cela a demandé un effort d’animation de la part des dirigeants, mais cela a permis à une bonne vingtaine de personnes de mener des réflexions et des actions dans de nombreux domaines : les RH, la finance, la fabrication, le prépresse, la logistique etc. Dans tout mal on essaie de trouver un bien, mais nous n’aurions certainement jamais pu autant avancer sur ce type de projets dans des circonstances ordinaires. Ce coup de massue aura donc bel et bien été une forme d’opportunité.

Un événement portes ouvertes était prévu mi-mars sur le site de Diamant Graphic (Choisy-le-Roi) pour inaugurer notamment l’arrivée de la première Presse nanographique en France (Landa S10P)…

Il y avait effectivement des journées ouvertes prévue la semaine du 12 mars, celle qui précédait les mesures de confinement. Deux jours étaient réservés à Landa qui recevait ses prospects et futurs clients pré-Drupa, et le 12 mars nous recevions nos propres clients et prospects. Mais d’un commun accord avec Landa, nous avons décidé de reporter l’événement, une dizaine de jours auparavant, dès début mars. Ces journées se tiendront normalement à la rentrée, probablement entre la deuxième quinzaine de septembre et la première quinzaine d’octobre, si les conditions le permettent. Avec le recul, heureusement que nous avons décidé en amont de reporter cette Open House, puisque d’une certaine façon, les faits nous ont donné raison et tout s’est emballé en peu de temps : à la fois la fermeture des frontières et la réglementation française. En revanche, les équipes ont continué de travailler sur la Landa : les opérateurs dédiés à cette machine ainsi que les techniciens français de Landa n’ont jamais cessé de collaborer – c’est encore le cas aujourd’hui – ce qui a permis un travail plus serein et plus en profondeur, sans la pression immédiate des impératifs de production, alors qu’il s’agit d’une nouvelle technologie qui demande du temps pour être maîtrisée.

Nous sommes convaincus que les choses ne reviendront pas à l’identique, c’est évident. Ni en volumes, ni même dans la manière de travailler.

Comment l’idée de “reprise” est-elle appréhendée ? L’entreprise en sortira-t-elle changée ?

Tout le monde nourrit l’espoir d’un redémarrage, mais je pense que ça va être très progressif. Il n’y a en tout cas pas de « coup de fusil » à attendre des premières semaines de déconfinement, à mon sens. Cela va dépendre des secteurs d’activité : on sent que certaines campagnes ne tarderont pas à reprendre d’ici juin, c’est le cas notamment de la grande distribution, de certains réseaux/franchises. D’autres se projettent déjà à septembre/octobre. Certains secteurs comme l’immobilier attendent confirmation du succès ou échec du déconfinement pour lancer leurs campagnes. Les distributions de campagnes imprimées en boites aux lettres, notamment pour les ventes de projets immobiliers neufs, vont clairement dépendre de ce qui se passe actuellement. J’ai des options de réservation pour la dernière semaine de mai, en fonction de la façon dont va se dérouler le déconfinement.

Mais surtout, nous sommes convaincus que les choses ne reviendront pas à l’identique, c’est évident. Ni en volumes, ni même dans la manière de travailler. Je pense que l’on parlera moins de machines mais plus d’Humain. Plus exactement, je pense que c’est un progrès nécessaire : la reprise ne se passera bien que si la dimension humaine en bénéficie directement. La problématique actuelle n’est pas technique, parce qu’il faut gérer des peurs. Des peurs liées à l’emploi, des peurs de stabilité financière etc. Nous avons donc décidé de rester focalisés sur trois axes de stratégie qui sont à vrai dire les nôtres depuis des années :

– La montée en gamme : on imprimera moins mais on imprimera mieux.

– La possibilité de personnalisation, à tous les stades de la production des imprimés. Pas uniquement sur de l’adressage ou du marketing direct. Cela peut être du code, du versioning etc. Nous proposerons d’ailleurs un document résumant les possibilités en la matière, pour inspirer les clients.

– La connexion entre le papier et le digital, à travers notamment la réalité augmentée. Il faut à mon sens éviter de réactiver une guerre entre le digital et le papier, déjà parce que nous la perdrions à coup sûr. Si on parvient à connecter le papier au digital, exactement comme on connecte le digital au papier, on pourra espérer une cohabitation pérenne.

C’est un plan qui ne vise pas seulement à sauver notre peau, mais bien à repartir sur des secteurs plus porteurs. En cela, il est intéressant d’écouter nos clients qui ont abandonné le papier : je pense notamment à deux d’entre eux qui n’avaient pas réagi à nos propositions Snap Press et réalité augmentée ces dernières années, mais qui aujourd’hui, suite aux habitudes digitales prises pendant le confinement, éprouvent à la fois la peur de repasser au papier et l’envie de privilégier un entre-deux : celui d’un papier connecté. Alors bien sûr, on imprimera comme ça peut-être 50 000 exemplaires au lieu de 200 000, mais ces courts tirages, s’ils sont plus beaux, avec un papier haut de gamme, s’ils font l’objet de plusieurs versions, tout en étant connectés à nos smartphones, peuvent dégager une plus grande valeur ajoutée que 200 000 flyers basiques qui finissent à la poubelle.
Encore une fois, nous sommes là dans une stratégie que nous défendions déjà ces dernières années, la crise sanitaire ayant accéléré – et en quelque sorte conforté – des changements engagés en amont.

Bernard Montillot (Merkhofer) – “Il va falloir discuter, s’associer et construire des plans d’avenir qui soient collectifs”

Des industriels face à la crise – Pendant que l’UNIIC préparait son 125ème anniversaire à l’Institut Lumière sous le signe du Cinéma, un acteur sournois s’est invité au palmarès sans avoir été nominé : appelé Covid-19 il aurait pu faire partie de la saga Star Wars ! Son côté obscur a heureusement été vaincu par la force et la combativité des salariés et des chefs d’entreprises. Mais toutes les traces et conséquences ne sont pas effacées et les leçons à tirer de cette sombre période de notre planète sont nombreuses. C’est pourquoi nous avons demandé à des « Stars » du monde graphique de nous commenter et expliquer comment ils ont vécu et fait face à ce scénario inattendu…

Episode 2 – Bernard Montillot, Co-Directeur – Merkhofer (91). Propos recueillis fin mai 2020.


Avant d’évoquer les effets du confinement lui-même, peut-on faire un effort de contextualisation pour rappeler comment les métiers qui sont les vôtres ont évolué ces dernières années ?

La société Merkhofer a été créée en 1956. Elle a été dans ses grands moments une des premières entreprises de brochure en France, nous avons compté jusqu’à 280 personnes. Si le volume d’activité s’est lentement atténué, la grande chute s’est produite relativement récemment. Les transferts de budgets vers Internet, notamment dans le domaine de la publicité, ont beaucoup et rapidement réduit notre chiffre d’affaires. Il y a une dizaine d’années, nous traitions 800 tonnes de magazines par jour, que nous livraient les imprimeurs, et désormais nous n’en faisons plus que 200 tonnes. C’est donc quatre fois moins, en à peine dix ans. Certaines revues, notamment celles des programmes TV, tiraient il y a quelques années à 4 ou 5 millions d’exemplaires, là encore cela a été divisé par cinq puisque ces contenus sont largement passés sur Internet. Par ailleurs, les catalogues en grande distribution ont vu beaucoup de titres être imprimés/brochés à l’étranger. En tout état de cause, on peut dire que ces cinq à six dernières années, le chiffre d’affaires de notre activité s’est réduit de 40 %. Malgré ce contexte difficile, nous étions restés à l’équilibre, voire légèrement positifs.
Quand intervient une crise sanitaire, dans un contexte déjà fragile, les conséquences sont forcément sévères. Il faut bien comprendre que nous avons investi dans des machines taillées pour répondre aux tirages d’antan, capables d’assurer jusqu’à 5 à 6 millions d’exemplaires. Il fallait brocher 15 à 20 000 exemplaires/heure. Mais aujourd’hui, les revues qui tiraient jadis à 200 000 exemplaires ne tirent plus qu’à 15 ou 20 000 exemplaires. Nos machines de haute production travaillent donc aujourd’hui une heure sur un produit. Nous sommes actuellement trop performants pour ce qu’est devenu le marché. Ces machines ne sont d’ailleurs plus fabriquées, ni même entretenues par les fournisseurs : il est très compliqué par exemple de remplacer des pièces défectueuses. Nous savons qu’il nous faudra nous restructurer et réinvestir pour être plus en phase avec les ordres de grandeur d’aujourd’hui. D’autant que des grands groupes comme Lagardère ou Mondadori ont été rachetés et/ou ont procédé à des cessions d’actifs, ce qui a conduit à transférer encore plus les contenus sur Internet, au détriment de la Presse papier. Pour illustrer : nous générions il y a quelques années encore environ trente tonnes de « vieux papiers » par jour, que nous revendions. Aujourd’hui, cela ne représente plus qu’une à deux tonnes par jour. Nous arrivons donc à la fin d’un système, notre profession doit être repensée, non pas directement à cause de la crise sanitaire, mais en vertu de ce qu’était déjà notre situation.

Ajoutons à la crise sanitaire celle de la distribution liée au redressement de Presstalis, le volume de Presse magazine que nous avons eu à traiter a été divisé par trois.

Puis survient donc la crise sanitaire, qui rend forcément plus difficile encore les évolutions que vous évoquez…

Suite aux premières mesures de confinement, il y a subitement eu moins de travail. Tout a été suspendu en amont, les imprimeries ne nous livrant plus qu’une part résiduelle du marché magazines. Ajoutons à cela la crise de la distribution liée au redressement de Presstalis, le volume de Presse magazine que nous avons eu à traiter a été divisé par trois. Il va nous falloir adopter de nouvelles façons de travailler et d’une certaine façon, il va nous falloir rétrécir. A ce jour, nous disposons de 20 000 m² de locaux. C’est trop grand ! En tout cas, ça l’est devenu… Malgré tout, avant la crise sanitaire, nous étions à l’équilibre et pouvions envisager les transformations dont je parle. Ce qui m’inquiète, c’est qu’à fin mai, alors que le déconfinement a débuté depuis deux semaines, le travail ne revient pas dans les proportions que nous espérions. On tend à oublier d’ailleurs tout n’a pas rouvert, loin s’en faut : le simple fait que les aéroports soient encore fermés nous prive du travail sur les titres magazines qui y sont spécifiquement distribués. Je ne parle même pas des titres destinés à d’autres pays, qui ne sont plus produits parce qu’ils ne peuvent pas transiter par avion.

Vous n’anticipez pas encore une forme de reprise à court ou moyen terme ?

Je m’attends à ce que notre chiffre d’affaires actuel augmente dans les mois à venir, à mesure que le déconfinement s’imposera. Mais on ne retrouvera pas le niveau d’avant-crise avant plusieurs mois, probablement pas avant septembre ou octobre.

Il n’y a presque plus de brocheurs de spécialité. Nous avons finalement la chance d’être un peu seuls sur notre créneau. Si nous disparaissons, beaucoup d’imprimeries devront investir dans du matériel de brochage et former du personnel à cette activité, chose dont elles sont pour l’immense majorité certainement incapables aujourd’hui.

Vous écartez donc l’hypothèse pessimiste d’un effondrement…

Oui car il n’y a presque plus de brocheurs de spécialité. Nous avons finalement la chance d’être un peu seuls sur notre créneau. Si nous disparaissons, beaucoup d’imprimeries devront investir dans du matériel de brochage et former du personnel à cette activité, chose dont elles sont pour l’immense majorité certainement incapables aujourd’hui. Elles ont besoin de nous. Il faudra je pense des concentrations, des accords… Des réponses collectives, en tout cas. Parce que ce que nous faisons est d’utilité collective. Il faudra que nous prenions des décisions en interne pour maintenir à flot notre activité, mais notre avenir passe forcément par des alliances. Nous avons déjà des discussions informelles en ce sens, pour travailler autour de différentes hypothèses : soit nous restons indépendants pour permettre à plusieurs imprimeurs de travailler, soit nous intégrons un groupement dont la forme resterait à déterminer. Rien n’est encore avancé, mais il y aura des concertations, c’est certain.

Au vu des pertes que nous subissons actuellement, alors que 60 % de nos effectifs sont pourtant au chômage partiel, un plan de restructuration est inévitable à court terme. Ce n’est pas quelque chose que nous pouvons planifier à horizon plus lointain. C’est un pur problème de trésorerie qui n’a pas de solution miracle. Les petits éditeurs vont souffrir également. Il y a des centaines de petits titres dans les kiosques, dont les tirages sont inférieurs à 30 000 exemplaires, qui risquent de ne pas tenir. La crise de Presstalis les frappe au pire moment et ils n’ont pour la plupart pas d’assise financière assez solide pour surmonter une crise pareille.

Faîtes vous justement la part entre ce qui a relevé de la crise sanitaire en elle-même, et celle – malheureusement concomitante – qui a frappé le système de distribution, notamment marqué par le redressement judiciaire de Presstalis ? 

Sur le dossier Presstalis, il y a des titres qui ont effectivement été bloqués par les éditeurs et que nous avons dû stocker, faute de solution de distribution. D’autres ont été mis en pause par les éditeurs, en attendant de voir si la demande repart dans les semaines à venir. Il y aura certainement des arbitrages pour décider lesquels continueront d’être imprimés et lesquels passeront en 100 % numérique mais là encore, cela appartient à la stratégie de groupes médias qui semblent privilégier la dématérialisation d’une part importante de leurs marques. Nous devons nous y préparer.

Il nous faudra réinvestir dans des machines plus adaptées aux courtes séries et il nous faudra former du personnel aux nouveaux process qui en découleront. C’est ce type de rentabilité que nous visons et nous sommes convaincus que nous pourrons mener ce projet à bien.

Comment vous voyez-vous évoluer dans les 4 à 5 ans à venir ?

Nous allons vers de nouveaux modes de production et d’échanges. Les magazines eux-mêmes vont changer : ils seront plus luxueux, plus chers, mais également concentrés sur de plus petits tirages. La grande volumétrie ne sera plus la norme et c’est à ça qu’il faudra nous adapter. Il y a encore un marché pour des titres très pointus, très spécialisés et souvent, ce sont des titres “régionalisés” en ce sens qu’ils ne se vendent pas partout. Ou alors il faudra imaginer de réaliser différentes versions en fonction des zones géographiques où ces titres seront distribués. L’avenir, à mon sens, ce sont les petites éditions. Au jour le jour, nous survivons avec un matériel à la fois surcapacitaire et en passe de devenir obsolète. Mais dans quelques années, il nous faudra réinvestir dans des machines plus adaptées aux courtes séries et il nous faudra former du personnel aux nouveaux process qui en découleront. C’est ce type de rentabilité que nous visons et nous sommes convaincus que nous pourrons mener ce projet à bien : malgré les difficultés, nous étions à l’équilibre avant la crise sanitaire et nous occupons toujours un rôle stratégique d’utilité collective. Plus que jamais, les portes de sorties seront collectives. Tout le monde se pose les mêmes questions et les solutions ne viendront pas de l’intensification de guerres concurrentielles ou de décisions individuelles : au contraire, il va falloir discuter, s’associer et construire des plans d’avenir qui soient collectifs.

Julien Raynaud – “La spécificité de cette crise, c’est qu’elle a affecté jusqu’à des travaux déjà effectués”

Des imprimeurs face à la crise – Pendant que l’UNIIC préparait son 125ème anniversaire à l’Institut Lumière sous le signe du Cinéma, un acteur sournois s’est invité au palmarès sans avoir été nominé : appelé Covid-19 il aurait pu faire partie de la saga Star Wars ! Son côté obscur a heureusement été vaincu par la force et la combativité des salariés et des chefs d’entreprises. Mais toutes les traces et conséquences ne sont pas effacées et les leçons à tirer de cette sombre période de notre planète sont nombreuses. C’est pourquoi nous avons demandé à des « Stars » du monde graphique de nous commenter et expliquer comment ils ont vécu et fait face à ce scénario inattendu…

Episode 1 – Julien Raynaud, Directeur commercial – Raynaud Imprimeurs (79). Propos recueillis fin mai 2020.


Comment votre entreprise a spontanément vécu la crise sanitaire, avec la chute d’activité qu’elle a engendrée ?

Je ne vais pas vous surprendre en vous disant que cette crise a été très brutale pour une structure comme la nôtre, qui compte une trentaine de personnes. Nous n’étions clairement pas préparés à ça. Lorsque les premières mesures sont annoncées, dès le 12 mars, on se prépare à organiser une continuité de l’activité pour être opérationnels la semaine suivante. Mais les choses vont très vite et quelques jours plus tard, la situation a déjà drastiquement évolué. Lorsque le confinement est prononcé, le choc est soudain et il est d’autant plus difficile à encaisser que nous n’avons évidemment aucune expérience face à une telle crise. Dans ce contexte, j’aimerais souligner combien l’implication des services de l’UNIIC a été précieuse. L’accompagnement social et les flashs d’information quotidiens ont guidé nombre de nos services en interne, qui ont pu s’appuyer sur cette documentation pour y voir rapidement plus clair.

Julien Raynaud, Directeur commercial – Raynaud Imprimeurs (79).

Ce travail était d’autant plus impérieux que les dispositifs mis en place par l’Etat ont été sujets à de nombreuses mises à jour, parfois dans des délais très courts…

Oui, il est arrivé que dans la même demi-journée, nous ayons un ordre, un contre-ordre et nouvel ordre. Pour des choses aussi basiques que l’organisation du travail, bénéficier de ce travail de décryptage des dispositifs s’est révélé très précieux. Il faut bien se dire que dès le lundi 16 mars, ce sont des annulations de commandes qui s’enchaînent à un rythme fou. Ce n’était pas juste un coup de frein, c’était tragique. Et on ne parle pas de projets lointains, mais de travaux qui étaient lancés : soit c’était en cours de production, soit on avait des bons à tirer qui n’avaient littéralement plus de valeur. Il en a été ainsi pour plusieurs dizaines de dossiers, du jour au lendemain. A cette époque de l’année, les profils de clients concernés touchent notamment les secteurs de la culture, de l’événementiel ou du tourisme, où l’effondrement a été net et immédiat. Ensuite, c’est la publicité qui s’est écroulée. Par ailleurs, nous imprimons habituellement beaucoup de rapports annuels à cette période, puisque c’est le moment des bilans : mais pour cela, il faut convoquer des gens à des assemblées générales qui n’ont pas pu se tenir, donc nous n’avons même pas pu compter là-dessus non plus…

Dès le lundi 16 mars, ce sont des annulations de commandes qui s’enchaînent à un rythme fou. Ce n’était pas juste un coup de frein, c’était tragique. Et on ne parle pas de projets lointains, mais de travaux qui étaient lancés.

Vous évoquez des annulations brutales, en dépit j’imagine de frais déjà engagés ?

Oui, naturellement. Deux mois plus tard, nous avons toujours des palettes qui sont sur notre quai de départs. Aujourd’hui nous recevons régulièrement des ordres de destruction : puisqu’il s’agit d’une marchandise fabriquée et immobilisée depuis deux mois, nous négocions avec nos clients pour être payés selon les devis signés, moyennant la déduction des frais de transport, mais cela n’aboutit pas toujours… La chute globale d’activité a donc évidemment touché la demande de devis, mais la spécificité de cette crise, c’est qu’elle a affecté jusqu’à des travaux déjà effectués. Heureusement, Raynaud Imprimeurs est en développement depuis plusieurs années et à mi-mars, avant que tout ne s’arrête, nous avions un carnet de commandes bien rempli. C’est ce qui nous a incités à continuer malgré tout et à ne pas fermer une seule journée : nous ne sommes jamais descendus en-dessous de 50 % de notre effectif. D’autant qu’avant de voir quelles mesures de soutien l’Etat allait mettre en place, nous ne voulions pas que nos collaborateurs soient impactés par des baisses de salaire, de sorte que sur l’ensemble du mois de mars, nous n’avons pas du tout recouru au chômage partiel. Nous avons par ailleurs la chance d’avoir une diversité de clientèle importante, dont des banques, mutuelles et assurances, qui ont contribué à maintenir un certain niveau d’activité. Je dirais même que si nous avons pu résister relativement bien, nous le devons à une poignée de clients – qui devraient se reconnaître en lisant ces lignes – qui ont joué le jeu avec nous et que je remercie de leur solidarité. Cette dimension humaine n’est pas négligeable quand on essaie de survivre au jour le jour : leur présence et leur écoute ont été primordiales, à des moments où si nous n’avions pas pu enregistrer un minimum de commandes, le chômage technique devenait inévitable. Je suis un peu ému en en parlant parce que ça a révélé des liens humains forts qui resteront au-delà de cette crise. J’ai assisté à de vrais élans de solidarité : des gens contents de voir que nous étions encore là, aussi parce qu’ils avaient besoin de nos services, et c’était l’occasion de nous sentir d’autant plus utiles, aussi pour eux. Mon métier premier c’est de faire du commerce, mais j’ai trouvé chez certains clients une bienveillance très marquée. Et si la plupart était en télétravail, beaucoup étaient du coup plus détendus, plus disponibles au téléphone, avides d’échanges et d’informations.

Si nous avons pu résister relativement bien, nous le devons à une poignée de clients (…) qui ont joué le jeu avec nous et que je remercie de leur solidarité.

Au-delà du volume d’activité, l’entreprise a-t-elle spontanément changé dans ses modes d’organisation ou même revu son positionnement ?

On avait le devoir et l’obligation de nous adapter, en mettant évidemment en place les mesures sanitaires nécessaires. Le fait qu’on ait toujours eu un minimum d’activité nous a fait aller vers encore plus d’agilité, l’objectif tant de répondre au mieux à la demande, dans un contexte où justement, la demande peut sortir de l’ordinaire. Par exemple, il y a eu des besoins importants chez nos clients en termes d’affichage sanitaire – sensibilisation aux gestes barrière et informations relatives au Covid-19 – tant dans les agences bancaires que dans les magasins qui n’avaient pas complètement fermé. Nous avons tenté d’y répondre au plus proche de leurs exigences. Aujourd’hui, à l’heure du déconfinement, ces besoins sont encore plus marqués donc rebelote : nous nous présentons comme une aide pour faire respecter ces règles sanitaires et nous avons eu beaucoup de demandes d’affiches, qui sont un produit ô combien standard dans l’imprimerie. Par ailleurs, aujourd’hui encore, nous assurons beaucoup de conditionnement et de livraison multi-sites. Cela va au-delà du produit imprimé, il nous a fallu intégrer un service habituellement assuré par des prestataires spécialisés, pour devenir nous-mêmes des logisticiens par défaut. Nous avons donc assuré des livraisons sur des centaines de sites en France : magasins franchisés, agences bancaires, mutuelles etc.

Cela a été possible malgré la réduction contrainte des effectifs ?

Oui, il a fallu que chacun sorte de sa zone de confort et fasse appel à la polyvalence et à la multi-compétence des équipes en place. C’est un effort que chacun a compris dans des circonstances à ce point exceptionnelles et les dirigeants n’y ont d’ailleurs pas coupé : quand il a fallu mettre des colis dans le coffre pour les livrer directement chez le client, tout le monde a participé. C’est là une autre forme de solidarité qui s’est manifestée.

Les dynamiques de reprise et de sortie de crise sont encore soumises à différentes hypothèses, mais comment les appréhendez-vous ?

On n’est pas sereins parce qu’on est tout simplement dépendants. On ne maîtrise pas les choses et c’est très inconfortable. On est en bout de chaîne et on a finalement peu de visibilité sur la demande à moyen terme. Quand on compare l’activité de l’entreprise à n-1 ou n-2 on a toujours une récurrence de certains dossiers qui nous permet d’anticiper, mais ce n’est même pas le cas ici, tant tout est chamboulé. Si je me réfère aux produits que l’on fabrique dans un cadre « ordinaire » à cette période de l’année, on sait que beaucoup de secteurs que j’ai déjà cités – tourisme, événementiel, culture etc. – sont quasiment à l’arrêt. On vit sans garantie. Ce qui est étrange, c’est qu’on a tous les jours des opportunités, c’est-à-dire des demandes conclues en commandes dans les 24 ou 48 heures, ou à l’inverse des dossiers que l’on pense matures mais auxquels les clients apposent de nouvelles modifications ou conditions. Même si c’est encore marginal, le déconfinement semble également débloquer des dossiers devisés avant la crise sanitaire, chose que nous n’espérions parfois plus. A ce stade, nous vivons dans des montagnes russes : les jours se suivent et ne se ressemblent pas forcément. Je peux multiplier les hypothèses, mais la réalité du terrain m’indique plutôt que l’activité est encore très irrégulière et donc difficile à lire…

Il a fallu que chacun sorte de sa zone de confort et fasse appel à la polyvalence et à la multi-compétence des équipes en place.

Une de ces hypothèses établit justement une forte reprise à la rentrée, avec (entre autres) un possible embouteillage événementiel et donc une charge globale de travail importante pour les Industries Graphiques. Est-ce que c’est un scénario que vous anticipez ?

On ne demande que ça. On est prêts ne serait-ce qu’à renouer avec notre rythme de production d’avant-crise. Le souci qui est le nôtre aujourd’hui, c’est que depuis le lundi 11 mai, on est officiellement « déconfinés », mais toujours en sous-effectifs, parce que le travail n’est pas encore revenu. On est donc en attente de souches de volumétrie pour remettre tout le monde au travail. Pour ce qui serait de gérer une forte reprise d’ici septembre, nous en avons donc largement sous le pied… Pour illustrer concrètement la chose : un de nos clients réguliers est un fabricant de camping-cars qui expose dans un salon à Düsseldorf en Allemagne tout début septembre. C’est un client que nous avons depuis de nombreuses années, nous lui imprimons différentes gammes de catalogues, le tout en plusieurs langues : c’est vraiment un gros dossier qui nous occupe habituellement beaucoup pendant le mois d’août. Aujourd’hui, quand on gère nos équipes et qu’on attribue les congés d’été, période pendant laquelle nous ne fermons pas, nous n’avons plus d’éléments suffisants pour anticiper et nous organiser au mieux. Ce client ne sait effectivement pas comment il va communiquer, si le salon où il se rend est bel et bien maintenu : combien d’exemplaires, quelle pagination, combien de versions etc. On est vraiment dans une situation où les incertitudes uns génèrent les incertitudes des autres, donc les nôtres également.

Que changera durablement cette crise selon vous dans nos métiers ?

Je ne m’avancerai pas sur l’avenir de l’imprimé en général, mais à mes yeux, le rapport qu’on entretient les uns avec les autres va se transformer. On est en train de prendre des habitudes. Beaucoup des clients qui sont les nôtres avaient déjà mis en place des process de télétravail, mais le confinement a été un phénomène accélérateur pour tous les autres. On s’est aperçu que cette manière de communiquer avait ses avantages, les réunions via les outils collaboratifs vont se démocratiser, d’autant qu’ils permettent de gagner du temps. Pour moi c’est une certitude : on ne se rencontrera plus uniquement comme avant. Ça n’a évidemment pas que des avantages, mais je crois que nous n’aurons pas vraiment le choix : les habitudes qui ont été prises auront des conséquences pérennes et il faudra s’adapter, ce qui suppose de s’équiper d’outils de communication numériques pour assurer des réunions à distance par exemple.

Edition, impression, diffusion : topographie de l’IGN

L’institut national de l’information géographique et forestière basé aux portes de Paris, à Saint Mandé, nous a ouvert son atelier. Cette visite a eu lieu dans le cadre d’une formation pratique Imprim’vert, label dont l’IGN est titulaire. Cet établissement public est placé sous la double tutelle du Ministère de la transition écologique et solidaire et du Ministère de l’agriculture et de l’alimentation. Il a ” pour vocation de décrire la surface du territoire national et l’occupation de son sol, d’élaborer et de mettre à jour l’inventaire permanent des ressources forestières nationales “. Et cette mission se traduit par beaucoup, beaucoup de cartes… à destination des particuliers, des professionnels privés et des institutions ou collectivités publiques.

Les coulisses de l’atelier

L’atelier qui nous ouvre ses portes nous donne à voir un équipement “haut de gamme ” : des traceurs pour l’épreuvage et occasionnellement les campagnes de communication, un CTP chimie douce tout neuf, une ligne pour la plastification et une presse KBA 5 couleurs grand format toute neuve elle aussi et équipée d’un système de mesure et de régulation en ligne des encrages.

La gestion des couleurs est une donnée essentielle pour la précision des cartes topographiques et des cartes routières vendues sous la marque IGN (90% de la production). Si le PSO garantit la reproduction parfaite du vert de la forêt, nous indique notre guide, Amélie Crépin, ingénieur chaîne graphique à l’IGN, la couleur est déterminée lors de la conception du produit mais n’est pas chartée officiellement. Là où l’on pourrait penser que les codes visuels sont normés comme c’est le cas pour les drapeaux ou encore pour une marque, il n’en est rien. Rien n’empêche donc ” officiellement ” de représenter la forêt en bleu et l’océan en vert si ce n’est l’esprit du concepteur qui a le bon goût de ne pas vouloir “nous perdre”. Et même dans le cas d’une stricte reproduction des couleurs, certaines applications spécifiques peuvent faire resurgir des problématiques qui prêtent à conséquence, comme lorsque les couleurs des cartes aéronautiques s’affadissent sous la lumière UV des postes de pilotage. Pourquoi ? L’impression n’était pas en cause ; la réponse se trouvait dans le changement de papier.  Sur une carte, toute (ou presque toute) l’information est couleur et c’est pour garantir la précision de cette information que l’atelier d’impression a opté pour une cinq couleurs.

La cinquième couleur est un Pantone orange qui figure les dénivelés : une information qui doit être d’une précision redoutable, laquelle n’aurait pas pu être obtenue en quadri. Une fois imprimée, la production est envoyée à Villefranche-sur-Cher pour la finition ou plutôt les finiitons : la découpe, le pliage, le thermoformage et le brochage (l’IGN édite un magazine) qui est lui sous-traité . Si le papier est de loin le support star à l’IGN, l’atelier imprime également des feuilles en plastique qui sont thermoformées pour donner vie à des cartes en relief.

La marque IGN

L’atelier d’impression de l’IGN et l’atelier de finition emploient une trentaine de salariés. Or l’institut compte 1400 salariés. Ils travaillent à la collecte et l’archivage des données, au développement de nouveaux outils de diffusion numérique, à la conception et l’édition des cartes, etc.

1400 salariés car l’IGN maîtrise l’ensemble de la chaîne : l’édition, la production et la diffusion de ses contenus, des contenus assimilés au livre puisque chaque édition de cartes comporte un numéro ISBN.

L’IGN existe depuis 1940, il a succédé au Service Géographique de l’Armée. Sous la tutelle de différents ministères depuis, il a connu un vrai bouleversement ces dernières années. La publicité des données (open data) instituée en 2011 a été une petite révolution à l’IGN, qui a ouvert son information ou plutôt certaines de ses informations à la gratuité. Un autre modèle économique est à trouver. Et d’ailleurs, Amélie Crépin nous le confirme, le volume d’impression est en baisse. La hausse de productivité n’explique pas seule pourquoi les deux presses utilisées précédemment ont été remplacées par une seule et unique presse. Est-ce une conséquence directe de l’open data qui n’est envisagée que par le prisme de la dématérialisation ? Pour partager il faut numériser. Au-delà de la dématérialisation des archives avec l’ouverture des données, c’est l’édition de ces données qui est de plus en plus dématérialisée, un phénomène bien connu des imprimeurs et qui est loin – très loin – d’épargner les institutions publiques qui, face à des exigences de rentabilité qui se rapprochent de plus en plus du privé, doivent trouver de nouveaux modèles économiques en développant l’édition papier et numérique, faisant ainsi de leurs ressources des produits commercialisables.

L’imprimerie Malherbe sera au CFIA à Rennes

Beaucoup de nos adhérents spécialisés dans le packaging s’exposent sur les salons dédiés au luxe, certes, mais pas que… Pour preuve : le CFIA, Carrefour des Fournisseurs de l’Industrie Agroalimentaire. Avec plus de 22 000 professionnels et 1 600 sociétés de toutes tailles représentant l’intégralité de l’offre du secteur, la position stratégique du salon au cœur de la Bretagne, première région agroalimentaire européenne, constitue un lieu privilégié pour les industriels et les fabricants de packaging. C’est pourquoi l’imprimerie Malherbe, l’un de nos adhèrent normands, y présentera cette année encore une de ses innovations :

Le fourreau permet de regrouper différents types et formats de fromage ou tout autre produit alimentaire. Le fenêtrage permet de visualiser les différents produits. 100% recyclable et apte au contact alimentaire, il est composé d’un carton pure cellulose et imprimé avec des encres végétales. Ce fourreau de regroupement est adaptable en fonction des besoins des industriels et du marché de l’agro-alimentaire. Il permet d’améliorer la visibilité des produits.

Si vous passez par Rennes les 10, 11 ou 12 mars prochains rendez-leur visite sur le stand A4 dans le hall 9, ils vous y accueilleront avec plaisir.