Groupe Tonnellier – La notice, une histoire qui dure

Disposant de 4 sites d’impression (270 collaborateurs pour 28 millions d’euros de chiffre d’affaires, avec 160 personnes et 18 millions d’euros de CA sur le seul site éponyme de Condé-sur-Noireau), le Groupe Tonnellier s’est historiquement positionné sur un produit ô combien spécifique : la notice pharmaceutique. Nous nous sommes entretenus avec son dirigeant, Benoît Duquesne, également Président de l’UNIIC depuis septembre 2018, pour comprendre et recontextualiser une  histoire qui dure…

Que représente aujourd’hui le Groupe Tonnellier ?

Nous avons trois sites qui font surtout de la notice pharmaceutique : l’imprimerie Sallaz Grenier à Grézieu-La-Varenne (69), l’imprimerie Facedim à Châtellerault (86) qui fait aussi depuis le tout début de l’ordonnance médicale pour les médecins, et bien sûr l’imprimerie Tonnellier à Condé-sur-Noireau (14). Quant à l’imprimerie Malherbe (Carpiquet – 14), elle nous permet d’être présents sur d’autres marchés – agroalimentaire, papeterie, édition, communication – tout en gardant un lien étroit avec la santé, via la parapharmacie et la cosmétique.

Au contraire de certains marchés en tension, on imagine que ceux-là sont plutôt stables, voire en croissance, non ?

Les volumes que nous traitons sont en tout cas en légère croissance oui. Aujourd’hui j’achète 6000 tonnes de papier par an. Pour donner un ordre d’idée, quand mon père est arrivé dans l’entreprise, ils étaient onze et consommaient 22 tonnes de papier par an.

Justement, quelle est l’Histoire de cette entreprise, de 1909 à nos jours ?

On a même connaissance de l’existence du fonds de commerce en 1854. L’entreprise s’appelait à l’époque l’imprimerie Bissey, déjà à Condé-sur-Noireau. Elle a ensuite été rachetée par mon arrière-grand-père, Joseph Tonnellier, en 1909. Il décède malheureusement rapidement, en 1917 des suites d’une maladie, et c’est mon arrière-grand-mère qui assure alors cette reprise. C’est son fils, Jean Tonnellier, dans les années 30 qui lui succédera.

Quels types de produits étaient traités à l’époque ?

Il s’agissait de travaux de ville, de catalogues de chaussures pour la région de Fougères et des catalogues de quincaillerie, toujours dans la région. Puis dans les années 30, Jean Tonnellier a épousé une fille de pharmacien, et son beau-père lui a demandé de faire des étiquettes pour ses préparations, destinées à être collées sur des flacons : alcool, éther… Cela a bien fonctionné pendant quelques années, mais c’est tombé en désuétude quand l’industrie pharmaceutique a démarré dans les années 55/60. A cette époque-là, mon père, André Duquesne, a épousé la fille de Jean Tonnellier et a repris les rênes de l’entreprise en tentant de s’adapter à cette nouvelle industrie, en modifiant ses étiquettes. Ça n’a pas forcément bien fonctionné tout de suite et il a cherché sa voie, en faisant par exemple des étiquettes en hélio pour le secteur agroalimentaire. Il a tout de même insisté auprès de l’industrie pharmaceutique, qui lui a demandé non pas des étiquettes mais des notices. Au tout début il fallait les plier à la main, jusqu’à ce qu’il achète sa première plieuse d’occasion, puis une autre, et voilà comment a démarré l’activité de notice pharmaceutique dans le groupe Tonnellier.

Des idées de diversification vous ont-elles traversé ?

Oui, mais nous travaillons pour la santé humaine, domaine évidemment sensible et par conséquent, nous sommes tenus à des méthodes de fabrication et surtout de contrôle assez drastiques et plutôt lourdes financièrement. C’est quelque chose qu’on ne retrouve pas vraiment dans l’imprimerie traditionnelle et lorsqu’on essaie de se frotter à des produits connexes, comme de la notice pour de l’électroménager par exemple, nos coûts de production sont trop élevés et donc peu concurrentiels. C’est moins l’équipement qui coûte cher que l’organisation, les contrôles, les vides de lignes, une traçabilité exigée à toutes les étapes etc. C’est d’ailleurs audité par nos clients très régulièrement.

Le secteur de l’imprimerie a traversé une période dite « de mutation technologique », qui a vu nombre d’acteurs s’équiper notamment en machines numériques. Sur les produits très spécifiques que vous traitez, est-ce que c’est un basculement que vous avez ressenti également ?

En matière de notice pharmaceutique, le « changement » n’est pas vraiment de notre ressort ! Nous recevons des fichiers et n’avons pas, ou très peu, d’influence sur la façon dont ils doivent être imprimés. Encore moins sur les contenus. Mais même sur la forme, nous n’avons quasiment aucune latitude. Ces éléments sont fournis par nos clients et sont en quelque sorte intouchables. Mais ce qui a changé, c’est la taille des notices, qui augmente régulièrement du fait notamment des volumes de mentions légales. Aujourd’hui, j’aurais presque tendance à dire que nous faisons des notices qui tiennent du drap de lit. En conséquence, le grammage moyen diminue chaque année. Aujourd’hui, on est autour de 45g/m² en moyenne, tous produits confondus. Nous nous adaptons donc, à mesure que les tailles de notices augmentent, avec une organisation interne capable de développer des pliages complexes, pour faire de très grandes notices.

Dans le domaine de la santé justement, on commence à parler de packaging intelligent, d’applications connectées permettant par exemple d’accompagner les patients pour le suivi de leur traitement, via notamment l’électronique imprimée…

Oui, mais il faut bien avoir présent à l’esprit qu’une notice ne doit jamais « tomber en panne », et que vous soyez, de jour comme de nuit, dans une zone couverte ou non couverte, vous devez avoir l’information. C’est pourquoi l’électronique imprimée ne peut pas remplacer, même très partiellement, une notice traditionnelle. On peut imaginer des applications complémentaires sur des packaging, pour plus de confort, mais rien qui vienne se substituer à la notice que nous produisons à ce jour.

Vous êtes également engagé en tant que nouveau Président de l’UNIIC, dans le collectif. Qu’est-ce qui vous y a prioritairement motivé ?

J’étais déjà présent et investi à l’échelon régional (au sein de l’UNIIC Normandie, ndlr), mais je pense que pour lutter contre les idées reçues à l’encontre du support papier, il faut faire bloc. Cela passe notamment par la volonté de l’UNIIC de poursuivre une politique de décloisonnement, à la fois des procédés et des champs conventionnels, pour ouvrir notre champ d’action à ce qui se traduit aujourd’hui par une convergence des métiers de l’impression.

Une remarque d’autant plus altruiste que ces idées reçues n’affectent pas directement vos marchés…

Je ne dois évidemment pas seulement considérer les produits sur lesquels je travaille, les notices pharmaceutiques n’étant effectivement pas vraiment dématérialisables et donc relativement protégées, et à ce titre, je me sens bien sûr concerné quand c’est le papier en tant que média qui est attaqué. Je me méfie par ailleurs des arguments qui s’en tiennent à nous expliquer que les volumes imprimés baisseront forcément partout, à l’heure où certaines grandes enseignes n’ont jamais distribué autant de prospectus, au contraire de ce qu’elles annonçaient elles-mêmes quelques années plus tôt. Le prospectus changera certainement de forme, de fréquence, de contenus, et les publicitaires y réfléchissent certainement déjà, mais le tout dématérialisé n’est pas une issue souhaitable. Mais sur cette problématique comme sur tant d’autres, je reste persuadé que c’est l’ajout de nos différences qui nous fera avancer.