Retour sur Livre Paris 2019

Dans ce que l’organisation du salon qualifie de « contexte et actualité sociale tendus », Livre Paris enregistre une légère baisse de sa fréquentation (- 2 %) avec 160 000 visiteurs enregistrés. Après deux années consécutives de baisses globales – mais relativement contenues – des ventes de livres en France, l’événement reste cependant un lieu de débat privilégié, et ce probablement d’autant plus que les difficultés identifiées appellent justement à échanger. Retour express et en images sur quelques-unes des problématiques évoquées durant ces quelques jours…

« Comment favoriser les circuits courts ? », un débat animé sur le stand des Hauts de France…

« Le marché du livre français se situe dans le trio de tête européen, ce qui souligne des résultats et un intérêt pour la lecture plutôt bons. En revanche, sur le plan de la fabrication du livre, la France n’arrive qu’à la 6ème, voire 7ème place européenne » regrette Georges Sanerot (ex-président du directoire du groupe Bayard et Président du comité de pilotage des Assises du Livre), ne manquant pas dans la foulée de rappeler les urgences du présent : « Demain, nous allons devoir intégrer les enjeux de proximité et c’est à nous de prendre les devants ». Or, « prendre les devants », c’est tirer les leçons de ce genre de constats pour « faire émerger dix chantiers concrets », promet-il, nous donnant même rendez-vous pour un « bilan » autour de mai/juin prochains, avec la volonté notamment de protéger un réseau de librairies précieux. « Il faut éviter à tout prix de reproduire ce qui se passe dans la Presse, où plus de 900 points de vente ferment chaque année » alerte-t-il en effet. « A nous de trouver de nouvelles hypothèses de réponse pour passer du constat partagé aux solutions, en y intégrant les données économiques pertinentes, en questionnant la pertinence des aides européennes etc. » Georges Sanerot faisant ici notamment référence aux aides directes et indirectes (aides à l’investissement matériel et aides infrastructurelles) dont certains pays peuvent bénéficier au titre des fonds structurels européens, avec les conséquences qui y sont associées en termes de différentiation coût et d’avantages concurrentiels déloyaux. Rappelons d’ailleurs à ce titre qu’une étude portant sur les différentiels de compétitivité affectant le marché du livre est actuellement en réflexion…

 

Comment préserver la diversité éditoriale sans conduire à une surproduction ? Avec Bruno Caillet (Madrigall), Stéphane Marsan (auteur et éditeur), Anne-Laure Walter (Livre Hebdo), Marie Sellier (SGDL) et Grégory Sapojnikoff (librairie Le Bonheur).

Publie-t-on trop de livres en France ? Si la question est régulièrement posée, c’est bien parce qu’avec 68 199 nouveautés publiées en 2017 en France selon les données Livres Hebdo/Electre.com, la réalité d’un encombrement continu des linéaires tient aujourd’hui de l’évidence. « La production éditoriale a augmenté de 113 % en 20 ans. or, les ventes ont augmenté quatre fois moins que la production » détaille Marie Sellier (auteure et Présidente de la SGDL). Si chacun se réjouit de la diversité créative à la source d’une offre pléthorique, la plupart observe que trop de titres ne se vendent pas ou trop peu, voire qu’un phénomène d’imitation conduit les succès-locomotives à produire nombre de répliques plus ou moins pertinentes, sans forcément parvenir à surfer sur les modes. Exhortant les libraires à affirmer leur identité en « choisissant » les nouveautés qu’ils tiennent à mettre en avant – dans l’hypothèse toutefois où ces derniers le pourraient sans être contraints d’ignorer purement et simplement une large part de la production – Bruno Caillet (Madrigall) tient à rappeler que « le fond, c’est encore la moitié de ce qui se vend. Il ne faut pas que l’afflux de nouveautés  freine notre capacité à vendre le fond ». Mais dans ce ce que certains considèrent comme une logique économique absurde en forme de fuite en avant – produire sciemment deux à trois livres pour en vendre un – les bons équilibres de la diversité restent à inventer.

 

 

L’écoresponsabilité du livre en question avec, de gauche à droite, Olivier Le Guay (Culture Papier), Monique Barbaroux (administratrice générale au Ministère de la Culture), Pascal Lenoir (Gallimard), Richard Dolando (Editis) et Yves Chagnaud (éditions Apeiron).

Porté par la volonté de fonctionner en « filière directe », Yves Chagnaud (éditions Apeiron) a tenu à faire fabriquer ses livres « à moins de 100 kilomètres autour de la maison d’édition ». Illustrant son propos avec le livre « Histoire de l’Oiseau qui avait perdu sa chanson », récompensé par un prix décerné par La Nuit du Livre en 2015, il précise notamment avoir fait appel à Maugein Imprimeurs, élaboré une couverture en carton recyclé fabriquée en Creuse grâce à la cartonnerie Jean et veillé à n’imprimer les exemplaires (mille, en tout) qu’à la demande, sans prendre le risque de générer un surplus de stock. Conscient d’opérer ici en quasi-militant (soulignons d’ailleurs une nouvelle récompense cette année avec « Effraie Ma Nuit »), Yves Chagnaud ne sera pas surpris d’entendre notamment Pascal Lenoir (Directeur de production chez Gallimard) souligner qu’avec plus de 60 000 nouveautés par an, un phénomène de péréquation économique voit les gros tirages, difficilement solubles dans des logiques 100 % locales, permettre l’existence de ces initiatives dites « de niche ». Il ajoute : « 70 % du bilan carbone d’un livre est lié au papier. le sujet de l’écoresponsabilité du livre a donc naturellement tendance à se focaliser sur cette problématique », exhortant d’abord la filière à « mieux estimer le juste besoin, un livre écoresponsable étant d’abord un livre qui trouve son lecteur ». Là encore, le débat appelle d’imminentes suites, puisqu’une seconde journée de rencontres professionnelles « Livre, lecture et environnement, une histoire à poursuivre », organisée par le ministère de la Culture, la Bibliothèque nationale de France et le Centre national du livre, se déroulera le jeudi 28 mars de 9h30 à 18h au Centre national du livre…