Fabrice Bak – “Les troubles cognitifs se sont accentués dans la société”

Cet article est paru dans Acteurs de la Filière Graphique n°150 (juin 2025)

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Fabrice Bak est psychologue cognitiviste, spécialiste reconnu des questions liées à la structuration des acquis chez l’enfant. Notamment intervenu au sein du documentaire « Une fibre vous parle » (cf. Acteurs de la Filière Graphique n°149), il a accepté de nous répondre pour entrer dans le détail sur les raisons d’un retard acté de maturation cognitive chez l’enfant, mais aussi d’une forme inquiétante de perte d’empathie. Et si l’hégémonie numérique concourait à déstructurer l’individu, jusqu’à semer un relatif vent de panique ?

“On voit maintenant arriver au collège des élèves qui savent à peine lire. Au point qu’aujourd’hui, il n’y a plus du tout de corrélation entre les déficiences observées et le niveau scolaire atteint.”

Vous avez fondé, en 1994, un cabinet de consultations en psychologie cognitive appliquée spécialisé dans les troubles des acquisitions scolaires chez l’enfant et l’adolescent. Est-ce que vous pouvez nous expliquer de quoi il s’agit et quels étaient les enjeux à l’époque ?

Il y a différentes étapes que l’enfant/adolescent va traverser pour construire son organisation logique, cognitive et affective. Il va mettre différents outils en place pour s’adapter à l’univers scolaire et avancer dans l’apprentissage, jusqu’à devenir un adulte capable de s’intégrer dans la société et construire le monde de demain. Les problématiques qui avaient été identifiées à l’époque ont procédé du fait qu’on ne savait pas pourquoi certains enfants, qui ne présentaient pourtant pas de signe apparent de dyslexie, de dysorthographie ou de trouble de l’attention, ne parvenaient pas à apprendre. Normalement, un enfant de six à sept ans doit être en capacité de mettre en place ce qui s’appelle la réversibilité mentale. C’est-à-dire que si on lui présente deux boules de pâte à modeler identiques, que l’on en émiette une pour la présenter sous une forme plus éparpillée, il doit être capable de dire qu’il y a la même quantité qu’au départ et il doit pouvoir argumenter en ayant l’idée de la reconstituer dans sa forme initiale. A l’école, c’est ce qui va connecter tous les systèmes inverses : addition/soustraction, multiplication/division etc. Or, à l’époque, on s’est rendu compte que certains enfants ne mettaient pas en place ces opérations, pour s’enfermer dans un mode de pensée figuratif, c’est-à-dire passant essentiellement par la perception. Un enfant de cet âge doit par ailleurs commencer à mettre en place des modes d’organisation, d’anticipation, de classification etc. Sans cela, on s’expose à des difficultés scolaires. Si cet état de figurativité est tout à fait normal entre 3 et 5 ans, nous cherchions à comprendre pourquoi cela perdurait chez certains enfants. Et ce n’est pas comme si la pensée elle-même était bloquée, simplement elle continuait de se développer sur des modalités figuratives inappropriées. Nous étions donc à ce moment-là dans les années 90 et nous avons proposé ce que nous appelons des processus de remédiation cognitive pour remettre en place les opérations mentales qui faisaient défaut. Mais trente ans plus tard, on s’aperçoit que les troubles cognitifs se sont accentués dans la société. On voit maintenant arriver au collège des élèves qui savent à peine lire. Au point qu’aujourd’hui, il n’y a plus du tout de corrélation entre le niveau d’efficience observé et le niveau scolaire atteint. C’est gravissime parce que cela touche absolument toutes les couches de la société.

On constate aujourd’hui une inquiétude grandissante quant aux conséquences d’une surexposition aux écrans chez les plus jeunes. Pourtant, les écrans ne sont pas nés il y a quinze ans et sont bien antérieurs aux alertes aujourd’hui portées par certains professionnels… De votre point de vue et au regard de votre expérience professionnelle, qu’est-ce qui a pu changer et comment l’expliquez-vous ?

On s’est rendu compte que les enfants étaient de plus en plus sollicités dans les sphères perceptives et de moins en moins dans les sphères opératoires liées à la compréhension. Face à ces constats, Georges Charpak a par exemple initié la fondation ‘La main à la pâte’ pour expliquer des principes de physique appliquée à des enfants de primaire et dans les années 90 nous avons fait des bilans auprès d’enfants de CP et de CE1 : lorsqu’on leur demandait de représenter des poissons, certains d’entre eux dessinaient des carrés. Ça, ce sont les premières conséquences de ce que l’on pourrait appeler « la télé nounou ». Puis sont apparus les jeux vidéo qui ont la particularité de ne pas exiger d’explications en amont : on ne lit pas de règles ou de mode d’emploi, on apprend en faisant. Or, l’école ne fonctionne pas comme ça. Et là encore, on observe une décorrélation entre les sollicitations pédagogiques proposées aux enfants et ce qu’ils sont en mesure de produire. D’ailleurs, on a revu à la hausse les âges à partir desquels certaines aptitudes de pensée et de raisonnement devraient être acquises parce que de fait, on a observé un décalage de la maturation cognitive. Les enfants ne sont pourtant pas plus bêtes, pas du tout, mais ladite structuration s’opère différemment.

“On commence à distinguer à la fois les failles de structuration, mais aussi une forte instabilité émotionnelle. Nous avons aujourd’hui des gens qui ne sont plus en capacité de raisonner sur leurs émotions.”

Ce que vous évoquez ici relève-t-il du consensus scientifique ou y’a-t-il encore des thèses contradictoires ?

Sur la réalité d’un décalage de la maturation cognitive, c’est effectivement scientifiquement admis et établi. Pour ce qui concerne l’origine du phénomène, il y a en revanche débat : certains mettent en avant des facteurs socio-économiques, la famille, d’autres mettent en avant des facteurs purement pédagogiques ou insistent sur les écrans etc. En l’occurrence, je ne pense pas qu’il y ait un facteur explicatif spécifique, mais un cumul. Mais là où les choses deviennent inquiétantes, c’est que l’on a de plus en plus d’enfants qui peinent à se structurer pour s’intégrer en société. Quand des faits divers relatent des homicides perpétrés par des adolescents dans des collèges, il y a – au-delà de l’acte – une difficulté de plus en plus claire à avoir conscience de son geste, comme si ces jeunes ne comprenaient pas ce qu’ils ont fait. Pourtant, on parle souvent d’enfants adaptés scolairement, peut-être juste un peu en retrait. Et c’est là qu’on commence à distinguer à la fois les failles de structuration que l’on mentionnait, mais aussi une forte instabilité émotionnelle. Nous avons aujourd’hui des gens qui ne sont plus en capacité de raisonner sur leurs émotions.

Pour revenir aux écrans, certains soutiennent pourtant par exemple que les longs métrages d’animation Disney apprennent l’empathie aux enfants et sont vecteurs d’éveil aux émotions…

Oui mais votre remarque est justement très intéressante : si vous n’avez pas l’organisation cognitive adéquate, vous ne pouvez pas comprendre un film Disney. C’est-à-dire que même au bout d’un quart d’heure, vous avez oublié les informations qui ont précédé. De la même façon, un enfant en pleine figurativité ne lira jamais une bande dessinée : il ne fait pas les liens entre les cases. Pour lui, chaque case est une histoire indépendante. Mais attention à ne pas faire de raccourcis : ce ne sont évidemment pas les écrans qui génèrent de l’agressivité ou une perte d’empathie, il n’y a aucun lien entre les deux. Pas plus pour les jeux vidéo, qui sont souvent pointés du doigt alors que l’on croule sous les études qui ont toutes conclu à une absence de lien apparent. En revanche, je réaffirme que plus notre organisation cognitive est déstructurée, plus on risque d’avoir des affects binaires : j’aime ou je n’aime pas, et donc des réactions qui le seront tout autant.

Est-ce un problème que l’on peut circonscrire au domaine de l’enfance ? Peut-on développer ces troubles sur le tard, malgré des acquis structurants supposés ?

Cela peut arriver quand il y a des troubles psychiatriques. Pour reprendre le cas des jeux vidéo, ils peuvent jouer un rôle dans un passage à l’acte chez des sujets déjà instables. On a tous déjà eu des accès de colère au volant par exemple après une queue de poisson sur l’autoroute, pour autant ce n’est pas pour ça qu’on va foncer sur sa cible pour l’écraser. Parce que nous disposons d’un jugement moral construit et fonctionnel. Chez certains jeunes qui, encore une fois, souffrent d’un déficit de structuration morale, le moteur de décision est de se dire « ce qui me fait du bien, ça va, ce qui ne me fait pas du bien, ça ne va pas ». Nous avons observé cette absence grandissante de conscientisation de la gravité des conséquences de leurs actes chez certains jeunes, nous en avons alerté les pouvoirs publics avec des outils sérieux qui ont mobilisé des laboratoires, des experts de la psychologie de l’enfance etc. Hélas, personne n’en a vraiment tenu compte.

Les réseaux sociaux sont souvent cités comme particulièrement problématiques et accélérateurs de désensibilisation…

Internet et les réseaux sociaux font partie du monde d’aujourd’hui. Le problème c’est moins leur existence que l’absence totale d’accompagnement vers ces médias, de sorte que quand les jeunes investissent ces espaces, ils n’y sont absolument pas prêts. Et il faut forcément être vigilant parce que sur Internet, tout est accessible. Or, face à un phénomène hors de contrôle, on est entré dans un univers de sanction, là où il faudrait structurer et éduquer. Et encore faudrait-il le faire correctement… On met en place à l’école des cours d’empathie. Mais ce n’est pas une connaissance ! C’est un non-sens complet, l’empathie ne s’apprend pas sur commande, ça se construit à partir d’éléments extrêmement précis. En l’occurrence : la capacité à décentrer sa pensée, prendre en compte le point de vue et le ressenti de l’autre, de sorte à avoir des réponses adaptées. Ça n’est pas une connaissance qu’on acquiert, mais une compétence qu’on développe. Malheureusement, nous savons déjà comment ces cours vont échouer : ils parleront aux jeunes qui disposent déjà de ces outils et isoleront encore davantage les autres. Le risque, c’est même de fédérer les premiers et d’exclure les autres, jusqu’à générer encore davantage de violence. Soit l’exact opposé du but recherché…

Pour revenir sur le décalage de maturation cognitive que vous évoquiez, on imagine qu’elle va de pair avec une forme de recul dans l’apprentissage de la lecture…

La dégradation que nous observons sur le plan cognitif entre effectivement en résonance avec l’acquisition de la lecture. Il y a des réalités très simples à souligner : l’on sait parfaitement que plus on passe de temps sur un écran, moins on passe de temps à lire. Les habitudes que l’on prend sur YouTube ou Instagram aujourd’hui, en zappant de vidéos en vidéos au bout de quelques secondes si elles ne nous plaisent pas, ou en scrollant toutes les quatre secondes en moyenne sur TikTok, ne facilitent pas le travail de concentration, c’est certain… Les jeunes vont par ailleurs de moins en moins au cinéma, mais il est difficile de s’en étonner : on leur demande d’être assis pendant deux heures en ne faisant rien d’autre que de regarder un film. Plus globalement, plus de 62 % des élèves de collège ne dépassent pas le niveau de lecture basique. C’est évidemment très inquiétant. Selon le classement PISA, nous sommes passés, en cinquante ans, de 35 % de gros lecteurs à 11 %. C’est un effondrement complet. Chez les lycéens, dans les années 60, on lisait 240 mots/minute contre 190 mots/minute aujourd’hui. La vitesse de lecture est un témoin d’efficience de la lecture elle-même : plus je comprends facilement, plus je lis vite. Et à plus haut niveau, on voit des étudiants qui éprouvent des difficultés avec de la lecture profonde de texte, avec une baisse de la capacité à cerner l’implicite, le sous-entendu.

Une hypothèse très souvent mise en avant ces dernières années évoque ce que certains appellent la « technoférence », soit le fait que les parents eux-mêmes, absorbés par leurs usages numériques, échangent de moins en moins avec leurs enfants. Or, les enfants apprennent énormément d’une forme de mimétisme, à condition que l’on prenne le temps d’interagir avec eux. Est-ce un constat que vous faîtes également ?

La construction se fait effectivement dans l’interaction. Et surtout chez le très jeune enfant, l’écran est très pauvre de ce point de vue. Je souscris de fait totalement à ce que vous dîtes : un écran est quelque chose de statique, quoi qu’il diffuse. L’enfant est naturellement programmé à aller vers le monde et c’est la qualité et la pluralité de l’interaction avec son environnement qui permettra d’organiser sa pensée, de se structurer mentalement.

On a longtemps supposé que les jeunes générations étaient à l’aise avec les outils numériques, au point d’en déjouer mieux les pièges que leurs aînés. Or, on s’est aperçu qu’ils ne mordaient en réalité pas moins – très loin de là – à la désinformation, ayant même parfois beaucoup de mal à distinguer une information sourcée d’une fake news un peu grotesque. Est-ce que vous partagez ce constat ?

Tout à fait. Ce que vous évoquez ici, c’est l’esprit critique. C’est ce qui fait que l’on adhère ou que l’on résiste à un contenu. L’Éducation nationale en a conscience puisqu’ils ont lancé un programme censé amener les enfants à une forme d’esprit critique. Encore une fois, ça ne fonctionnera que si ces enfants disposent de compétences qui les rendent capables de comparer des sources. Ça n’est hélas pas toujours le cas. Et plus tard chez de jeunes adultes, cela donne un glissement du « Je pense, donc je suis » vers quelque chose de l’ordre du « Je crois, donc j’ai raison ».

On sait quels bénéfices sont à tirer d’un retour aux lectures structurantes, sur papier, sans possibilité de zapper ou d’éparpiller son attention dans une foule de contenus courts. Mais comment rendre le livre séduisant auprès d’un jeune public qui a parfois complètement décroché ?

C’est un problème en ce sens que la lecture les ramène souvent à des difficultés éprouvées à l’école, donc ils n’y associent pas forcément d’affects spontanément positifs… Il s’agirait déjà de redécouvrir ce qu’est le livre. J’avais dans mes patients, il y a des années de ça, un enfant dont un parent était professeur. Ce qu’il me disait, c’est que le programme était à ses yeux inadapté, car les élèves n’en étaient pas là. Alors il commençait son cours en ramenant plusieurs livres très différents – des bouquins de philosophie, des romans, des bande-dessinées etc. – qu’il disposait sur une table, puis il demandait à ses élèves d’en choisir quelques-uns instinctivement. Ensuite il leur demandait les raisons de leurs choix. C’était à la fois une manière de les ramener à l’outil physique et d’engager des discussions, souvent sur un ton détendu : « Ah celui-là est trop gros » ; « Ah celui-là a l’air rigolo » ; « J’aime bien cette couverture, elle a de belles couleurs » etc. On veut probablement lancer les enfants dans la lecture trop tôt, alors qu’ils n’y sont pas prêts. On a certes ramené le professeur en question aux obligations du programme, mais je le redis : ça ne sert à rien de présumer que les enfants ont des compétences, s’ils ne les ont pas. Dans les pays scandinaves, on a acté d’un décalage dans les programmes de lecture d’un ou deux ans, pour s’assurer que les enfants soient prêts. Sans ça, on crée des blocages. Alors en attendant, autant renouer avec le sensoriel parce que c’est là que tout commence : de ce point de vue, un livre est extrêmement riche en termes de textures, de formats, d’odeurs etc. C’est ce qui génère de la curiosité pour ce que le livre raconte et si on fait les choses dans l’ordre, l’enfant aura envie de savoir. Et donc de lire. Le fait que les enfants aiment tant qu’on leur lise des histoires procède du même cheminement, il faudrait juste ne pas griller des étapes et accepter qu’il existe ce décalage de la maturation cognitive que j’évoquais.

“L’activité de lecture au travers du livre est extraordinaire parce qu’elle centralise l’activation de cinq structures mères.”

On sait le livre physique spontanément plus attractif et séduisant, mais ce n’est pas son seul avantage…

C’est un charme qui n’est pas sans atouts concrets en effet puisque la sensorialité du livre active des zones du cerveau qui facilitent la mémorisation. Les écrans vont être utiles sur des synthèses pratiques, dès que l’on cherche à aller au-delà, ils sont rarement pertinents. Le livre impose une contrainte temporelle, c’est-à-dire qu’il va falloir se poser dans le temps pour lire dans de bonnes conditions. D’où une meilleure concentration et par suite, une meilleure compréhension. Autre point majeur : dans la lecture papier, le lecteur rentre dans la psyché du personnage, dans ses pensées. Les écrans sont davantage figuratifs et imposent des représentations. Enfin, deux grandes études internationales ont montré que 80 à 90 % des étudiants préfèrent le papier et ils disent eux-mêmes qu’ils se concentrent mieux sur ce support.

Beaucoup de ces avantages semblent surtout concerner des lecteurs confirmés. Qu’en est-il pour des enfants ?

Il y a deux sphères qui s’activent lorsqu’on lit : la sphère cognitive & logique, et la sphère psycho-affective. Les deux sont au départ entremêlées, mais l’enfant passe de l’une à l’autre. Il va progressivement les structurer indépendamment l’une de l’autre, mais avec une zone de connexion. On a identifié ce qu’on appelle des structures mères, précisément dans ces zones de connexion. On les a appelées « mères » parce qu’elles participent de cette construction en parallèle. On en compte cinq : décentration, généralisation, inhibition, anticipation et au centre une sorte de thermostat, les systèmes de classification. C’est ce ‘thermostat’ qui régule les quatre autres structures, lesquelles s’activent systématiquement pendant l’activité de lecture. On inhibe certaines informations par rapport à d’autres, on classifie les personnages en fonction de ce qui leur est arrivé, par la décentration je peux rentrer dans la psyché des personnages et enfin j’essaie d’anticiper ce qui peut leur arriver. L’activité de lecture au travers du livre est extraordinaire parce qu’elle centralise l’activation de ces cinq structures mères. On pourrait me rétorquer « Oui mais regardez, maintenant on a de la lecture 2.0 sur écran » etc. sauf que la lecture numérique – blogs, réseaux sociaux, articles etc. – représente 2 à 3 % du temps total d’écran. 40 à 50 % du temps passé devant des écrans, c’est pour des films ou des vidéos. Sur des textes simples, les scores de compréhension et d’assimilation sont proches, qu’il s’agisse de lecture papier ou numérique. Mais plus les textes sont complexes, plus une différence s’opère en faveur du papier.

Pour des cas d’usages très circonstanciés, est-ce que les outils numériques ont pu vous aider ? Je pense notamment aux enfants souffrant de troubles ‘dys’ (dyspraxie, dyslexie, dysorthographie etc;) qui vous ont consulté au cours de votre carrière ?

Bien entendu oui. Dans ce contexte spécifique d’un enfant qui présente des troubles ou maladies neurodéveloppementales, le fait de pouvoir accéder à des alternatives numériques est quelque chose d’extraordinaire en effet. Prenez l’exemple d’un dyspraxique qui souffre de troubles gestuels l’empêchant de bien écrire, il est certain qu’un clavier l’aidera énormément. Mais nous sommes bien ici sur des logiques de soutien face à des difficultés qui relèvent du handicap.

“Imprimé en France” – Les bonnes volontés s’affichent

Si les bien nommés “circuits courts” destinés à rapprocher les acteurs de la fabrication des metteurs sur le marché ne recueillent guère que des commentaires bienveillants, le livre peine encore à en profiter. Quoique des “signaux faibles” tendent enfin à affleurer, puisqu’un label “Imprimé en France” est d’ores et déjà arboré en quatrième de couvertures de ses livres par les éditions Calmann-Lévy, ces derniers appelant même leurs confrères à faire de même…

En moyenne, 30 à 40% des livres français sont réalisés à l’étranger.

Made in France : à l’État de montrer l’exemple ?

Certainement faut-il commencer par rappeler une évidence : le localisme ne saurait être imposé, dans la mesure où le code des marchés publics l’interdit. Plus précisément, la commande publique ne pourrait incliner à solliciter des prestataires locaux – ou même nationaux – qu’à la condition de mettre en avant des critères d’exception liés par exemple à la nécessaire rapidité d’exécution (l’urgence pouvant alors justifier alors d’aller au plus près), ou indirectement en faisant la démonstration que les exigences environnementales spécifiques d’une commande conduisent à solliciter des entreprises de proximité. Des solutions qui n’ont toutefois rien de systématique et qui, mal justifiées, peuvent être rapidement taxées de délit de favoritisme et contrevenir à la fois aux principes communautaires (défendus par la CJUE) et constitutionnels (défendus par le Conseil Constitutionnel) de la liberté d’accès à la commande publique. La chose est toutefois difficile à entendre, dans la mesure où l’époque semble réclamer de l’écoresponsabilité en circuits courts, pour des raisons tant strictement environnementales que plus globalement sociales, sociétales et économiques. C’est ainsi que l’on s’émeut parfois de constater que les budgets publics manquent de nourrir le tissu industriel local, au profit de concurrents étrangers par ailleurs possiblement éligibles à des subventions européennes d’investissement qui distordent plus encore un équilibre concurrentiel déjà malmené par les différentiels sociaux qui distinguent les coûts d’une impression en Europe de l’Est (Pologne, Estonie, Lituanie etc.) de ceux d’une impression en France. Il ne faudrait toutefois pas grossir le phénomène : pour le cas du livre, la commande publique se maintient en France dans 90% des cas (source : “Imprimer en France : l’avenir de la filière Livre” – DGE/UNIIC, 2015). C’est la balance commerciale du livre dans sa globalité qui pose question : “En moyenne, 30 à 40% des livres français sont réalisés à l’étranger” pouvait-on lire au sein dudit rapport. Une proportion qui est restée peu ou prou la même, neuf ans plus tard, même si des pistes d’amélioration sont engagées et prometteuses…

Au-delà des seuls engagements RSE qui inclinent nombre d’éditeurs à faire rimer “responsabilité” avec “proximité”, les circuits courts semblent asseoir leurs bienfaits économiques.

Relocalisations : les raisons d’y croire

Les raisons de cet exode partiel, si elles sont connues, n’offrent pas toutes des solutions directes : reconstruire l’outil industriel adéquat – notamment sur les activités de reliure et de façonnage – pour traiter un volume supérieur de livres complexes et semi-complexes prendra du temps (l’Atelier Partagé du Livre Complexe est à cette fin un projet industriel collectif de rapatriement de travaux de façonnages semi-complexes, appelé à sortir de terre ces prochaines années), alors que les arbitrages moins-disant conduisant à imprimer moins cher mènent soit vers l’Europe de l’Est, soit à nos principaux concurrents frontaliers que sont l’Allemagne, l’Italie, la Belgique et l’Espagne. Impossible en effet pour un industriel français de s’aligner sur des prix cassés sans sacrifier sa marge, ni même toujours de rivaliser – sur des segments de marché hors livre noir, où la compétitivité française n’est pas mise à mal – avec la puissance graphique allemande qui, bien qu’en deçà de la productivité française, a su s’armer (et sous-traiter) pour optimiser ses coûts. Les raisons en relevant pour partie de disharmonies fiscales et sociales, de telles distorsions concurrentielles appellent des ajustements politico-économiques sur lesquels une filière industrielle n’a de fait que peu d’emprise. En pareil cas, les meilleurs réflexes sont donc toujours les mêmes : miser sur l’innovation, travailler la qualité de ses services pour mieux accompagner la demande et faire émerger de nouvelles capacités de production par le co-développement. C’est ce qui a été notamment entrepris pour le livre complexe et semi-complexe, mais cela ne dispense ni de promouvoir le savoir-faire français pour sensibiliser le grand public, ni de rappeler que de relocalisations il ne pourra y avoir qu’avec le concours actif des donneurs d’ordre, qu’il ne s’agit pas de contraindre, mais bien de convaincre. Un objectif à vrai dire déjà bien engagé : au-delà des seuls engagements RSE qui inclinent nombre d’éditeurs à faire rimer “responsabilité” avec “proximité”, les circuits courts semblent asseoir leurs bienfaits économiques (réduction drastique des délais, échanges facilités avec l’imprimeur et meilleure gestion des flux) pour finir de rendre la chose profitable – et déjà observable – au-delà de sa stricte dimension éthique.

Structurer des outils collectifs destinés à valoriser une fabrication du livre qui soit ‘locale’, ou à tout le moins, ‘nationale’.

Vers un label “Imprimé en France” ?

Preuve que les lignes bougent, l’éditeur Calmann-Lévy a pris l’initiative d’imprimer en quatrième de couverture de ses livres un label “Imprimé en France”, sous des traits nettement visibles, dans le but d’afficher une volonté proactive de défendre l’industrie française. Avec l’ambition aussi de promouvoir – c’est de bonne guerre – ses propres bonnes pratiques, sans pour autant chercher à tirer la couverture à soi. “Il souhaiterait que tous les autres éditeurs adhèrent à ce label, avec l’aide de tous les imprimeurs français de livres, afin que tous les livres faits en France portent cette marque” s’enthousiasme en effet Jean-Paul Maury (Maury Imprimeur), relatant ici une rencontre avec le Président des éditions Calmann-Lévy, dans un courrier adressé à l’UNIIC. “Nous sommes nous-mêmes sur une réflexion portant sur ‘l’achevé d’imprimer’ pour lui donner plus de force, mais dans le cas présent, il s’agit de valoriser la production française et ce, certes à la demande de nombreux imprimeurs, mais également d’acteurs majeurs du Syndicat National de l’Edition (SNE)” ajoute Pascal Bovéro, Délégué général de l’UNIIC, dans un courrier cette fois adressé au SNE. L’objectif : “trouver ensemble les formes les plus appropriées pour mettre en avant cette ‘signature’ appelée en fait à devenir une marque collective”, précise-t-il. En somme : montrer l’exemple et généraliser les bonnes pratiques, pour enfin structurer des outils collectifs destinés à valoriser une fabrication du livre qui soit ‘locale’, ou à tout le moins, ‘nationale’ : un combat qui se réclame d’un idéal socioéconomique fort et qui trouverait là une précieuse première avancée…

Protéger et promouvoir le livre « Imprimé in France »

Cet article est paru dans Acteurs de la Filière Graphique n°134 (juin 2021)


Avec le coffret « Réfugier, Explorer, Relier », les industries graphiques entendent faire la démonstration d’un savoir-faire qu’il convient de sauvegarder : celui de la fabrication du livre, dans un contexte où les circuits courts ne sont déjà plus une mode mais bel et bien une tendance de fond, appuyée qui plus est par des velléités récentes de relocalisation…

Si la crise sanitaire a mis en évidence qu’il est des « secteurs stratégiques » pour lesquels la délocalisation tous azimuts pose d’évidents problèmes, la question n’a pas manqué de se poser dans de nombreux domaines d’activité, non sans faire écho à des réflexions de rapatriement parfois engagées de longue date…

Présenté en avant-première et offert à chacun des participants au Congrès, le coffret “Réfugier” a fait la jonction entre des solidarités humaines et des solidarités techniques. Jusqu’à 2500 exemplaires d’un bel ouvrage construit en trois volets (“Réfugier”, “Explorer” et “Relier”) abordent en effet à la fois la réalité de la vie d’un campement de migrants (témoignages illustrés à l’appui, via le concours du milieu universitaire clermontois), tout en sensibilisant le lecteur aux métiers de la chaîne du livre, dont il faut sauvegarder les savoir-faire en France. Pour Catherine Milkovitch-Rioux (Chercheuse), ce projet a “permis une valorisation commune : à la fois de vos métiers et de nos travaux”.

Made in France : à l’Etat de montrer l’exemple ?

Certainement faut-il commencer par rappeler une évidence : le localisme ne saurait être imposé, dans la mesure où le code des marchés publics l’interdit. Plus précisément, la commande publique ne pourrait incliner à solliciter des prestataires locaux – ou même nationaux – qu’à la condition de mettre en avant des critères d’exception liés par exemple à la nécessaire rapidité d’exécution (l’urgence pouvant alors justifier alors d’aller au plus près), ou indirectement en faisant la démonstration que les exigences environnementales spécifiques d’une commande conduisent à solliciter des entreprises de proximité. Des solutions qui n’ont toutefois rien de systématique et qui, mal justifiées, peuvent être rapidement taxées de délit de favoritisme et contrevenir à la fois aux principes communautaire (défendus par la CJUE) et constitutionnel (défendus par le Conseil Constitutionnel) de la liberté d’accès à la commande publique. La chose est toutefois difficile à entendre, dans la mesure où l’époque semble réclamer de l’écoresponsabilité en circuits courts, pour des raisons tant strictement environnementales que plus globalement sociales, sociétales et économiques. C’est ainsi que l’on s’émeut parfois de constater que les budgets publics manquent de nourrir le tissu industriel local, au profit de concurrents étrangers par ailleurs possiblement éligibles à des subventions européennes d’investissement qui distordent plus encore un équilibre concurrentiel déjà malmené par les différentiels sociaux qui distinguent les coûts d’une impression en Europe de l’Est (Pologne, Estonie, Lituanie etc.) de ceux d’une impression en France. Il ne faudrait toutefois pas grossir le phénomène : pour le cas du livre, la commande publique se maintient en France dans 90 % des cas (source : « Imprimer en France : l’avenir de la filière Livre » – DGE/UNIIC, 2015). C’est la balance commerciale du livre dans sa globalité qui pose question : « En moyenne, 30 à 40 % des livres français sont réalisés à l’étranger » pouvait-on lire au sein dudit rapport. Une proportion qui est restée peu ou prou la même, six ans plus tard, même si des pistes d’amélioration sont engagées et prometteuses…

Relocalisations : les raisons d’y croire

Les raisons de cet exode partiel, si elles sont connues, n’offrent pas toutes des solutions directes : reconstruire l’outil industriel adéquat – notamment sur les activités de reliure et de façonnage – pour traiter un volume supérieur de livres complexes et semi-complexes prendra du temps (l’Atelier Partagé du Livre Complexe est à cette fin un projet industriel collectif de rapatriement de travaux de façonnages semi-complexes, appelé à sortir de terre ces prochaines années), alors que les arbitrages moins-disant conduisant à imprimer moins cher mènent soit vers l’Europe de l’Est, soit à nos principaux concurrents frontaliers que sont l’Allemagne, l’Italie, la Belgique et l’Espagne. Impossible en effet pour un industriel français de s’aligner sur des prix cassés sans sacrifier sa marge, ni même toujours de rivaliser – sur des segments de marché hors livre noir, où la compétitivité française n’est pas mise à mal – avec la puissance graphique allemande qui, bien qu’en deçà de la productivité française, a su s’armer (et sous-traiter) pour optimiser ses coûts. Les raisons en relevant pour partie de disharmonies fiscales et sociales, de telles distorsions concurrentielles appellent des ajustements politico-économiques sur lesquels une filière industrielle n’a de fait que peu d’emprise. En pareil cas, les meilleurs réflexes sont donc toujours les mêmes : miser sur l’innovation, travailler la qualité de ses services pour mieux accompagner la demande et faire émerger de nouvelles capacités de production par le co-développement. C’est ce qui a été notamment entrepris pour le livre complexe et semi-complexe, mais cela ne dispense ni de promouvoir le savoir-faire français pour sensibiliser le grand public, ni de rappeler que de relocalisations il ne pourra y avoir qu’avec le concours actif des donneurs d’ordre, qu’il ne s’agit pas de contraindre, mais bien de convaincre. Un objectif à vrai dire déjà bien engagé : au-delà des seuls engagements RSE qui inclinent nombre d’éditeurs à faire rimer « responsabilité » avec « proximité », les circuits courts semblent asseoir leurs bienfaits économiques (réduction drastique des délais, échanges facilités avec l’imprimeur et meilleure gestion des flux) pour finir de rendre la chose profitable – et déjà observable – au-delà de sa stricte dimension éthique.

Si le livre est régulièrement honoré pour son aura culturelle, les conditions de sa fabrication ne sont que rarement posées.

Rien de tel qu’un beau livre…

Valoriser par l’objet, telle est justement l’initiative conduite par l’UNIIC et la Filpac-CGT pour mettre en lumière les atouts du savoir-faire français en matière de création et de fabrication du livre. Jusqu’à 2500 exemplaires d’un bel ouvrage construit en trois volets (« Réfugier », « Explorer » et « Relier ») aborderont à la fois la réalité de la vie d’un campement de migrants (témoignages illustrés à l’appui, via le concours du milieu universitaire clermontois), tout en sensibilisant le lecteur aux métiers de la chaîne du livre, dont il faut sauvegarder les savoir-faire en France. Dit très simplement : il s’agit d’un livre que la filière graphique française a choisi d’autoproduire et de financer, pour faire la démonstration de ses capacités techniques et créatives. Une initiative qui n’a évidemment rien d’anodin puisque si le livre est régulièrement honoré pour son aura culturelle, les conditions de sa fabrication ne sont que rarement posées. Et ce même lorsque la pandémie propulse comme rarement dans l’espace public l’importance de lire, la chose ayant fini par être qualifiée d’ « essentielle » quand les libraires se sont enfin vu obtenir le droit – légitime – de ne pas fermer leurs portes, à l’amorce du deuxième confinement. L’articulation éditoriale en trois volets permet donc ici de consacrer le dernier livret (« Relier ») aux grandes étapes de création/fabrication d’un ouvrage tel que celui-ci, comme pour souligner combien la forme et le fond sont imbriqués. L’ensemble fait ainsi le lien entre une thématique ouvertement humaniste qui interroge notre regard sur la situation des migrants, et les efforts par lesquels une chaîne d’acteurs – de l’auteur aux fabricants – s’attache à donner vie aux différents récits contés ici sous des traits physiques et imprimés. L’objectif consiste donc en une double sensibilisation, qui amènera le lecteur à se poser aussi la question de la provenance du livre et des savoir-faire qui s’y agrègent. Des savoir-faire qu’il n’est pas concevable de laisser filer, au sein d’un pays – le premier à avoir appliqué au livre le principe protecteur d’un prix unique – qui compte un maillage de librairies parmi les plus denses au monde. On compte en effet 3400 libraires indépendants dans l’Hexagone, incarnant ces relais de proximité (culturelle ici, en l’occurrence) dont on sait qu’ils sont précieux pour la vitalité des territoires. Pourquoi n’en irait-il pas de même pour les maillons industriels qui permettent l’existence du livre ? La question mérite en tout cas de transcender les seules vitrines où le livre est vendu et/ou exposé, pour inclure les acteurs de sa fabrication. Ainsi l’initiative devrait pouvoir être reconduite : « L’année prochaine nous pourrions envisager la fabrication d’un livre pour enfants ou le texte d’un jeune auteur » lance déjà comme hypothèse Patrick Chatet, responsable du projet pour la filière graphique. Rendez-vous est pris…

RÉFUGIER : un titre d’une perpétuelle actualité…

Parce que l’Imprimerie et le Livre ont de tous temps été les maillons d’une chaine de solidarité, l’UNIIC a soutenu le projet RÉFUGIER imaginé par un collectif constitué entre Patrick Chatet et l’Université de Clermont-Ferrand en lien avec notre centre de formation régional le lycée Lafayette.

Octobre 2017 : des familles et des jeunes migrants installent un campement de fortune à « Gergovia », dans les jardins et le parking de la faculté des lettres de l’université, à Clermont-Ferrand.

Le refuge s’organise. Une vie sociale s’imagine, précaire, fragile, exposée. Au fil des rencontres avec les étudiants et des luttes communes, une histoire de vies blessées et de voyages chaotiques se raconte.

Une histoire de solidarités et d’hospitalité s’écrit avec les bénévoles. Les archives de ce campement à l’université – récits, textes, photos, dessins – doivent être conservées : c’est toute la chaîne du livre qui en imprime la chronique et en porte la mémoire. Au sein d’un atelier animé par Alban Lefranc dans le cadre du Master Création littéraire de l’Université Clermont Auvergne, 2018-2019, RÉFUGIER collecte et restitue ces traces, ces instants et ces rencontres en trois carnets : Chroniques du campement Gergovia, Carnet de recherches et La chaîne du livre.

Alban Lefranc, écrivain, auteur dramatique, traducteur et scénariste, a publié Le ring invisible (Verticales) en 2013 et, en 2019, L’homme qui brûle (Rivages) et Steve Jobs – Théâtre (Quartett). Il a également créé la revue bilingue français/allemand, La mer gelée. Auteur en résidence à l’Université Clermont Auvergne en 2018‑2019, il a encadré les étudiants du Master de création littéraire pour l’écriture du carnet collectif Témoigner.

Ce très bel ouvrage constitué de trois fascicules sous coffret sera offert aux participants lors de notre congrès Libres impressions et remis par Georges Sanerot, Président de l’AFILI (Agence Francophone de l’Innovation pour le Livre Imprimé).

Le livre, un bien essentiel

Nous reproduisons ci-dessous in extenso le communiqué co-signé par le Syndicat national de l’édition (SNE),  le Syndicat de la librairie française (SLF) et le Conseil permanent des écrivains (CPE) quant à la nécessaire qualification du livre en “bien essentiel”, justifiant la continuité d’activité pour la Filière Livre – fabrication comprise – durant la période de confinement.

L’UNIIC s’associe sans réserve aux constats dressés par ses partenaires auteurs, libraires et éditeurs, avec la volonté ferme de ne pas revivre l’épisode de mars dernier, les librairies ayant en effet toute légitimité à se présenter comme un indispensable rempart culturel, face au risque d’isolement. 

[COMMUNIQUE]

La lecture de livres est une activité essentielle à nos vies citoyennes et individuelles.

L’extraordinaire appétit de lectures chez les Français, jeunes ou adultes, s’est à nouveau confirmé ces derniers mois ; les livres assouvissent notre besoin de compréhension, de réflexion, d’évasion, de distraction, mais aussi de partage et de communication, y compris dans l’isolement.

Le premier confinement n’avait pas permis hélas de maintenir les librairies ouvertes, blessant au cœur toute la filière du livre ; les professionnels n’y étaient pas préparés. Mais depuis, les librairies de proximité, qui maillent tout notre territoire, se sont organisées et équipées. Elles peuvent être parfaitement en mesure d’accueillir les lecteurs dans la perspective d’un nouveau confinement, dans des conditions sanitaires sûres et éprouvées.

Le « click and collect » est indispensable et d’ores et déjà en place dans un très grand nombre de points de vente. Mais il ne saurait combler toutes les attentes des lecteurs, notamment dans les deux mois précédant les fêtes de fin d’année où plus d’un quart des livres sont achetés. Les livres sont, depuis plusieurs années, le cadeau le plus offert par les Français. Comment y renoncer ?

Aussi, auteurs, illustrateurs, éditeurs et libraires lancent un appel solennel, solidaire et responsable, au gouvernement : laissez nos librairies ouvertes pour que le confinement social ne soit pas aussi un isolement culturel. Nos lecteurs, attachés à la librairie indépendante, ne le comprendraient pas et le vivraient comme une injustice.

Nous sommes prêts à assumer nos responsabilités culturelles et sanitaires.

Syndicat national de l’édition (SNE)
Syndicat de la librairie française (SLF)
Conseil permanent des écrivains (CPE)

Source : site du SNE

Gutenberg One s’expose à l’Elysée

On nous en promettait 101, il y en eut finalement 120 : soit des produits innovants et/ou de pointe « fabriqués en France » érigés en vitrine d’un savoir-faire et porteurs d’une volonté politique (souhaitons-le) de relocalisation industrielle. Car si « consommer local » est devenu un acte quasi-militant, encore faut-il s’en donner les moyens. C’était là le sens de la « Grande exposition du Fabriqué en France » – la première du genre – qui s’est tenue les 18 et 19 janvier derniers à l’Elysée.

Parmi ces 120 propositions, le robot Gutenberg One – dont la première présentation date de l’édition 2019 du salon Livre Paris – s’est appliqué à rappeler qu’en des temps où les écrans sont rois, la matérialité (imprimée ici, en l’occurrence) est toujours vectrice d’innovation et d’ambition. « Gutenberg One, conçu dans la Nièvre et fabriqué à Saverne, propose aux éditeurs d’intégrer les titres de leurs fonds, aux imprimeurs de gérer le parc machine de robots connectés en EDI, par une simple extension de leurs métiers et services. Le tout pour des livres produits à l’unité, en circuit court chez les libraires partenaires dans toute la France et dans la francophonie » développe Hubert Pédurand, Président de ce qu’il dit être « la plus petite imprimerie au monde ».

La 3ème édition du « Gutenberg » de Alphonse de Lamartine, édité par la librairie Hachette en 1867, numérisée à la Bibliothèque de Catalogne par Google Book en 2009 et imprimée en trois minutes par Gutenberg One pour L’Elysée, dédicacée par le Président la République le 17 janvier 2020 lors de la première grande exposition du « Fabriqué en France ».

Mais plus encore, il s’agit de proposer “une alternative à Amazon qui soit à la fois innovante, collective, écologique et brevetée au niveau mondial” nous promet-il, sur des ouvrages à faibles rotations issus de l’offre dite “de longue traîne”, soit des titres devenus rarissimes, à la fois difficiles à stocker et à réimprimer par des voies conventionnelles, moyennant ce faisant des temps d’attente en librairies qui mènent trop souvent les consommateurs vers une plateforme d’e-commerce quasi-hégémonique bien connue, qui a toutefois le mérite de proposer tout (ou presque) et de livrer vite. Or, aller plus vite qu’Amazon est un combat assumé comme tel par Hubert Pédurand, assurant être « entré en résistance », avec des ambitions claires : « déployer mille robots sur l’ensemble du territoire ces dix prochaines années et générer 3000 emplois » détaille-t-il.

A noter que les prochaines démonstrations Gutenberg One se feront au Salon du Livre Paris du 20 au 23 mars 2020, puis à Düsseldorf du 16 au 26 juin 2020 à la Drupa, le robot prenant place sur le pavillon français “La Frenchprint” dans le cadre de l’opération portée par l’UNIIC bien nommée « Exposez votre savoir-faire ». Une vitrine ouverte aux bonnes volontés qui verra notamment “la commercialisation en première mondiale de la version Pro de Gutenberg One” conclut Hubert Pédurand.

Du numérique en toute chose…

“Il faut de la mesure en toute chose” voilà ce que nous inspire la préparation de la rentrée scolaire 2019-2020. Le site de la Région île de France nous apprend en effet que : “La Région dotera tous les lycéens et leurs professeurs de manuels et ressources pédagogiques papier ou numériques”.

Si le soutien annoncé se veut neutre quant au support – numérique ou papier –, à la lecture des quatre principes qui régissent l’action de la Région, nous sommes plus dubitatifs. L’aide est ainsi explicitement conditionnée au « virage numérique pour que tous les lycées professionnels deviennent 100 % numérique et qu’au moins la moitié des lycées généraux et technologiques le deviennent aussi. »

La Région ne semble absolument pas tenir compte des retours d’expérience nombreux et études tout aussi nombreuses qui mettent en avant les effets pervers d’un apprentissage “100 % numérique”. Citons notamment une étude signée de l’OCDE – qu’on aura du mal à qualifier d’anti-numérique – qui, dès 2015, écrivait ceci noir sur blanc :

– Les ressources investies dans les TIC dans le domaine de l’éducation ne sont pas liées à une amélioration des résultats des élèves en compréhension de l’écrit, en mathématiques et en sciences.

– Dans les pays où il est moins courant pour les élèves d’utiliser Internet à l’école dans le cadre du travail scolaire, la performance des élèves en compréhension de l’écrit a connu une amélioration plus rapide que dans les pays où cette pratique est plus répandue, en moyenne.

– Dans l’ensemble, la relation entre l’utilisation des ordinateurs à l’école et la performance s’illustre graphiquement par une courbe en forme de U inversé, qui suggère qu’un usage limité des ordinateurs à l’école peut être plus bénéfique que l’absence totale d’utilisation, mais que les niveaux d’utilisation supérieurs à la moyenne actuelle des pays de l’OCDE sont associés à des résultats significativement plus faibles.

… Et nos interrogations se portent sur un deuxième point que nous avions évoqué dans un article précédent (Des manuels scolaire IOS et ANDROID) : le transfert de charges. Si ici des investissements importants sont annoncés pour équiper les lycées, il est précisé que cet équipement revêt un caractère d’urgence : « Un pool de tablettes ou d’ordinateurs sera mis à disposition dans chaque lycée pour parer aux urgences et éviter qu’un élève se retrouve privé d’équipement sur une trop longue période. Des jeux de manuels papier seront également mis à disposition dans les CDI ». Que faut-il comprendre par « cas d’urgence » ? Une Mise à disposition temporaire avant de nécessaires investissements ? Le principe selon lequel chaque élève est – ou « sera », à terme – équipé en numérique à son domicile pour accéder au contenu pédagogique est probablement une source d’inégalité nouvelle. Là où le manuel physique donne accès en tout lieu et sans condition aux contenus pédagogiques relevant du programme scolaire, les écrans dépossèdent : il s’agit, moyennant les capacités de connexion adéquates, d’un droit d’accès devenu limité ou révocable. La numérisation totale et la course à la dématérialisation en tant qu’innovation ultime n’est-elle pas en train de créer en marche forcée de nouvelles inégalités profondes ?

Clic.EDIt : des tests concluants

Conçu et porté par le SNE (Syndicat National de l’Edition) et l’UNIIC, Clic.Edit a pour objectif de mettre en place un langage commun visant à faciliter, accélérer, standardiser et sécuriser les échanges de données informatisées entre tous les acteurs de la chaîne de fabrication du livre.

La version expérimentale testée par douze binômes (éditeur-imprimeur) couvrait trois grands modèles d’échange de commande : prépresse, impression et papier. Les résultats de ces tests ont été riches d’enseignements sur le langage, mais également sur l’organisation à mettre en place dans les entreprises pour utiliser ces nouvelles fonctionnalités.

La V1 est en préparation et permettra de tester la commande mais aussi la facturation et la livraison.

Pour en savoir plus lire le communiqué de presse Clic.EDIt.