La normalisation, on a tous à y gagner

C’est en France qu’auront lieu les prochaines réunions du comité technique ISO TC130 qui désigne un comité d’élaboration des normes pour les Industries Graphiques. Une soixantaine d’experts internationaux sera ainsi amenée à échanger du 20 au 24 avril prochains, avec un objectif clair : harmoniser les pratiques d’impression et de gestion de la couleur, tout en impulsant de possibles nouvelles orientations industrielles. Mais plus encore, l’ambition de l’organisation française – portée par l’UNIIC – est telle qu’il s’agira d’inclure au-delà de ce seul cercle d’experts pour ouvrir le débat et impliquer les imprimeurs. Une conférence dédiée se tiendra à cette fin le 22 avril prochain et pour de nombreuses raisons que nous nous apprêtons à développer ci-dessous, nous vous encourageons vivement à vous inscrire…

Contrairement à ce que d’aucuns pourraient considérer être un débat d’initiés, il faut voir les discussions qui précèdent l’élaboration des normes comme une façon de dessiner des objectifs collectifs et sectoriels, dans l’intérêt d’un maximum de parties prenantes.

Harmoniser des tirages de plus en plus fragmentés

Pour les donneurs d’ordre, l’intérêt sonne comme une évidence : il s’agit d’harmoniser le rendu des tirages chez tous les imprimeurs, quel que soit le procédé d’impression et partout dans le monde. Car à mesure que les usages de production migrent vers des volumes plus fragmentés (c’en est effectivement fini du temps où les marques pouvaient s’appuyer sur un site et un procédé d’impression unique), il s’agit d’assurer une harmonisation et une répétabilité colorimétrique satisfaisantes quel que soit le ou les procédés d’impression utilisés pour la production d’une publication, d’un emballage ou d’un produit industriel, qu’ils soient conventionnels (offset, flexo, hélio) ou numériques (jet d’encre, toner etc.). Quant aux entreprises, les bénéfices pour elles d’une normalisation sont nombreux : entrer dans le pool des imprimeurs à même d’assurer aux marques cette fidélité/répétabilité colorimétrique, gagner en efficacité productive par l’automatisation de process qualité et se prémunir juridiquement de tout litige en aval, le respect d’une norme faisant foi lorsqu’il est question d’évaluer la validité d’un travail d’impression, au regard de la demande exprimée.

« L’impression est un procédé industriel et non pas une démarche intuitive ou artistique. »

La standardisation, une question de taille ?

La question de la normalisation, on le sait, nécessite également de lever des craintes légitimes : risque-t-on une uniformisation des techniques et des rendus ? Peut-on tendre vers la surqualité et générer de facto des coûts superflus ? Va-t-on céder l’essentiel de nos savoir-faire à une automatisation tous azimuts dopée à l’IA ? Autant de questions que ladite conférence veut permettre de traiter, tout en démystifiant une démarche qui génère des peurs : parce qu’il est difficile de changer et de bousculer ses habitudes. A fortiori lorsqu’on est une entreprise de taille modeste et que l’on tend – consciemment ou non – à se disqualifier sur ce type d’approches. Des approches que l’on peut – à tort – penser réservées à des acteurs de taille industrielle importante et dotés des moyens de repenser/restructurer leur mode de fonctionnement, tant sur le plan technique qu’organisationnel. Au-delà de l’événement que représente en soi la réception du TC130 en France, la conférence du 22 avril s‘attachera donc à démystifier la structuration des normes et déconstruire les peurs qu’elles peuvent susciter, souvent par complexe d’infériorité – ou de supériorité – ou parce que l’on croit qu’elles n’auraient d’utilité qu’à condition d’atteindre une certaine taille critique et/ou de traiter avec une typologie de clients particulière. « L’intérêt principal est le gain de productivité par une mise en couleur plus rapide, la réduction de la gâche (papier, temps machine, retirage etc.) grâce à la maîtrise du process, et in fine, le nerf de la guerre : l’augmentation des points de marge et du bas du bilan en moyenne de 5% (étude UNIC-KEE Consultants-IDEAlliance 2012). Il n’y a pas de taille d’entreprise pour ça, mais plutôt un état d’esprit et une prise de conscience que l’impression est un procédé industriel et non pas une démarche intuitive ou artistique. En tous les cas de figure, et quelle que soit la taille de l’entreprise, la mise en place d’une telle démarche doit être faite petit à petit, il ne faut pas vouloir tout révolutionner du jour au lendemain mais poser une réflexion puis définir un plan d’action qui permet d’avoir des gains rapides (fast wins) à court terme, à moyen terme et à long terme » précisent de concert Christophe Villar (GAC, représentant la France au sein de l’ISO TC 130) et Elie Khoury (Président d’Alwan Color Expertise et de la commission CNTCG de l’AFNOR).

« Les produits qui n’entrent pas dans le champ de la chaîne de production normalisée que ce soit de par leur substrat, leurs encres ou même le rendu spécifique attendu par le client, seront mieux gérés dans une chaine normalisée et maitrisée par les différents acteurs de la chaine de production. »

Standardiser n’est pas uniformiser

Quant à craindre une uniformisation de tout, en conséquence de procédés normalisés déployés chez une majorité d’acteurs, là encore, Christophe Villar tient à déconstruire ce qui selon lui tient du raccourci erroné. « La plupart des commandes aujourd’hui entre dans les standards de la couleur, ces produits peuvent être fabriqués en passant par des processus normalisés et cela permet également de garantir un niveau de qualité. Les produits qui n’entrent pas dans le champ de la chaîne de production normalisée que ce soit de par leur substrat, leurs encres ou même le rendu spécifique attendu par le client, seront mieux gérés dans une chaine normalisée et maitrisée par les différents acteurs de la chaine de production. Ce sont des produits qui peuvent être à forte valeur ajoutée à condition qu’ils soient produits sans surcoût dus à de multiples tentatives pour atteindre le rendu attendu. Les entreprises ont intérêt aujourd’hui à avoir une véritable maîtrise de leurs processus de fabrication pour justement répondre à toutes ces demandes. Normaliser la production permettrait de gagner du temps et de laisser plus de place aux commandes exotiques » explique-t-il, démontrant ainsi que les démarches de normalisation ne tendent pas à traiter de manière indifférenciée n’importe quel travail d’impression, bien au contraire. Autant de points (entre autres) qu’il conviendra d’éclairer au moyen de négociations internationales tenues dans le plus parfait respect des positions des uns et des autres, l’événement portant la responsabilité de réajustements normatifs à même de profiter au collectif, au sens le plus noble qui soit. Dans un contexte parfois confus, évoquant de manière lasse une « inflation des normes » qui aurait pour résultat de complexifier la bonne marche des entreprises, il convient en effet de ne pas confondre les contraintes règlementaires, mues par un intérêt supérieur, avec des normes destinées pour leur part à standardiser des approches productives dans une optique d’optimisation des performances. Et c’est bien en gagnant en efficience productive et qualitative, via des démarches normatives, que l’on se prépare au mieux à répondre aux attendus réglementaires qui ne cessent de toute façon de s’imposer aux entreprises. De sorte qu’en la matière, les contraintes ne s’additionnent pas, elles tendent au contraire à converger pour le mieux. Rendez-vous le 22 avril à Paris pour davantage d’éclairages !

> Programme & inscription < 

La normalisation – gage de qualité pour les donneurs d’ordre et de rentabilité pour les imprimeurs

Rebond(s) – Retrouvez l’ensemble des interventions du Congrès de la Filière Graphique 2025

Après une pause de trois ans, le Congrès de la Filière Graphique reprenait du service le 18 novembre dernier avec la volonté, non pas de rattraper le temps perdu, mais d’analyser les conditions complexes d’un rebond sectoriel protéiforme.

Copyright : David Marmier.

C’était à l’Hôtel de Massa, dans le XIVème arrondissement de Paris, siège notamment de la Société des Gens de Lettres (SGDL) : le Congrès de la Filière Graphique 2025 porté par l’UNIIC, soutenu par la branche via Ambition Graphique et de fidèles partenaires (Lourmel, Konica Minolta, Recmi, Imprim’Vert, l’IDCG ou encore Grenoble INP-Pagora) a fait salle comble en réunissant plus de 110 participants. Il y a notamment été question d’Intelligence Artificielle avec Gregorio Ameyugo (Chef du département robotique et IA du CEA), d’impacts numériques & de métaux/terres rares avec Guillaume Pitron (Journaliste, auteur et chercheur associé à l’Institut des relations internationales et stratégiques – IRIS), de climat économique avec Denis Ferrand (Directeur général de Rexecode) et Paul-Antoine Lacour (Délégué général de la Copacel), de trajectoires climatiques & d’objectifs bas carbone (avec notamment Hughes-Marie Aulanier de l’Institut Carbone 4), d’innovation et de témoignages de terrain ou encore de compétences & conduite du changement en entreprise. Avec une ligne directrice transcendante : construire le rebond collectif. Car il ne s’agit pas simplement de promettre des lendemains économiques qui chantent. Encore faut-il comprendre les soubresauts d’une demande en constante recomposition, distinguer les innovations porteuses des mirages technophiles, se repositionner dans la chaîne des besoins & usages ou encore s’armer pour gagner – encore – en résilience… Rebondir nécessitera davantage que de salvatrices (mais parfois fuyantes) inspirations, il s’agit avant tout d’avoir les idées claires.

Nous vous proposons ci-dessous d’accéder à l’ensemble des interventions qui ont rythmé cette journée, sous forme de podcasts illustrés.

INTRODUCTION DE LA JOURNÉE : Pascal Bovero, Délégué général de l’UNIIC.

UN CONGRÈS DANS UN LIEU CHARGÉ D’HISTOIRE : Patrice Locmant, Directeur général de la Société des Gens De Lettres (SGDL).

NUMÉRIQUE, AUDIO ET PAPIER, LE LIVRE DANS TOUS SES ÉTATS : Christophe Hardy, Président de la SGDL.

REBONDIR ET S’ADAPTER DANS UN MONDE D’INCERTITUDES : Denis Ferrand, Directeur général de l’institut Rexecode.

L’ÉCONOMIE DE LA FILIÈRE DE L’IMPRIMÉ : état des lieux et perspectives d’évolution de la filière papier-carton avec Paul-Antoine Lacour, Délégué général de la Copacel.

TRAJECTOIRES CLIMATIQUES ET OBJECTIFS BAS CARBONE : quelles stratégies d’adaptation pour rebondir ? Hughes-Marie Aulanier (Principal Carbone 4), Matthieu Prevost (Responsable QHSE -UNIIC), Aude Montserrat (Développement et Prescription France – Lenzing Papier GmbH) et Mathilde
Dumonet (Chargée de mission RSE – Paragon Western Europe).

TECHNIQUE & ÉTHIQUE : Exploration du champ des possibles pour humaniser L’IA et en reprendre le contrôle, avec Gregorio Ameyugo (Chef du département IA et robotique du CEA).

PATRICK MARTIN, PRÉSIDENT DU MEDEF : “face aux défis de l’attractivité des métiers, faire
de la jeunesse une grande cause nationale”, déclaration préenregistrée pour le Congrès 2025 de la Filière Graphique.

LE PARI DE LA LOGIQUE COMPÉTENCE POUR GAGNER EN EFFICIENCE ET DURABILITÉ : témoignages d’entreprises accompagnées par l’IDICG. Avec Soasig Larvor (IOV Groupe Imprigraph), Philippe Vanheste (Groupe Prenant), Lucie Barrier (Atelier Saint-Luc) et Baptiste Dupont Grillet (Imprimerie Laville).

ADRESSE DE JACQUES ATTALI SUR LE THÈME : l’imprimé au cœur de l’histoire et de la résilience.

GUILLAUME PITRON (JOURNALISTE, AUTEUR ET DOCUMENTARISTE, CHERCHEUR ASSOCIÉ À L’IRIS, SPÉCIALISTE DES MATIÈRES PREMIÈRES CRITIQUES) : Quelles matérialités derrière la dématérialisation ? Histoire d’un quiproquo. Terres rares et IA générative, retour sur quelques vérités scientifiques.

PARCOURS INNOVATION JAPON : QUELS ENSEIGNEMENTS ET MISES EN PERSPECTIVES ?
Avec les témoignages du pilote projet Hubert Pédurand (Floch & Laballery), Vianney Duhoo (Les Façonnables Hauts-De-France), Alban Pingeot (Imprim’Luxe) et Alain Touminet (Printmodel & Hemeria).

UNIICARE : maintenance machines & collectif.

Noémie Regardin – “Il faut amener les jeunes dans les ateliers”

Cet article, publié ici en avant-première, sera au sommaire du magazine Acteurs de la Filière Graphique n°152.


C’est un petit crève-cœur, mais pour la première fois depuis de nombreuses éditions, Acteurs de la Filière Graphique n’a pas pu couvrir les Finales nationales des Worldskills 2025, qui se sont tenues à Marseille en octobre dernier. Qu’à cela ne tienne, quelques semaines après sa victoire dans la catégorie Imprimerie, nous nous sommes entretenus avec Noémie Regardin, 23 ans aujourd’hui, qui s’était déjà distinguée en 2023 avec une remarquable médaille d’argent. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle a de la suite dans les idées…

Noémie Regardin (représentante des Pays de la Loire), entourée de Killian Fehringer (à gauche, Auvergne-Rhône-Alpes), lauréat 2023, et Tom Krzciuk-Paillot (à droite, Nouvelle-Aquitaine).

Félicitations Noémie pour cette victoire. On a l’impression qu’après ta très belle médaille d’argent en 2023, tu n’étais pas rassasiée. Est-ce que tu as su tout de suite que ce n’était pas suffisant et que tu allais retenter ta chance en 2025 ?

Après les finales 2023, je n’étais plus censée pouvoir concourir à nouveau puisque je dépassais l’âge requis. Mais quelques mois après ma médaille d’argent, j’ai appris qu’ils avaient repoussé la limite d’âge en question et on s’est justement dit avec Killian [Killian Fehringer, lauréat des Finales nationales 2023, NDLR] que c’était l’occasion de refaire la compétition. Il est en tout cas certain que dès que j’ai su que je pouvais tenter à nouveau d’aller chercher l’or, je ne me suis même pas posé la question : il était évident que j’allais réessayer. Une médaille d’argent ne me suffisait pas.

C’est une petite consolation après l’exclusion des métiers de l’imprimerie des compétitions internationales ?

Oui, même si j’ai l’impression que ce sont les métiers qui ont été exclus des compétitions mondiales et/ou européennes qui ont bénéficié de ce rehaussement de l’âge limite de participation. Parce qu’il ne faut pas se cacher que nos métiers peinent un peu plus à avoir des candidats. Il faut se rendre compte que d’autres métiers comme les paysagistes ou les coiffeurs par exemple, ont même des présélections avant les épreuves régionales, tant les candidats sont nombreux.

La France figurait parmi les nations favorites dans le secteur graphique et elle avait plutôt tendance à montrer l’exemple. L’imprimerie ne figure plus parmi les métiers à l’échelon international parce que le seuil de 14 pays participants peinait à être atteint…

Oui, on a le sentiment de faire le maximum pour porter nos métiers en France en motivant d’autres jeunes et c’est forcément rageant de se dire qu’on rate les compétitions internationales parce que d’autres pays ne fournissent plus ces efforts…

“L’impression numérique a pris encore plus d’importance.”

Revenons à ces Finales nationales. Tu avais l’expérience de l’édition 2023, est-ce que l’édition 2025 t’a semblé similaire ou est-ce qu’au contraire tu as senti une évolution dans l’approche des épreuves ?

C’était plutôt différent sur cette édition, pour plusieurs raisons. Déjà j’ai travaillé avec deux experts qui ont deux manières distinctes de penser les épreuves : Dorothée Bouchend’Homme, qui a pris la suite de Dominique Gendre, et Thierry Mack. Et puis surtout, l’impression numérique a pris encore plus d’importance. On m’a dit que c’était déjà le cas en 2023 en comparaison des éditions précédentes, mais cette année c’était encore plus flagrant : nous avons eu cinq épreuves relatives à l’impression numérique et une épreuve offset, qui a dû être annulée en raison d’une panne. C’était certainement la nouvelle la plus triste pour moi, parce que même si je suis tout à fait ouverte au numérique – qui demeure un complément nécessaire – le cœur de nos métiers, ça reste l’offset. Et pour le coup, j’avais eu le temps de faire cette épreuve, la panne est survenue juste après mon passage et ça a été une vraie déception.

Tu avais prévu cette mise en avant de l’impression numérique ? Est-ce que tu t’y étais préparée ?

Oui, au cours d’un stage préparatoire chez Konica Minolta, on avait effectivement anticipé l’importance grandissante de l’impression numérique dans les épreuves et je m’y étais préparée. Il faut dire qu’en revenant sur les intitulés des épreuves des dernières éditions, on voyait bien l’accent mis progressivement sur l’impression numérique. Je dois beaucoup à mon coach, Philippe Tanguy [formateur impression chez Grafipolis, NDLR], qui m’a énormément apporté à la fois sur le plan technique mais aussi sur le plan de la gestion du stress. Et la chance que j’avais, c’est que son oncle a une imprimerie en Bretagne, l’Imprimerie Tanguy située à Pont-l’Abbé. Il se trouve qu’elle est justement équipée d’une Presse Konica Minolta et même si ce n’est pas le même modèle qu’en compétition, j’ai pu me faire la main [RIRES].

Tu es conductrice offset chez Atlantique Impression. Comment ton parcours a été accueilli dans l’entreprise pour laquelle tu travailles ?

J’avais fait un premier stage chez eux dans le cadre d’un BAC Pro en communication visuelle et c’est mon patron qui est revenu vers moi et m’a démarchée suite à ça. C’est ce stage qui m’avait permis de me rendre compte que j’étais davantage attirée par la production et que j’avais envie d’être en atelier, pas devant des ordinateurs. C’est ensuite toujours lui qui m’a poussée à faire les Meilleurs Apprentis de France et quand je lui ai parlé du concours, il m’a soutenue de façon inconditionnelle. Nous sommes une toute petite entreprise – nous ne sommes que trois – et c’est sûr que mon parcours au Worldskills a été une chance pour tout le monde.

“Dans de toutes petites entreprises avec moins de moyens, on doit développer son savoir-faire autrement et j’en suis super fière.”

Ton profil est intéressant à double titre puisque tu es la première fille à remporter le concours, ce qui tend à démontrer que le métier est certainement en train de se féminiser. Par ailleurs, le fait que tu travailles dans une TPE doit également rappeler que l’essentiel du tissu industriel français est constitué de ces toutes petites structures, où l’on trouve donc de grands talents…

Oui, je suis d’accord avec ça et j’ai même un exemple tout bête à mettre en avant. Il se trouve que la dernière épreuve – celle de la recherche de teinte – était la seule où tous les candidats passaient en même temps, alors que nous alternions les épreuves sur les machines. Nous étions côte à côte à rechercher une teinte avec du cyan/magenta/jaune et la consigne était claire : nous n’avions pas le droit d’utiliser un spectrophotomètre. Il fallait travailler à l’œil et demander à mesurer le delta E [soit la mesure de la différence visuelle entre deux couleurs, dans un espace colorimétrique perceptuellement uniforme, NDLR] une fois que nous considérions que c’était OK. J’ai obtenu un delta E de 1,11 et tous les jurés étaient surpris que je tombe si proche, juste à l’œil. Certains m’ont demandé suite à ça quel était mon secret et la vérité, c’est juste que je travaille depuis cinq ans sans spectro’ [RIRES]. Parce que parfois, dans de toutes petites entreprises avec moins de moyens, on doit développer son savoir-faire autrement et j’en suis super fière.

Tu ne peux donc plus reconcourir, mais est-ce que tu as gardé contact avec d’autres compétiteurs, experts, coaches etc. ? Voire, est-ce que tu envisages d’intégrer un jour le staff de l’équipe de France, pour devenir coach toi-même, par exemple ?

Oui, totalement ! Quand on rentre dans la famille Worldskills, on n’a pas du tout envie d’en sortir. Il y a même un contrecoup quand la compétition s’arrête : on sait qu’on ne va pas pouvoir la refaire et personnellement, je me suis toujours dit que je voulais garder un pied dedans. Ça commence en effet par nouer des relations de long terme avec les gens que l’on rencontre, dont nos « adversaires ». Avec Killian on a gardé un très bon contact et ça concerne même plus globalement toute l’équipe régionale notamment. Quant aux Worldskills et la suite que j’imagine possible, j’aimerais d’abord commencer en tant qu’ambassadrice pour témoigner et mettre en avant le concours. Et petit à petit, je verrai comment je peux essayer d’intégrer les jurés régionaux.

“Je suis bien placée pour dire que c’est souvent en étant face aux machines que l’on se rend compte que ça nous plaît…”

Il y a de vifs débats qui secouent nos métiers sur la question de l’attractivité du secteur graphique. Comment est-ce que tu perçois la difficulté croissante des entreprises à attirer et recruter ?

J’admets que pour ma part, je ne me reconnais pas toujours dans ce qui attire les gens de mon âge. J’ai un compagnon qui est agriculteur et je pense que lui comme moi, on a une vraie sensibilité pour l’artisanat et les métiers de mains. C’est vrai que c’est un trait de caractère qu’on retrouve peu chez les jeunes que l’on peut côtoyer. Le fait que le numérique commence à s’imposer, y compris dans nos métiers, à la fois ce n’est pas forcément ce que je préfère – comme je l’ai déjà dit, je suis plus sensible aux techniques traditionnelles – mais c’est aussi sûrement l’opportunité de donner une image plus moderne et attractive de nos métiers. L’autre enjeu, je pense, c’est d’arriver à créer des rencontres. Je suis bien placée pour dire que c’est souvent en étant face aux machines que l’on se rend compte que ça nous plaît… Je sais que c’est plus facile à dire qu’à faire, mais il faut essayer de créer ces moments en amenant les jeunes dans les ateliers. C’est là que peuvent se produire de belles surprises, parce que c’est un métier de passion. Mais il faut le vivre pour le comprendre, en parler ne suffira jamais.

Et l’Intelligence Artificielle ? Comment est-ce que tu imagines l’avenir de ton métier au regard de ce qui se passe autour de l’IA aujourd’hui ? Est-ce que tu te sens directement concernée par les impacts que cela peut générer sur la façon de produire ?

Il est certain que le prépresse est déjà complètement impacté. On voit de plus en plus de clients utiliser l’IA pour des créations de fichiers, mais j’admets que même pour quelqu’un de jeune comme moi, on a du mal à réaliser exactement ce qui va se passer. Ce que je peux dire, c’est que je nous imagine mal y échapper : ce n’est pas une perspective qui me rend très enthousiaste, mais je me fais à l’idée que nos métiers composeront avec l’IA également, jusque dans les ateliers de production. Mais encore une fois, je fais le parallèle avec le développement des technologies numériques dans nos métiers : c’est une façon de faciliter le travail de production et on a peut-être besoin de se rendre plus accessibles.

La famille UNIIC s’est agrandie

Florentin Lavaud occupe depuis maintenant près de six mois le poste de Responsable des affaires économiques pour l’UNIIC. C’est donc un portrait certes un peu tardif que nous publions ici, mais qui nous permet de donner un plus large aperçu des chantiers dans lesquels il est aujourd’hui déjà intensément plongé…

Diplômé du Trinity College de Dublin et de l’ENSAE Paris, passé par une start-up spécialisée dans la finance appliquée en stage de fin d’études, puis cofondateur d’un moteur de recherche intelligent dédié à la mode, Florentin Lavaud ne semblait pas forcément prédestiné à une carrière dans les Industries Graphiques. Mais il l’assure, son goût prononcé pour le papier et la lecture l’a poussé à opérer un petit virage professionnel, qui n’arrive donc pas tout à fait par hasard. C’est ainsi que les missions sur lesquelles il s’est investi ces derniers mois auront déjà largement eu de quoi nourrir sa curiosité naturelle, pour ce qui commence à dessiner un pôle « Economie & Statistiques » aux contours très étendus, avec déjà quelques livrables en ligne de mire :

– Une enquête Annuelle de Production : élaboration en cours d’une photographie complète et actualisée des moyens de production des entreprises.

– Un tableau de bord : création d’une interface intuitive permettant aux adhérents de consulter et exploiter les chiffres clés du secteur.

– Imprim’Emploi : cartographie des besoins en recrutement et identification des profils les plus recherchés.

– Cyber’Print : mise en place d’une offre dédiée à la cybersécurité afin de renforcer la résilience du secteur.

Des approches à la fois plurielles et exigeantes, qui nécessitent de recueillir et travailler des données sensibles, dans un contexte de concentration progressive de l’activité. C’est d’ailleurs pourquoi il importe, plus que jamais, d’y voir clair.  « Et Les facteurs d’évolution à analyser sont nombreux » relève-t-il, citant notamment « les efforts de recherche & développement, des tendances de concentration et de rationalisation (…), les effets du développement durable (éco-conception, empreinte carbone, RSE et nouveaux modes de production) ou encore l’impact des innovations technologiques en cours ».

D’ici à pouvoir dresser des scénarios prospectifs à horizon 2030, la route est encore longue, mais l’objectif est clair : il s’agit de se doter des outils économiques et statistiques suffisamment fiables et solides pour construire des plans d’action éclairés, pertinents et accessibles, moyennant – toujours – des énergies collectives que l’UNIIC s’emploie à mobiliser. A ce titre, nous devions nous renforcer et l’arrivée de Florentin Lavaud atteste de la meilleure des manières de nos ambitions en ce domaine.

contact – florentin.lavaud@uniic.org

Information : Nouvelle classification des emplois & qualifications

L’UNIIC vous propose un programme d’information consacrée à la mise en application de la nouvelle classification des emplois et des qualifications.

Japan Innovation Tour – Session 2025

Devant le succès remporté par la précédente session de notre voyage d’étude au Japon qui s’était tenu du 7 au 14 décembre 2024, nous relançons une nouvelle session ajustée avec une visite de nouveaux centres d’innovation de fournisseurs qui compléteront la liste exceptionnelle de ceux qui avaient participé à l’enrichissement de cette précédente visite, riche en découvertes et en leçons pour l’imprimerie du futur (relire notre synthèse).
Avant même de lancer les préinscriptions, nous enregistrions des demandes d’entreprises que nous n’avions pas pu inclure dans notre précédent voyage faute de places.
Plusieurs modifications ont été négociées par l’UNIIC pour ce nouveau parcours qui se tiendra du 27 septembre au 4 octobre.
Parmi ces adaptations qui font sens, figure la visite de quatre pavillons de l’exposition universelle à Osaka qui sont consacrés à l’innovation technologique, aux solutions numériques avancées, aux encres écologiques, aux impressions fonctionnelles, aux start-ups de l’imprimerie mais aussi à l’histoire de l’imprimerie et des estampes notamment.
Cette opportunité sera le “must” de ce parcours qui entre dans notre stratégie de rendre accessibles les innovations disruptives portées par un pays et une culture qui sont à la source de nouveaux modèles.

D’un point de vue pratique inscrivez vous au plus vite par le biais du formulaire mis à votre disposition, sachant que le reste à charge pour les entreprises est très modéré par rapport au coût réel de cette initiative, qui fait le pari de l’excellence comme nous avons su le faire pour la Drupa ou les Hunkeler Innvations days.
Il est important de rappeler que ce parcours est cofinancé par l’UNIIC, les entreprises et Ambition graphique sur des fonds développement innovation exclusivement dédiés à ces accompagnements et non sur des fonds de formation.
Il n’y a donc aucune amputation des droits des entreprises tant sur la formation que le développement.

Pascal Bovero, Délégué général de l’UNIIC

Pour vous préinscrire, merci de remplir ce formulaire. Notez qu’en raison de places limitées, deux participants par entreprise maximum seront autorisés. Quiconque a déjà participé à la précédente session de ce voyage n’est pas autorisé à se réinscrire. Vous pourrez par ailleurs être mis sur liste d’attente, si le plafond de préinscriptions est atteint au moment de votre demande.

Le 20 Juin prochain, l’UNIIC vous convie en région Centre-Val de Loire pour parler (notamment) de la nouvelle classification des emplois et des qualifications

Le président de l’UNIIC Centre, Sébastien Lemaire, a pris l’initiative d’organiser une réunion d’information dont l’un des points de l’ordre du jour sera consacré à la mise en application de la nouvelle classification des emplois et des qualifications, ainsi qu’à l’accord paritaire portant sur un dispositif sectoriel d’activité partielle longue durée.

En ce qui concerne la nouvelle classification, les deux négociateurs de l’UNIIC (Iris Delloye et Pascal Bovero) vous aideront à vous approprier la méthode procédant de ce texte, afin de sécuriser vos approches en matière de définition des emplois et à les coter dans la grille applicable à l’ensemble des entreprises du secteur.

“Vu l’importance du sujet, j’ai souhaité associer deux représentants syndicaux qui se sont investis dans ce chantier qui en appelle d’autres” précise Pascal Bovero, à savoir “les deux chefs de file représentant la FILPAC CGT (Eric Martin) et la F3C CFDT (David Letailleur)”. Afin de vous aider à répondre aux principales questions engendrées par ce texte de référence et prendre en compte toutes les spécificités, l’UNIIC remettra aux participants une foire aux questions/réponses qui illustre le guide paritaire d’explication, lequel vous sera remis sur place.
Cette réunion permettra aussi d’organiser un échange entre des entreprises aux activités multiples, de la TPE à L’ETI, du rotativiste Labeur à l’imprimeur numérique grand format, de l’offsettiste à l’imprimeur d’étiquettes, du sérigraphe au façonnier etc.

Pour illustrer l’accord paritaire et répondre à vos questions, nous vous proposons le programme suivant :

16h/16h30 : Accueil des participants par le Président de l’UNIIC Centre

16h45 : La classification, un outil de pilotage des compétences

– Présentation des 4 intervenants

– Fondement de la nouvelle classification et méthode (différence avec l’ancien texte, définition des emplois repères, définition et utilisation des critères classants, évaluation des emplois etc.)

Les cas spécifiques :

– Les ex IDCC 614 (Sérigraphie dont l’entier de la convention collective a fusionné avec l’imprimerie de Labeur).

– Reliure brochure dorure (dont la spécificité faisait l’objet d’un avenant lié au code naf 18-14 Z).

Et demain ? La convergence des outils, des compétences, de la gestion des flux se traduira-t-elle pour une classification adaptée à une communication multi procédés et multi produits agnostique par rapport aux spécificités métiers ?

Pour vous inscrire : merci de nous retourner ce coupon-réponse

Ouvert aux entreprises adhérentes ou non à l’UNIIC, l’événement vous propose d’assister au programme décrit ci-dessus le vendredi  20 juin dans les anciens locaux de l’imprimerie TRANSPRINT à La Riche (37520). Réponses attendues avant le 13 juin.

Retour sur la diffusion du film “Une fibre vous parle”

Diffusé en avant-première le 3 février dernier, le film “Une fibre vous parle”, réalisé par Jean Desmaison, commenté par François Berléand à la voix off et porté par le collectif du Cercle d’Alliés (auquel se sont joint l’UNIIC, Pub Audit, la Copacel, Two Sides, Culture Papier, Médiaposte, Federec etc.) s’est voulu, en une petite demi-heure, procéder à quelques mises au point : rappeler l’importance socioculturelle écrasante du papier, faire état de ses nombreux atouts écoresponsables et souligner ses efforts continus en la matière, en repréciser les bienfaits cognitifs essentiels face à l’emprise grandissante des écrans, ou encore apporter d’autres éclairages face aux discours qui acteraient de ses archaïsmes prétendus.

A l’heure où nous écrivons ces lignes, ledit film fait encore l’objet de tractations pour des diffusions ultérieures, sur des médias grand public qui restent à déterminer. Raison pour laquelle nous ne pouvons encore en partager le contenu (mais comptez évidemment sur nous : nous nous ferons le relai des canaux adéquats dès que possible). En revanche, sa prime diffusion a donné lieu à une demi-journée d’échanges précieux, rythmés par trois tables rondes dont nous vous laissons ci-dessous les captations vidéo.

Première table ronde : L’intégration de la valeur environnementale au cœur de la filière papier (de la forêt au recyclage).

Mme Muriel CANIEZ, Directrice du bureau de vente France et Bénélux, NORSKE SKOG
M. Maxime CHAUMET, Directeur Général de France Bois Forêt
M. Jan LE MOUX, France Country Manager de Two Sides
M. Stéphane PANOU, Président filière Papiers Cartons FEDEREC, Directeur Département Négoce et Valorisation Matières PAPREC GROUP
M. Matthieu PREVOST, Directeur du département QHSE et RSE UNIIC
M. Philippe VANHESTE, Directeur Général Adjoint Groupe PRENANT

Deuxième table ronde : Le rôle social du papier

M. Fabrice BAK, fondateur et directeur du 1er cabinet français de consultation en psychologie cognitive appliquée
M. Pierre BARKI, Président CULTURE PAPIER
M. Laurent DE GAULLE, fondateur et ancien Président CULTURE PAPIER
M. Hubert PEDURAND, Directeur Général du groupe LABALLERY, Président de l’imprimerie FLOCH et membre exécutif de l’UNIIC.

Troisième table ronde : Dynamiques locales : commerce, consommation raisonnée et réfléchie – le papier pour un marketing porteur de sens et d’avenir

M. Arnaud DUBIN, Directeur commercial et marketing associé PUB-AUDIT
M. Alban DUCHEMIN, Directeur général NANOTERA
Mme Nathalie GRAND-CLEMENT, Directrice générale CENTRAKOR
M. Hubert LECHAT, Président HYPER U Evron & Binôme Achat Non Marchand – Communication TRACT à la coopérative
M. Ulbe JELLUMA, Directeur général Europe PRINT POWER
M. Jean-Marc MEGNIN, expert retail