Congrès UNIIC : une dimension européenne

Plus encore lorsqu’une filière travaille en profondeur à sa recomposition (technologique, stratégique, industrielle…), échanger est une vertu. C’était là tout le sens du discours inaugural de Jacques Chirat, Président de l’UNIIC, lequel se réjouissait notamment de la présence de Cees Verweij, Président à la fois d’Intergraf et du KVGO – cousin Hollandais de l’UNIIC – pour dépasser l’approche franco-française et osciller entre constats partagés à l’échelle européenne et spécificités nationales…

« Quand je lis le programme de votre Congrès, je peux vous confirmer que vos sujets sont aussi les nôtres » nous assure d’emblée Cees Verweij, tout nouvellement promu à la tête d’Intergraf, organisme qui regroupe les principales instances graphiques en Europe (soit 21 fédérations issues de 19 pays) et qui porte donc la mission délicate (mais primordiale) d’en promouvoir et relayer les intérêts. Ce sont ainsi non moins de 119 000 entreprises, 628 000 salariés et 79 milliards d’euros de CA que représente aujourd’hui Intergraf, notamment à Bruxelles auprès de la Commission Européenne, dans un contexte post-crise encore sensible…

Jacques Chirat, Président de l’UNIIC.

Cees Verweij, Président à la fois d’Intergraf et du KVGO, lors de son intervention pour le Congrès de l’UNIIC.

Conjuguer la crise au passé

« Nous voulons tous dépasser ces années moroses. C’est une volonté commune à tous nos adhérents, dans toute l’Europe. Cette morosité s’est caractérisée par un CA décroissant, baissant de 23 % depuis l’an 2000 » confirme-t-il sans surprise, même si cette tendance ne s’est étrangement pas traduite par une baisse continue du nombre de sites d’impression répertoriés, les dynamiques ayant été plus fluctuantes et inégalitaires selon les pays. C’est en revanche en termes de baisse des effectifs salariés que les difficultés du secteur sur la période étudiée prennent un tour absolument criant : « Entre 2000 et 2014, l’emploi en Europe dans les Industries Graphiques a décru de presque 34 % » confirme en effet Cees Verweij, non sans manquer de souligner que des signes de stabilisation commencent toutefois à poindre : « Certains pays nous font observer une reprise des investissements, notamment en Belgique, en Hongrie ou en Lettonie ». Une reprise toutefois freinée par une pénurie de main d’œuvre qualifiée relativement nouvelle et dommageable, que le Président d’Intergraf identifie comme la résultante d’une image des métiers des industries graphiques profondément dégradée. « On a de plus en plus de mal à trouver des gens capables de conduire nos machines » regrette-t-il en effet, le phénomène n’épargnant à peu près personne en Europe, même si quelques réactions éparses ont été engagées, ou sont sur le point de l’être… « Une campagne de communication visant à redorer l’attractivité du secteur est sur le point d’être lancée en Allemagne. Une autre intitulée ‘Print is your future’ a été déployée en Hongrie » illustre-t-il effectivement, même si susciter les appétences suppose de dépasser la seule nécessité de mieux communiquer, pour construire et mettre en avant de nouvelles compétences. Cette dimension « formation & compétences » faisait d’ailleurs l’objet d’une table ronde dédiée durant ce Congrès (nous y reviendrons au sein d’un article spécifique, ndlr), en présence notamment de Béatrice Klose, secrétaire générale d’Intergraf.

Les signes d’un rétablissement ?

« Pour certains, la reprise passera par une hausse des exportations, notamment dans les pays Baltes qui trouvent dans les pays scandinaves des marchés importants. C’est notamment le cas en Suède, qui a vu son niveau d’importation en provenance des pays Baltes augmenter drastiquement depuis 2000 » développe Cees Verweij, qui commence là à dessiner différentes dynamiques et différents besoins en fonction des zones d’activité considérées, au-delà des phénomènes englobants déjà évoqués. Mais rares sont les phénomènes de reprise à être strictement localisés, le cas du livre illustrant une dynamique de ventes à la hausse largement transnationale : « Il y a une reprise d’ampleur importante dans le secteur du livre. Au Royaume-Uni les ventes de livres imprimés ont augmenté de 8 % et celles des ebooks baissé de 3 % en 2016. Nous observons ces tendances à la hausse dans différents pays et en moyenne, la production européenne a augmenté de 5 % en 2015 ». Autre indice de la vivacité du marché du livre : le nombre d’exemplaires imprimés, malgré la baisse du tirage moyen, « a explosé de près de 30 % entre 2014 et 2015, selon les éditeurs Européens » précise Cees Verweij. Enfin, même si la tendance est plus atypique – mais peut-être augure-t-elle d’un effet d’entraînement à d’autres pays – l’Allemagne enregistre une hausse de 2,6 % des dépenses publicitaires sur support imprimés en 2016, repassant même au-dessus du niveau de 2012. Autant d’indices qui convergent vers une stabilisation de la production encore fragile mais envisageable à moyen terme, à condition de ne pas faillir collectivement… « Intergraf, c’est la voix de nos métiers à Bruxelles. Sur des sujets aussi divers que l’émission de COV (composés organiques volatils), la préservation d’un taux de TVA réduit pour le Livre, l’économie circulaire ou la problématique des huiles minérales dans les emballages alimentaires, nous avons un rôle clé à jouer » plaide Cees Verweij, citant dans la foulée un exemple concret… « Le 25 mai 2018, un nouveau règlement sera d’application obligatoire dans tous les pays de l’Union Européenne pour les entreprises traitant des données à caractère personnel. Notre secteur est donc concerné au plus haut point. Intergraf travaille depuis plusieurs années sur ce dossier, quand il était encore en discussion au sein des instances européennes. L’objectif aujourd’hui est d’aider nos entreprises à comprendre les implications de ce nouveau cadre juridique et à s’y conformer » fait-il savoir, persuadé qu’une « Europe graphique solide et pérenne » passe effectivement par les synergies du collectif…

Les marchés publicitaires repartent à la hausse, malgré des réalités contrastées

l’IREP et France Pub ont respectivement présenté les chiffres relatifs aux recettes et aux investissements de l’ensemble des marchés publicitaires sur l’année 2016.

 

Recettes publicitaires des médias : 0 %

Investissements de communication des annonceurs : + 1,5 %

Si une vue globale laisse donc apercevoir une croissance retrouvée, c’est sans surprise le digital qui tire l’ensemble vers le haut, les dynamiques demeurant notamment compliquées pour la Presse (recettes en baisse de 6,7 %, la PQN accusant une chute sévère de ses recettes publicitaires à  – 11,4 %).
A contrario, poussée par le mobile, les réseaux sociaux et la publicité programmatique, le segment « Display » (publicité online ayant recours à des éléments graphiques ou vidéo) affiche une hausse de 14,5 % de ses recettes (le segment « Search » progresse quant à lui à + 4,3 %).

Notons quand même l’excellente tenue du marketing direct, qui représente encore en volume le quart des investissements publicitaires, alors que comme le rappelle Xavier Guillon (France Pub), « On annonçait partout sa mort il y a quelques années ».

Dans la foulée de perspectives dressées jusqu’à 2020, Xavier Guillon se risquant à parier sur environ « 3 % de croissance », le parallélisme de la santé des marchés publicitaires avec le PIB justifiait l’intervention d’Eric Heyer (Directeur du département Analyse et prévision de l’OFCE), qui s’est livré à une longue analyse des mouvements économiques en zone Euro. Estimant notamment que « La zone Euro est la seule à avoir fait de l’austérité depuis 2011 », il affirme que « la grande récession n’est pas finie » et que « l’Allemagne ne peut pas être un modèle pour tout le monde. Tout le monde ne peut pas avoir leurs excédents commerciaux, car c’est un jeu à somme nulle : les excédents des uns génèrent les déficits des autres ». Une façon d’amener une conclusion en forme de remise en cause des modèles de croissance à tout prix, qu’il estime « nous mener droit dans le mur, au moins d’un point de vue écologique ».

Pour retrouver l’ensemble des chiffres par marché, l’UNIIC étant par ailleurs partenaire de l’événement, nous vous invitons à télécharger le communiqué de Presse édité par l’IREP et France Pub.

Une étude sur la réalisation d’ouvrages semi-complexes

Après la grande étude « Imprimer en France, l’avenir de la filière livre », l’UNIIC et l’IDEP ont décidé de creuser d’avantage le segment éditorial des livres semi-complexes, dont une grande partie est destinée aux enfants.

En effet, plus aucun de ces titres n’est fabriqué en France. A qui la faute ? Si faute il devait y avoir, elle est partagée entre imprimeurs et donneurs d’ordres ! Les sirènes asiatiques ont bien résonné ces vingt dernières années pour attirer la fabrication de ces ouvrages vers des pays à faible coût de main d’œuvre.

Mais les temps changent et les salariés lointains acquièrent des droits et leurs salaires augmentent, les cours des monnaies évoluent, laissant une ouverture dans laquelle il faut explorer les possibilités de « rapatriement ».

C’est ainsi qu’est née cette étude, devant se boucler fin octobre, pour évaluer l’opportunité de créer un regroupement d’imprimeurs-façonniers agissant conjointement pour apporter une offre nouvelle et française aux éditeurs de livres pour enfants, et plus largement d’ouvrages semi-complexes.

Plus de détails très bientôt…

Imprimer en France : L’avenir de la Filière Livre

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