“Uniicare, ce n’est pas simplement assurer la maintenance des machines, c’est accompagner la productivité des entreprises”

Destiné aux imprimeurs et façonniers, le dispositif collectif Uniicare s‘attache à assurer une maintenance sur des matériels souvent hors garantie, dans un contexte où les pannes coûtent très cher. Pierre après pierre et suite à une phase pilote qui aura confirmé des fragilités structurelles récurrentes, le projet entend permettre davantage que le bon fonctionnement des machines : il s’agit d’accompagner la productivité des entreprises, sur la base de diagnostics qui couvrent tout une batterie de besoins complémentaires : réparation, fourniture de pièces détachées, manutention/transport, formation des équipes, estimation de la valeur des équipements etc.

“L’objectif : mettre à disposition un réseau géolocalisé, pour intervenir dans les entreprises sur des matériels défaillants et/ou faire de la maintenance préventive.”

Au gré d’un diagnostic initial qui a confirmé un besoin chronique d’aide à la maintenance des matériels graphiques, l’UNIIC s’est entourée de la société Coci, spécialiste de l’achat/revente d’équipements de seconde main pour les imprimeurs & façonniers, pour constituer une équipe d’intervention et proposer des solutions de proximité. L’objectif : mettre à disposition un réseau géolocalisé, pour intervenir dans les entreprises sur des matériels défaillants et/ou faire de la maintenance préventive. Sur des machines qui n‘étaient effectivement plus couvertes par des contrats de maintenance fournisseurs, il a été constaté une forme de débrouille consistant à solliciter des opérateurs diversement compétents en interne, des mécaniciens non spécialisés ou encore des retraités appelés à la rescousse. « Ça ne pouvait pas durer » souffle Hubert Pédurand, pilote de l’opération pour l’UNIIC, qui ne manque pas de rappeler que « de pareilles fragilités structurelles pèsent évidemment sur les comptes de l’entreprise ».

En finir avec le coup de la panne ?

« Les entreprises qui adhèrent à Uniicare vont décrire des pannes et/ou exprimer des besoins. Dès lors, avec Coci, il s’agira d’identifier les techniciens de proximité en capacité d’intervenir, en fonction de leurs compétences. Parce que selon qu’on aura besoin d’une intervention sur une solution de mouillage, sur la mécanique d’une presse ou sur du matériel de découpe, il faudra mobiliser les personnes compétentes. Le but, c’est donc d’avoir une vaste cartographie d’entreprises adhérentes et d’y greffer au plus proche, comme sur Google Map, des gens capables d’intervenir au plus vite et au meilleur coût » nous explique Hubert Pédurand. Autrement dit, le réseau Uniicare vise à fonctionner comme une application qui mettrait en relation un besoin (une panne, typiquement), avec sa solution la plus proche. L’outil Uniicare, à l’image des écosystèmes numériques en ligne dont il s’inspire, aura ainsi vocation à gagner en pertinence à mesure que ses bases de données s’étofferont, ce qui en fait en soi une arme collective : car il s’agit bel et bien de pérenniser à terme des infrastructures métier à l’échelon national, en répondant au cas par cas à des demandes spécifiques, en mobilisant des énergies locales. Le maillage est en cours (quatre régions test ont été choisies pour un premier déploiement : Grand Est, Pays de la Loire, Bourgogne–Franche-Comté et Rhône-Alpes) et à de nombreux égards, il est prometteur.

L’UNIIC s’est entourée de la société Coci, spécialiste de l’achat/revente d’équipements de seconde main pour les imprimeurs & façonniers, pour constituer une équipe d’intervention et proposer des solutions de proximité.

“Uniicare est un dispositif collectif, dont la granularité grandissante fera la force.”

Prévenir, optimiser & guérir

A date, Uniicare peut intervenir sur des presses offset feuille, des rotatives et des équipements de finition. Et il s’y emploie avec l’idée de grandir vite… « L’industrie graphique fait aujourd’hui face à une équation inédite : des outils de production qui se renouvellent de moins en moins, des coûts en hausse et une pression constante sur les marges. Dans ce contexte, la compétitivité ne repose plus uniquement sur l’investissement, mais sur la capacité à tirer le maximum de valeur des outils existants. C’est précisément dans cette logique que s’inscrit le programme Uniicare, qui change aujourd’hui d’échelle avec l’intégration de 34 nouveaux sites et la structuration d’un parc de plus de 700 machines référencées » détaille Hubert Pédurand. Un travail qui a déjà permis de documenter l’âge des équipements concernés, différents types de pannes et/ou de dysfonctionnements identifiés sur ces matériels et la fréquence des interventions. Autant de données précieuses auxquelles les entreprises qui adhèrent à Uniicare ont accès, de manière à bénéficier d’une vue d’ensemble de leur parc, en temps réel et de façon dynamique. « A terme, l’UNIIC veut constituer une giga-base de données avec 300 entreprises partenaires. Et nous voulons aller plus loin que ce que nous avons aujourd’hui dans des ERP. Uniicare, ce n’est pas simplement assurer la maintenance des machines, c’est accompagner la productivité des entreprises. Cela concerne tant l’organisation des flux de production qu’un soutien ponctuel en cas d’absence ou de maladie » poursuit Hubert Pédurand, qui souligne par ailleurs que « des constructeurs ont dit être intéressés pour intégrer Uniicare, ce qui pourrait nous permettre demain d’inclure dans le scope aussi des machines sous garantie. Car les fournisseurs eux-mêmes sont parfois démunis en termes de techniciens disponibles et c’est là qu’un outil mutualisé et centralisé aurait du sens ». En cela, il faut le redire : Uniicare est un dispositif collectif, dont la granularité grandissante fera la force.

“Remise à niveau des équipements vieillissants, réduction des arrêts non planifiés, amélioration des cadences réelles, diminution des rebuts. Dans un environnement où les volumes baissent, chaque point de rendement récupéré devient de la marge brute supplémentaire.” (Hubert Pédurand – Pilote de projet)

Hubert Pédurand (UNIIC) et Etienne Chartier, PDG de Brochage 3000.

De l’ambition à revendre

S’il y a une appétence d’ores et déjà mesurable pour le programme Uniicare, c’est probablement parce que la question technique sous-tend en réalité bien d’autres leviers de redressement majeurs. « Il y a d’abord ce que j’appelle le FER (Facteur d’Efficacité de Rendement), qui devient le premier levier de compétitivité : remise à niveau des équipements vieillissants, réduction des arrêts non planifiés, amélioration des cadences réelles, diminution des rebuts. Dans un environnement où les volumes baissent, chaque point de rendement récupéré devient de la marge brute supplémentaire. L’entretien n’est plus un coût : c’est un investissement immédiat dans la performance » illustre Hubert Pédurand, qui ne s’arrête pas là. « Le deuxième enjeu est humain. La filière souffre d’un déficit d’attractivité, directement lié à une érosion des salaires et à une perte de reconnaissance des savoir-faire. Uniicare agit sur ce levier en structurant la transmission des compétences avec l’aide des programmes de formation sur site pilotés par les équipes de Richard Navez à l’IDICG, accompagnant la montée en expertise des équipes, redonnant de la valeur aux métiers techniques. Car la réalité est claire : sans compétence, pas de performance » ajoute-t-il. De la même manière, un matériel rutilant ne fait pas tout : « Une machine performante dans un flux désorganisé reste inefficace. Uniicare vise donc à réduire les temps morts, optimiser les enchaînements de production, mieux synchroniser les ateliers et sécuriser les approvisionnements. Il s’agit de réaligner l’ensemble de la chaîne de production » conclue-t-il, dans ce qui dessine une trajectoire à la fois technique, opérationnelle et stratégique d’ampleur collective, par le biais d’interventions au cas par cas, sur le terrain. Le début du chemin est plein de promesses et gageons que cette opération ne manquera pas de refaire parler d’elle très vite.

 

UNIICARE recherche en permanence des techniciens de maintenance, des entreprises spécialisées, des indépendants ou auto-entrepreneurs sur l’ensemble du territoire, afin de constituer un maillage national dense et de réduire significativement les coûts intermédiaires (déplacements, logistique, frais annexes, etc.).

Les candidatures peuvent être adressées au directeur du programme UNIICARE : hubert.pedurand@uniic.org.

INONDATIONS – L’UNIIC mobilisée pour vous accompagner

Plusieurs régions, qui sont autant de bassins graphiques, sont frappées depuis plusieurs semaines par des intempéries (pluies, vents, montée des eaux) menaçant des habitations mais aussi des sites industriels, des TPE de territoires notamment en Gironde, en Maine-et-Loire, en Grand Ouest etc.

Tout chef d’entreprise et donc tous les imprimeurs de proximité confrontés à ces sinistres, doivent savoir que, fidèle à sa mission, l’UNIIC est à leur cotés pour recenser leurs besoins immédiats, servir d’intermédiaires lorsque les assureurs tardent à prendre en compte la spécificité des dommages, contestent parfois l’évaluation de l’assiette de la perte d’exploitation etc.

Au-delà des dispositions spécifiques qui viennent d’être prises par l’Urssaf, qui a acté de la possibilité de reporter les échéances de cotisations, notre caisse professionnelle (Lourmel) est aussi a même d’apporter aide et assistance, en coordination avec l’UNIIC.

Au sein des régions particulièrement touchées, nos relais territoriaux ont vocation à nous faire remonter toute information utile pour recenser et qualifier les préjudices subis. Nous pouvons aussi, lorsque c’est nécessaire, vous accompagner sur les rapporta avec les Dreets sur la mise en œuvre de l’activité partielle.

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Noémie Regardin – “Il faut amener les jeunes dans les ateliers”

Cet article, publié ici en avant-première, sera au sommaire du magazine Acteurs de la Filière Graphique n°152.


C’est un petit crève-cœur, mais pour la première fois depuis de nombreuses éditions, Acteurs de la Filière Graphique n’a pas pu couvrir les Finales nationales des Worldskills 2025, qui se sont tenues à Marseille en octobre dernier. Qu’à cela ne tienne, quelques semaines après sa victoire dans la catégorie Imprimerie, nous nous sommes entretenus avec Noémie Regardin, 23 ans aujourd’hui, qui s’était déjà distinguée en 2023 avec une remarquable médaille d’argent. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle a de la suite dans les idées…

Noémie Regardin (représentante des Pays de la Loire), entourée de Killian Fehringer (à gauche, Auvergne-Rhône-Alpes), lauréat 2023, et Tom Krzciuk-Paillot (à droite, Nouvelle-Aquitaine).

Félicitations Noémie pour cette victoire. On a l’impression qu’après ta très belle médaille d’argent en 2023, tu n’étais pas rassasiée. Est-ce que tu as su tout de suite que ce n’était pas suffisant et que tu allais retenter ta chance en 2025 ?

Après les finales 2023, je n’étais plus censée pouvoir concourir à nouveau puisque je dépassais l’âge requis. Mais quelques mois après ma médaille d’argent, j’ai appris qu’ils avaient repoussé la limite d’âge en question et on s’est justement dit avec Killian [Killian Fehringer, lauréat des Finales nationales 2023, NDLR] que c’était l’occasion de refaire la compétition. Il est en tout cas certain que dès que j’ai su que je pouvais tenter à nouveau d’aller chercher l’or, je ne me suis même pas posé la question : il était évident que j’allais réessayer. Une médaille d’argent ne me suffisait pas.

C’est une petite consolation après l’exclusion des métiers de l’imprimerie des compétitions internationales ?

Oui, même si j’ai l’impression que ce sont les métiers qui ont été exclus des compétitions mondiales et/ou européennes qui ont bénéficié de ce rehaussement de l’âge limite de participation. Parce qu’il ne faut pas se cacher que nos métiers peinent un peu plus à avoir des candidats. Il faut se rendre compte que d’autres métiers comme les paysagistes ou les coiffeurs par exemple, ont même des présélections avant les épreuves régionales, tant les candidats sont nombreux.

La France figurait parmi les nations favorites dans le secteur graphique et elle avait plutôt tendance à montrer l’exemple. L’imprimerie ne figure plus parmi les métiers à l’échelon international parce que le seuil de 14 pays participants peinait à être atteint…

Oui, on a le sentiment de faire le maximum pour porter nos métiers en France en motivant d’autres jeunes et c’est forcément rageant de se dire qu’on rate les compétitions internationales parce que d’autres pays ne fournissent plus ces efforts…

“L’impression numérique a pris encore plus d’importance.”

Revenons à ces Finales nationales. Tu avais l’expérience de l’édition 2023, est-ce que l’édition 2025 t’a semblé similaire ou est-ce qu’au contraire tu as senti une évolution dans l’approche des épreuves ?

C’était plutôt différent sur cette édition, pour plusieurs raisons. Déjà j’ai travaillé avec deux experts qui ont deux manières distinctes de penser les épreuves : Dorothée Bouchend’Homme, qui a pris la suite de Dominique Gendre, et Thierry Mack. Et puis surtout, l’impression numérique a pris encore plus d’importance. On m’a dit que c’était déjà le cas en 2023 en comparaison des éditions précédentes, mais cette année c’était encore plus flagrant : nous avons eu cinq épreuves relatives à l’impression numérique et une épreuve offset, qui a dû être annulée en raison d’une panne. C’était certainement la nouvelle la plus triste pour moi, parce que même si je suis tout à fait ouverte au numérique – qui demeure un complément nécessaire – le cœur de nos métiers, ça reste l’offset. Et pour le coup, j’avais eu le temps de faire cette épreuve, la panne est survenue juste après mon passage et ça a été une vraie déception.

Tu avais prévu cette mise en avant de l’impression numérique ? Est-ce que tu t’y étais préparée ?

Oui, au cours d’un stage préparatoire chez Konica Minolta, on avait effectivement anticipé l’importance grandissante de l’impression numérique dans les épreuves et je m’y étais préparée. Il faut dire qu’en revenant sur les intitulés des épreuves des dernières éditions, on voyait bien l’accent mis progressivement sur l’impression numérique. Je dois beaucoup à mon coach, Philippe Tanguy [formateur impression chez Grafipolis, NDLR], qui m’a énormément apporté à la fois sur le plan technique mais aussi sur le plan de la gestion du stress. Et la chance que j’avais, c’est que son oncle a une imprimerie en Bretagne, l’Imprimerie Tanguy située à Pont-l’Abbé. Il se trouve qu’elle est justement équipée d’une Presse Konica Minolta et même si ce n’est pas le même modèle qu’en compétition, j’ai pu me faire la main [RIRES].

Tu es conductrice offset chez Atlantique Impression. Comment ton parcours a été accueilli dans l’entreprise pour laquelle tu travailles ?

J’avais fait un premier stage chez eux dans le cadre d’un BAC Pro en communication visuelle et c’est mon patron qui est revenu vers moi et m’a démarchée suite à ça. C’est ce stage qui m’avait permis de me rendre compte que j’étais davantage attirée par la production et que j’avais envie d’être en atelier, pas devant des ordinateurs. C’est ensuite toujours lui qui m’a poussée à faire les Meilleurs Apprentis de France et quand je lui ai parlé du concours, il m’a soutenue de façon inconditionnelle. Nous sommes une toute petite entreprise – nous ne sommes que trois – et c’est sûr que mon parcours au Worldskills a été une chance pour tout le monde.

“Dans de toutes petites entreprises avec moins de moyens, on doit développer son savoir-faire autrement et j’en suis super fière.”

Ton profil est intéressant à double titre puisque tu es la première fille à remporter le concours, ce qui tend à démontrer que le métier est certainement en train de se féminiser. Par ailleurs, le fait que tu travailles dans une TPE doit également rappeler que l’essentiel du tissu industriel français est constitué de ces toutes petites structures, où l’on trouve donc de grands talents…

Oui, je suis d’accord avec ça et j’ai même un exemple tout bête à mettre en avant. Il se trouve que la dernière épreuve – celle de la recherche de teinte – était la seule où tous les candidats passaient en même temps, alors que nous alternions les épreuves sur les machines. Nous étions côte à côte à rechercher une teinte avec du cyan/magenta/jaune et la consigne était claire : nous n’avions pas le droit d’utiliser un spectrophotomètre. Il fallait travailler à l’œil et demander à mesurer le delta E [soit la mesure de la différence visuelle entre deux couleurs, dans un espace colorimétrique perceptuellement uniforme, NDLR] une fois que nous considérions que c’était OK. J’ai obtenu un delta E de 1,11 et tous les jurés étaient surpris que je tombe si proche, juste à l’œil. Certains m’ont demandé suite à ça quel était mon secret et la vérité, c’est juste que je travaille depuis cinq ans sans spectro’ [RIRES]. Parce que parfois, dans de toutes petites entreprises avec moins de moyens, on doit développer son savoir-faire autrement et j’en suis super fière.

Tu ne peux donc plus reconcourir, mais est-ce que tu as gardé contact avec d’autres compétiteurs, experts, coaches etc. ? Voire, est-ce que tu envisages d’intégrer un jour le staff de l’équipe de France, pour devenir coach toi-même, par exemple ?

Oui, totalement ! Quand on rentre dans la famille Worldskills, on n’a pas du tout envie d’en sortir. Il y a même un contrecoup quand la compétition s’arrête : on sait qu’on ne va pas pouvoir la refaire et personnellement, je me suis toujours dit que je voulais garder un pied dedans. Ça commence en effet par nouer des relations de long terme avec les gens que l’on rencontre, dont nos « adversaires ». Avec Killian on a gardé un très bon contact et ça concerne même plus globalement toute l’équipe régionale notamment. Quant aux Worldskills et la suite que j’imagine possible, j’aimerais d’abord commencer en tant qu’ambassadrice pour témoigner et mettre en avant le concours. Et petit à petit, je verrai comment je peux essayer d’intégrer les jurés régionaux.

“Je suis bien placée pour dire que c’est souvent en étant face aux machines que l’on se rend compte que ça nous plaît…”

Il y a de vifs débats qui secouent nos métiers sur la question de l’attractivité du secteur graphique. Comment est-ce que tu perçois la difficulté croissante des entreprises à attirer et recruter ?

J’admets que pour ma part, je ne me reconnais pas toujours dans ce qui attire les gens de mon âge. J’ai un compagnon qui est agriculteur et je pense que lui comme moi, on a une vraie sensibilité pour l’artisanat et les métiers de mains. C’est vrai que c’est un trait de caractère qu’on retrouve peu chez les jeunes que l’on peut côtoyer. Le fait que le numérique commence à s’imposer, y compris dans nos métiers, à la fois ce n’est pas forcément ce que je préfère – comme je l’ai déjà dit, je suis plus sensible aux techniques traditionnelles – mais c’est aussi sûrement l’opportunité de donner une image plus moderne et attractive de nos métiers. L’autre enjeu, je pense, c’est d’arriver à créer des rencontres. Je suis bien placée pour dire que c’est souvent en étant face aux machines que l’on se rend compte que ça nous plaît… Je sais que c’est plus facile à dire qu’à faire, mais il faut essayer de créer ces moments en amenant les jeunes dans les ateliers. C’est là que peuvent se produire de belles surprises, parce que c’est un métier de passion. Mais il faut le vivre pour le comprendre, en parler ne suffira jamais.

Et l’Intelligence Artificielle ? Comment est-ce que tu imagines l’avenir de ton métier au regard de ce qui se passe autour de l’IA aujourd’hui ? Est-ce que tu te sens directement concernée par les impacts que cela peut générer sur la façon de produire ?

Il est certain que le prépresse est déjà complètement impacté. On voit de plus en plus de clients utiliser l’IA pour des créations de fichiers, mais j’admets que même pour quelqu’un de jeune comme moi, on a du mal à réaliser exactement ce qui va se passer. Ce que je peux dire, c’est que je nous imagine mal y échapper : ce n’est pas une perspective qui me rend très enthousiaste, mais je me fais à l’idée que nos métiers composeront avec l’IA également, jusque dans les ateliers de production. Mais encore une fois, je fais le parallèle avec le développement des technologies numériques dans nos métiers : c’est une façon de faciliter le travail de production et on a peut-être besoin de se rendre plus accessibles.

Information : Nouvelle classification des emplois & qualifications

L’UNIIC vous propose un programme d’information consacrée à la mise en application de la nouvelle classification des emplois et des qualifications.

Le 20 Juin prochain, l’UNIIC vous convie en région Centre-Val de Loire pour parler (notamment) de la nouvelle classification des emplois et des qualifications

Le président de l’UNIIC Centre, Sébastien Lemaire, a pris l’initiative d’organiser une réunion d’information dont l’un des points de l’ordre du jour sera consacré à la mise en application de la nouvelle classification des emplois et des qualifications, ainsi qu’à l’accord paritaire portant sur un dispositif sectoriel d’activité partielle longue durée.

En ce qui concerne la nouvelle classification, les deux négociateurs de l’UNIIC (Iris Delloye et Pascal Bovero) vous aideront à vous approprier la méthode procédant de ce texte, afin de sécuriser vos approches en matière de définition des emplois et à les coter dans la grille applicable à l’ensemble des entreprises du secteur.

“Vu l’importance du sujet, j’ai souhaité associer deux représentants syndicaux qui se sont investis dans ce chantier qui en appelle d’autres” précise Pascal Bovero, à savoir “les deux chefs de file représentant la FILPAC CGT (Eric Martin) et la F3C CFDT (David Letailleur)”. Afin de vous aider à répondre aux principales questions engendrées par ce texte de référence et prendre en compte toutes les spécificités, l’UNIIC remettra aux participants une foire aux questions/réponses qui illustre le guide paritaire d’explication, lequel vous sera remis sur place.
Cette réunion permettra aussi d’organiser un échange entre des entreprises aux activités multiples, de la TPE à L’ETI, du rotativiste Labeur à l’imprimeur numérique grand format, de l’offsettiste à l’imprimeur d’étiquettes, du sérigraphe au façonnier etc.

Pour illustrer l’accord paritaire et répondre à vos questions, nous vous proposons le programme suivant :

16h/16h30 : Accueil des participants par le Président de l’UNIIC Centre

16h45 : La classification, un outil de pilotage des compétences

– Présentation des 4 intervenants

– Fondement de la nouvelle classification et méthode (différence avec l’ancien texte, définition des emplois repères, définition et utilisation des critères classants, évaluation des emplois etc.)

Les cas spécifiques :

– Les ex IDCC 614 (Sérigraphie dont l’entier de la convention collective a fusionné avec l’imprimerie de Labeur).

– Reliure brochure dorure (dont la spécificité faisait l’objet d’un avenant lié au code naf 18-14 Z).

Et demain ? La convergence des outils, des compétences, de la gestion des flux se traduira-t-elle pour une classification adaptée à une communication multi procédés et multi produits agnostique par rapport aux spécificités métiers ?

Pour vous inscrire : merci de nous retourner ce coupon-réponse

Ouvert aux entreprises adhérentes ou non à l’UNIIC, l’événement vous propose d’assister au programme décrit ci-dessus le vendredi  20 juin dans les anciens locaux de l’imprimerie TRANSPRINT à La Riche (37520). Réponses attendues avant le 13 juin.

Cyberprint : un projet UNIIC pour garantir la sécurité de votre système d’information

La transformation digitale des modes opératoires du secteur génère une augmentation, dans plusieurs domaines d’activité, de la surface d’exposition de nos adhérents aux risques cyber. Après avoir échangé avec plusieurs de nos membres qui gèrent des fichiers numériques et de la data en général, nous avons pu constater que le degré de connaissance, voire de maitrise, des entreprises sur ces sujets sensibles était faible, alors que les grands donneurs d’ordre étaient désormais très exigeants en ce domaine.

L’UNIIC, fidèle à sa mission de défense des entreprises du secteur, lance un plan d’action sur la maitrise des risques informatiques qui nécessite de construire une action structurée, à construire autour de phases de sensibilisation, de webinaires, d’audits de vulnérabilité (confidentiels) et d’accompagnement vers un référentiel AFNOR (ISO 27001).

Ce plan, accompagné par le service système d’information de l’UNIIC et un expert cyber sécurité, est pris en charge par l’UNIIC et la branche (Ambition Graphique) pour une première cohorte de 10 entreprises non concurrentes.

Le constat

  • Le secteur des industries polygraphiques (tous procédés & tous marchés) est très atomisé puisque sur 4000 entreprises, 78 % relèvent des TPE (moins de 10 salariés).
  • Vu la variété de leur positionnement marché (du généraliste au spécialiste) de la TPE à l’ETI, de l’entreprise travaillant sur appel d’offre à l’entreprise travaillant sur devis etc. il est devenu essentiel de protéger les informations sensibles des entreprises et de construire un système de management d’un système d’information.
  • Au-delà de ce constat, après avoir sondé plusieurs entreprises exposées, nous avons pris la mesure de la vulnérabilité de certains types d’entreprises qui travaillent avec des donneurs d’ordre exigeant de pouvoir contrôler par sondage, la fiabilité des systèmes de management de l’information dans l’entreprise (données entrantes, sortantes, partagées ou stockées). Ce pouvoir de contrôle s’étend désormais au PCA (plan de continuité d’activité) devenu lui aussi essentiel pour être référencé dans certains appels d’offre.
  • En outre, à la vulnérabilité technique s’ajoute l’insuffisance des clauses de garanties assurantielles. En effet, dans les polices multirisques, les clauses traitant des données numériques sont souvent réduites à une garantie de « reconstitution d’archives » en cas de sinistre non intentionnel.
  • Les TPE/PME de notre secteur sont donc démunies face à ces risques et l’inflation de propositions d’accompagnement a conduit l’UNIIC à partager un constat et une méthode avec l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI) notamment.

Aussi, il nous importe désormais de :

  • Définir les segments d’activité les plus exposés et cartographier les risques.
  • Sensibiliser les entreprises témoins à la multiplicité des dangers.
  • Lancer des « crash tests » couverts par la confidentialité.
  • Présenter le référentiel ISO 27001.
  • Elaborer des préconisations pour construire un système de management de ce type de risques.
  • Accompagner les entreprises qui le souhaitent vers la certification ISO 27001.
  • Mobiliser les collaborateurs des entreprises sur cette thématique.
  • L’UNIIC qui porte ce projet, veut construire un plan d’action opérationnel en commençant par une phase préalable qui va de la sensibilisation à l’évaluation du degré de maturité des entreprises du panel que l’on vise ; et en tirer ainsi des conclusions pour passer en mode actif.

Les quelques cibles pré identifiés :

  • Toutes les entreprises intervenant sur le secteur du marketing adressé 360 degrés (print et digital).
  • Toutes les entreprises positionnées sur une diversification Web to print.
  • Une grande partie des entreprises d’éditique que l’on appelle aussi courrier de gestion, dont les clients relèvent du monde de l’assurance ou des mutuelles par exemple.
  • Des entreprises qui maitrisent l’électronique imprimée.
  • Les routeurs personnalisateurs.
  • Les imprimeries positionnées sur les périodiques ou le livre.

Plan d’action

  • Présentation des enjeux à un panel d’entreprise.
  • Définition d’une cartographie des risques avec l’expert accompagnant.
  • Présentation d’études de cas.
  • Audit de vulnérabilité.
  • Présentation détaillée du référentiel AFNOR ISO 27001.
  • Préconisation aux entreprises tests avec rapport d’audit individuel.
  • Accompagnement vers la norme iso pour les volontaires.
  • Construction d’un mémento pratique orienté méthodes, témoignages et solutions.

Au moment où l’Intelligences Artificielle accroit les risques qui pèsent sur votre système d’information, L’UNIIC est à votre écoute pour recenser les risques cyber et construire la boite à outils dont vous avez besoin.

 

Retour sur la diffusion du film “Une fibre vous parle”

Diffusé en avant-première le 3 février dernier, le film “Une fibre vous parle”, réalisé par Jean Desmaison, commenté par François Berléand à la voix off et porté par le collectif du Cercle d’Alliés (auquel se sont joint l’UNIIC, Pub Audit, la Copacel, Two Sides, Culture Papier, Médiaposte, Federec etc.) s’est voulu, en une petite demi-heure, procéder à quelques mises au point : rappeler l’importance socioculturelle écrasante du papier, faire état de ses nombreux atouts écoresponsables et souligner ses efforts continus en la matière, en repréciser les bienfaits cognitifs essentiels face à l’emprise grandissante des écrans, ou encore apporter d’autres éclairages face aux discours qui acteraient de ses archaïsmes prétendus.

A l’heure où nous écrivons ces lignes, ledit film fait encore l’objet de tractations pour des diffusions ultérieures, sur des médias grand public qui restent à déterminer. Raison pour laquelle nous ne pouvons encore en partager le contenu (mais comptez évidemment sur nous : nous nous ferons le relai des canaux adéquats dès que possible). En revanche, sa prime diffusion a donné lieu à une demi-journée d’échanges précieux, rythmés par trois tables rondes dont nous vous laissons ci-dessous les captations vidéo.

Première table ronde : L’intégration de la valeur environnementale au cœur de la filière papier (de la forêt au recyclage).

Mme Muriel CANIEZ, Directrice du bureau de vente France et Bénélux, NORSKE SKOG
M. Maxime CHAUMET, Directeur Général de France Bois Forêt
M. Jan LE MOUX, France Country Manager de Two Sides
M. Stéphane PANOU, Président filière Papiers Cartons FEDEREC, Directeur Département Négoce et Valorisation Matières PAPREC GROUP
M. Matthieu PREVOST, Directeur du département QHSE et RSE UNIIC
M. Philippe VANHESTE, Directeur Général Adjoint Groupe PRENANT

Deuxième table ronde : Le rôle social du papier

M. Fabrice BAK, fondateur et directeur du 1er cabinet français de consultation en psychologie cognitive appliquée
M. Pierre BARKI, Président CULTURE PAPIER
M. Laurent DE GAULLE, fondateur et ancien Président CULTURE PAPIER
M. Hubert PEDURAND, Directeur Général du groupe LABALLERY, Président de l’imprimerie FLOCH et membre exécutif de l’UNIIC.

Troisième table ronde : Dynamiques locales : commerce, consommation raisonnée et réfléchie – le papier pour un marketing porteur de sens et d’avenir

M. Arnaud DUBIN, Directeur commercial et marketing associé PUB-AUDIT
M. Alban DUCHEMIN, Directeur général NANOTERA
Mme Nathalie GRAND-CLEMENT, Directrice générale CENTRAKOR
M. Hubert LECHAT, Président HYPER U Evron & Binôme Achat Non Marchand – Communication TRACT à la coopérative
M. Ulbe JELLUMA, Directeur général Europe PRINT POWER
M. Jean-Marc MEGNIN, expert retail

 

Activité partielle de longue durée : l’UNIIC en première ligne

La branche de l’imprimerie de Labeur et des industries graphiques s’est employée depuis plusieurs années à prendre des initiatives ambitieuses pour renforcer l’attractivité du secteur auprès des jeunes. Parallèlement, les entreprises du secteur ont pu constater les tensions qui se sont fait jour sur le marché de l’emploi et du recrutement sur des postes devenus sensibles.

Cependant, dans la séquence que connait le secteur graphique et l’industrie en général, l’impératif qui doit être le nôtre est aussi de fidéliser les salariés et maintenir l’emploi, alors que certains segments de l’activité graphique connaissent un décrochage en termes de charge de travail.

C’est dans ce contexte aléatoire que l’UNIIC a fait le choix avec plusieurs organisations représentatives des grands secteurs industriels, confrontés au retour des incertitudes, de soutenir auprès des pouvoirs publics et de plusieurs députés de la Commission des affaires économiques, de l’assemblée nationale, la nécessité de relancer très rapidement un dispositif d’activité partielle de longue durée adaptée à la période actuelle.

C’est ainsi que dans le cadre du débat parlementaire portant sur le projet de loi de finances désormais adopté, sous réserve de la décision du Conseil Constitutionnel, ce dispositif (désormais rénové) qui avait accompagné les entreprises en 2021, a été intégré à la loi de finances sous la forme d’un article 65 septies qui s’inscrit “dans le contexte de la dégradation de la conjoncture et d’extinction progressive du dispositif d’APLD.”

Ce nouvel outil intitulé “activité partielle de longue durée rebond” est plus favorable et plus souple que le dispositif d’activité partielle de droit commun, notamment pour la durée de mise en œuvre et des taux de prise en charge qui doivent être fixés par un décret qui va nous être soumis.

Il reste cependant moins attractif que la précédente version.

Ce nouveau dispositif non cumulable, bien sûr, avec le dispositif d’activité partielle de droit commun, sera mobilisable via un accord collectif en entreprise ou par le biais d’un document unilatéral de mise en œuvre adossé à un accord de branche, que l’UNIIC se propose de soumettre aux partenaires sociaux.

Comme dans la précédente version, l’accès à ce dispositif ne sera possible que si des engagements ambitieux sont pris en matière d’emploi et de formation professionnelle, comme nous en avions pris l’initiative avec les organisations de salariés membres de la CPPNI.

Pour mémoire, les entreprises qui désireraient s’inscrire dans notre futur accord pourront réduire le temps de travail de leurs salariés et percevoir en contrepartie une allocation pour en alléger le coût.

Les salariés recevront une indemnité afin de limiter l’impact de cette réduction du temps de travail sur leur rémunération.

Durée, taux et statut fiscal et social des compensations seront fixés par le décret et une circulaire.

Les entreprises devront transmettre leurs dossiers aux Dreets pour validation ou homologation sur une période comprise entre le 1er Mars 2025 et le 28 février 2026.

Dès l’entrée en vigueur du dispositif légal et règlementaire complété par le dispositif de branche, nous vous informerons et vous conseillerons, avec le service social de l’UNIIC, pour éviter tout refus de forme ou de fond, que certaines Dreets avaient opposé à certains de nos membres.

                                                                                                   Pascal BOVERO, Délégué Général de l’UNIIC

Nouvelle classification des emplois dans l’Imprimerie & les Industries Graphiques : quel impact pour les entreprises de la finition ?

Le secteur de la finition au sens large (reliure, brochure, dorure) a connu au fil du temps des modifications de périmètre qui se sont notamment traduites par des disparitions d’entreprise (hélas !), des regroupements et des adossements au secteur de l’imprimerie, pour se positionner sur une offre globale attendue par le marché. Cependant l’autonomie du “façonnage spécifique” a longtemps été conservée, même si cette autonomie consacrée par les accords paritaires ne concernait plus que quelques entreprises de reliure (artisanales, semi-industrielles ou industrielles) et de brochure. En 1996 (le 12 décembre) la FICG (l’UNIIC de l’époque) acceptait de reconnaitre cette spécificité garantie par cet accord. Outre des dispositions générales, ce texte se distinguait de la convention collective de l’imprimerie par :

– Une classification spécifique dont la philosophie n’était pas la même que la classification de l’imprimerie, fondée sur des critères classants.
– Des minimas salariaux fixés par une politique salariale Adhoc, pour les entreprises relevant de cet avenant, même si des façonniers au fil du temps ont basculé sur les classifications du “Labeur”.

A l’heure où nous avons signé un accord paritaire qui acte de la convergence des secteurs et fait gérer la reliure brochure dorure par une classification unique et des minimas communs, il nous est apparu indispensable de rappeler à toutes les entreprises relevant du code 18-14z que si l’ancienne classification RBD n’existe plus, il est impératif de prendre en compte les spécificités de ce secteur :

– En intégrant de nouveaux emplois repères qui font à ce jour défaut dans la nouvelle classification.
– En introduisant de la souplesse transitoire quant à la mise en œuvre de ce nouveau texte et des minimas qui y sont associés.

Nous sommes conscients que nous devons gérer la transition au profit de tous et qu’il serait contreproductif de traiter de manière uniforme et sans accompagnement des entreprises, des situations, qui exigent une vraie boite à outils pour les façonniers pour lesquels l’UNIIC doit assurer une transition adaptée à ce qui relève d’une “industrie” de main-d’œuvre.

Les partenaires sociaux sont tout à fait conscients de cette exigence. Le guide d’explication de la classification va être édité au cours de ce mois : conçu par l’UNIIC sous une forme paritaire, il sera d’une précieuse aide pour répondre à toutes les questions de vos salariés qui doivent se reconnaitre dans cette nouvelle donne, que nous allons vous aider à vous approprier.

Comme toujours l’essentiel est dans la méthode et la pédagogie qui doit en être le socle.
Le bureau de la Chambre Syndicale Nationale de la Reliure Brochure Dorure (CSNRBD), notre responsable juridique et moi-même mettrons tout en œuvre pour vous conseiller et éviter toute mauvaise interprétation, sachant que dans ces domaines si complexes, il est impératif de revenir à la source ce ceux qui écrivent les textes et portent votre message, ce qui est la mission régalienne de l’UNIIC et de la CSNRBD.

Pascal Bovéro, Délégué général de l’UNIIC, avec le concours actif de de la CSNRBD.

ClimateCalc – “On fait le bilan”

Cet article est paru dans Acteurs de la Filière Graphique n°145 (mars 2024)


ClimateCalc est un calculateur européen qui permet d’estimer l’empreinte carbone d’un site d’impression et des imprimés qu’il réalise. Adapté à des problématiques sectorielles spécifiques, il offre une alternative intéressante aux solutions dont l’approche plus industrielle – au sens large – apparaît moins directement accessible. Comment initier un bilan ClimateCalc et comment conduire une démarche suivie dans le temps ? Nous avons interrogé Matthieu Prevost (Responsable Environnement pour l’UNIIC), qui accompagne les entreprises sur ces questions.

On a le sentiment que le sujet du bilan carbone explose aujourd’hui dans les Industries Graphiques, alors que CilmateCalc a déjà plus de dix ans…

La problématique des bilans carbone pour le secteur graphique était poussée chez Intergraf il y a déjà presque quinze ans et il a d’abord été créé un consortium avec le Danemark, la Finlande, la Grande-Bretagne, les pays Bas, la Belgique et la France. D’autres pays ont suivi un peu plus tard : Norvège, Portugal, Suède etc. Il faut bien avouer que la France a d’abord été attentiste, malgré de premiers accompagnements tenus dans le cadre d’actions collectives et ça n’a décollé chez nous qu’assez récemment. Mais nous avons refait notre retard en à peine deux ans : les demandes d’entreprises souhaitant rentrer dans cette démarche ont explosé. Et ça ne ralentit plus, en réaction – je pense – à deux types de pressions : celle des donneurs d’ordre qui poursuivent des trajectoires de réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre (GES) et celle de mesures qui s’inscrivent plus globalement dans le cadre d’une politique climatique, à l’attention notamment des industriels, que ce soit au niveau réglementaire national ou européen. Ce que l’on vit aujourd’hui, ce sont des obligations visant les grosses entreprises, qui ruissellent en cascade sur les entreprises de plus petite taille et/ou les sous-traitants. Et il y a aussi une pression d’image : nous sommes de plus en plus critiqués et à ce titre nous devons nous emparer de ces sujets.

A ce stade, s’agit-il surtout d’offrir une forme de transparence en chiffrant ses impacts, ou y-a-t-il déjà des programmes construits de réduction des émissions chez les entreprises qui s’investissent ?

Il faut d’abord en passer par une phase de collecte, parce que très souvent, on parle d’entreprises qui ne savent pas où elles en sont. Il faut comptabiliser ce qu’on émet avant de prétendre pouvoir réduire. Une fois que l’on a cette photographie, on peut s’inscrire dans une trajectoire et identifier des objectifs de réduction d’émissions de GES. ClimateCalc permet à la fois une approche site et une approche produit. J’ai tendance à dire que l’approche site est un outil de management interne des réductions d’émissions de GES : cela permet très vite de savoir où il faut porter ses efforts au niveau de la structure globale. Et enfin il y a l’onglet ‘produit’ qui permet une approche plus fine, de travailler une forme de pédagogie avec le client pour ‘mieux concevoir’, tout en optimisant des coûts critiques : gâche papier, consommations d’encres etc.

Il apparaît pourtant très vite que le principal poste d’émissions concerne le support d’impression, l’imprimeur n’ayant donc qu’une marge de manœuvre réduite sur ce qui est imputable aux papetiers…

Effectivement, ça peut aller de 60 % à près de 90 % des impacts carbone qui sont directement liés au papier. Le poste support est le premier à citer s’il faut prioriser les actions, mais ça n’est pas toujours si simple. Déjà parce que la décision appartient au client, à ses frais, et qu’il faut faire avec ce qui existe sur le marché. Partout où j’interviens, j’insiste énormément sur la question de la transparence : je demande aux imprimeurs de l’être, il faudra que les papetiers le soient aussi. Dans l’idéal, il ne faudrait plus acheter seulement une référence, mais savoir de quelle usine elle provient. Cette traçabilité n’est pas toujours aisée à établir, parce que si les distributeurs sont précieux pour écouler de petites quantités à des TPE, ils ne tiennent pas toujours à dévoiler leur lieu exact d’approvisionnement. Autre problème : les paper profiles sont trop souvent établis sur du déclaratif et les données sont encore à mon sens trop souvent imprécises ou lacunaires. On constate d’ailleurs parfois que deux papiers provenant de deux usines différentes ont exactement le même paper profile, ce qui n’est évidemment pas cohérent. Une fois qu’on a dit ça, oui, on peut aller travailler sur le sourcing fournisseurs et c’est ce que font certains imprimeurs que nous accompagnons : ils regardent quelles sont les lignes les plus impactantes de leur bilan carbone et tâchent de les faire sauter, à condition bien sûr que ce soit économiquement viable. A ce stade, il faut être réaliste : l’aspect carbone n’est pas encore un levier essentiel dans la prise de décision du donneur d’ordre, mais c’est un paramètre qui compte de plus en plus. Il faut essayer de se positionner au bon point d’équilibre. Souvent, c’est le volume qui fait le prix : selon ce que le papetier a en stock et selon ce que l’imprimeur veut commander, le prix va être ajusté. L’approche carbone n’arrive encore qu’en dernier ressort. Rares sont les clients qui disent aujourd’hui « Je me moque du prix, je veux le papier le plus vertueux ». Par ailleurs, il faut évidemment faire des choix cohérents au regard de ce que l’on veut produire : on ne va pas prendre un papier exemplaire d’un point de vue ‘impact carbone’, s’il n’est pas adapté à ce que l’on veut faire. Typiquement, les papiers d’art sont des supports très qualitatifs et ils réclament souvent plus de traitements que d’autres.

ClimateCalc a aussi été créé pour offrir au secteur un outil sur-mesure. Pourquoi est-ce que c’était important ?

C’est un produit de fédérations européennes et en cela, ClimateCalc est un outil collectif neutre : ce n’est pas un générateur de business pour des consultants privés, il est déjà très important de le souligner. A ce titre, les tarifs que nous proposons sont aussi bas que possible : 1200 euros pour un accompagnement et trois jours d’audit, ça n’est une réalité que parce que des fédérations comme l’UNIIC en ont fait un outil collectif. Concrètement, une entreprise prend contact avec, soit l’UNIIC, soit le cabinet Ecograf – l’un et l’autre travaillant en bonne intelligence – et en premier lieu, on présente la démarche. On s’assure de la viabilité du projet, de la motivation de l’imprimeur et de sa capacité à ‘jouer le jeu’. Il faut bien avoir conscience que la première année demande un gros travail de collecte de données, pour faire un état des lieux aussi juste et précis que possible. On me demande souvent combien de temps cela va prendre, mais cela dépend beaucoup de la structuration de l’entreprise, de son profil, de sa taille etc. C’est très variable au cas par cas et une moyenne ne serait pas très parlante : ça peut prendre une semaine comme plusieurs mois. Après avoir présenté l’outil, on essaie de déterminer ce qui motive l’initiative de l’entreprise – est-ce que ce sont des pressions clients ou une volonté proactive d’afficher un engagement exemplaire ? – et on rentre dans le dur du protocole GHG [Greenhouse Gas Protocol ou GHG Protocol, que l’on peut traduire en français par protocole des gaz à effet de serre, NDLR] et de la norme ISO 14064. Il est essentiel de redire que nous nous appuyons donc là sur des normes et protocoles éprouvés, parce qu’il n’est malheureusement pas rare de voir des consultants proposer leurs propres bilans carbone, sans que l’on sache vraiment sur quoi ils sont basés.

Les initiés parlent souvent de trois « scopes » comme si le bilan carbone était invariablement structuré partout de la même façon. Est-ce concrètement le cas ?

On doit effectivement considérer trois scopes d’intervention :

– Dans le scope 1, on considère les émissions de GES directement liées à l’usine.

– Dans le scope 2, on s’attache aux consommations d’énergie.

– Dans le scope 3, on rentre les données relatives aux sous-traitants et consommables.

Le plus gros du travail réside sans surprise dans le scope 3 et il est pourtant arrivé que certaines entreprises aient suivi des bilans carbone portés par des consultants, en ne prenant en compte que les scopes 1 et 2. Ça n’a évidemment aucun sens et il est primordial que tout le monde s’appuie sur le même périmètre de mesures. Ensuite on détermine une temporalité : les données de l’entreprise doivent être mises à jour tous les ans pour que l’on puisse suivre les émissions de CO2. Soit on prend pour référence une année civile, soit on prend une année comptable : ce qui compte, c’est de pouvoir faire des comparaisons valables dans le temps. Une fois que tout est prêt, on fait une demande de connexion au calculateur ClimateCalc et c’est la fédération danoise qui nous envoie des logins, sachant que l’outil – encore une fois – a été voulu très simple d’utilisation. En treize paramètres, on couvre l’ensemble des émissions de GES d’une imprimerie, sans se perdre dans des considérations hors-sujet.

L’enjeu a semblé en effet largement consister à rendre l’outil accessible, là où les quelques-uns qui se sont frottés à des bilans carbone multisectoriels témoignent d’une démarche excessivement complexe…

C’est un outil en ligne et pour moi cela rentre tout à fait dans la catégorie formation/action. L’idéal, c’est que l’entreprise soit autonome après la première année, pour rentrer elle-même ses données. On organise bien sûr quand même des réunions de cadrage régulières, qui me permettent de suivre la façon dont sont collectées et rentrées les données et si besoin, j’interviens pour réorienter l’action de l’entreprise. Lors de ces réunions de cadrage, on passe en revue toutes les informations qu’il va falloir collecter, au regard du profil de l’entreprise : son parc machines, ses consommations énergétiques etc. Tout ça se fait à distance et cela me permet de leur livrer un fichier de collecte de données en priorisant les actions. Tout est fait pour leur faciliter la tâche : je leur donne même des exemples d’extractions de données, je leur fournis des modèles de lettre pour leurs fournisseurs en français et en anglais etc. C’est souvent le poste ‘papier’ qui pèse le plus lourd et on commence en général par celui-là. Le premier audit n’est programmé que lorsque l’entreprise est prête. Si tout se passe bien, un certificat ClimateCalc leur sera décerné, pour attester que la démarche de l’entreprise est conforme aux critères du protocole GHG et de la norme ISO 14064. C’est tamponné par l’UNIIC et pendant un an, ils peuvent utiliser le calculateur et accéder à l’onglet ‘produit’. Cela nécessite une formation rapide avec des études de cas sur des calculs produits, pour que les commerciaux et deviseurs deviennent autonomes sur l’outil. Je les incite à mettre en place des procédures en interne pour déterminer où est l’information et comment la récupérer au mieux. Cela permet de créer des automatismes sur le long terme, de sorte que l’on gagnera du temps d’une année sur l’autre. La première année est donc quasi-systématiquement plus compliquée, parce qu’elle nécessite d’identifier les données dont on a besoin, mais aussi de trouver et d’impliquer les personnes ressources dans l’entreprise. A ce titre, ce sont des ‘responsables de la donnée’ et ils doivent pouvoir s’appuyer sur des éléments de preuve : pour satisfaire à un audit, il faut toujours prouver ce que l’on dit.

Arrive-t-il que certaines données demeurent malgré tout manquantes et que fait-on pour ne pas bloquer les bonnes volontés ?

Heureusement, on dispose d’une marge de manœuvre pour affiner les données qui seraient difficiles à évaluer en interne. Par exemple : sur un site de plus de 500 personnes fonctionnant en 3/8 avec beaucoup d’intérimaires, il est quasi-impossible de calculer les trajets domicile/entreprise. Dans ces cas-là, on s’appuie sur des fichiers RH pour déterminer combien de cartes de transport sont partiellement ou totalement remboursées, pour évaluer combien prennent la voiture ou les transports en commun, à quelle fréquence etc. A partir de là, on applique des consommations moyennes en fonction du mode de locomotion, au plus proche de ce que l’on peut estimer. On le fait bien sûr avec des données certifiées, il ne s’agit pas d’y aller au doigt mouillé. Par ailleurs, on se le permet sur des postes qui ne sont pas des postes majeurs d’émissions de GES, de façon à ce que ces estimations soient à la fois très fines et d’importance secondaire dans le calcul global. Typiquement, je ne veux pas faire ça sur le poste papier/carton : pour que l’audit passe, il suffirait de renseigner plus de 50 % des références papier, mais dans les faits, on s’oblige à approcher les 100 %. J’estime qu’il faut avoir cette exigence-là et se laisser de la marge ailleurs, quand c’est nécessaire.

On est dans une démarche de normalisation avec des items à renseigner. Prenons l’exemple des plaques : pour un imprimeur offset, il faudra rentrer une consommation annuelle de plaques, en tonnes. Soit ces données existent déjà, soit il va falloir aller les chercher, par exemple en faisant des extractions à partir d’un ERP sur tous les jobs de l’année. Ensuite, via le CTP on connaît le format et l’épaisseur des plaques utilisées, ce qui nous rend capables de déterminer un poids. On peut aussi solliciter la comptabilité pour retrouver les commandes de plaques et interroger les données fournisseurs. C’est là que l’accompagnement prend tout son sens : souvent, ces informations ne sont pas impossibles à avoir, elles demandent juste un travail d’analyse et de déduction que l’on est capable de mener au cas par cas, selon la façon dont l’entreprise fonctionne. Pour le poste le plus lourd – celui du papier – on commence en général par faire une extraction de l’ERP pour savoir ce que l’entreprise a ‘roulé’ comme type de papiers au fil de l’année. C’est plutôt simple à établir lorsque les achats ont été effectués en direct auprès du papetier, ça l’est moins si l’on passe par un distributeur : il va falloir traduire les références des distributeurs, les mettre en parallèle avec celles du papetier et identifier l’usine de provenance. Une fois que l’on a fait ça, il faudra s’appuyer sur un paper profile à jour, ce qui n’est pas toujours facile non plus. Là encore, c’est toujours plus complexe la première année : une fois que ce travail est fait, on peut dupliquer ces données et les appliquer à de nouveaux volumes.

Comment gère-t-on les cas d’entreprises qui ont grossi et/ou investi, de telle manière que leur volume d’affaires a pu augmenter, sur des marchés potentiellement nouveaux pour eux ? En soi, l’entreprise sera plus émettrice en valeur absolue, même si elle travaille mieux…

Pour les entreprises qui auront plus imprimé et donc émis plus de CO2, par le seul fait d’une activité en progression, on a indicateur de CO2 à la tonne transformée. C’est en soi plus parlant qu’un total qui ne veut pas dire grand-chose. La performance d’une entreprise se mesurera plus justement à la lumière d’un prorata à la tonne imprimée. Par exemple, pour la gâche papier : pour établir une moyenne sur site, on rentre la quantité totale de papier imprimé à l’année versus le volume de déchets récupérés par le prestataire agréé : on sait que la différence entre l’un et l’autre, c’est du calage machines, de la rogne etc. A partir de là, il est assez facile d’établir un taux de gâche moyen. Il faudrait aussi parler de certaines imprimeries qui partent avec un handicap, dans la mesure où il sera plus difficile d’être exemplaire avec des sites un peu vétustes. On ne peut pas tout corriger par des ajustements et quand on travaille dans des bâtiments qui sont des passoires énergétiques, on a une marge d’amélioration à court/moyen terme qui ne nous permettra pas forcément d’afficher un bilan carbone aussi performant que d’autres entreprises mieux installées ou plus modernes. C’est pour cela que je pense vraiment qu’il faut appuyer l’idée de progrès : l’important, c’est que chacun s’attache à faire mieux, avec ses propres marges de progrès.

La tentation sera grande pour les donneurs d’ordre d’en faire un outil de comparaison, pour mettre les entreprises en compétition entre elles…

Le risque, c’est de comparer tout et n’importe quoi : des imprimeurs offset feuille et/ou roto, des imprimeurs numérique grand format, des sérigraphes etc. ClimateCalc permet aux entreprises d’effectuer des comparaisons européennes en fonction des procédés d’impression, ce qui est déjà plus parlant. Mais même là, ce sont en vérité des exercices assez bancals : avec un même procédé, on peut être positionné des sur des qualités de produits très différentes et être amalgamé avec des imprimeurs qui n’auront pas du tout les mêmes obligations techniques et qualitatives.

Ne risque-t-on pas de voir des donneurs d’ordre exiger une évaluation carbone avant de passer commande, au moment du devis par exemple ?

Un client pourra le faire oui, mais ce n’est pas forcément comme ça que cela va se passer. Il y a quinze ans, certaines marques ont poussé leurs imprimeurs à avoir une certification ISO 9001 pour continuer de les référencer. Résultat : certains ont dû se priver de la moitié de leurs sous-traitants, parce qu’il y a une réalité industrielle qui les a rattrapés. Du coup, ils ont rectifié le tir en demandant aux entreprises de mettre en place des démarches, sans forcément aller jusqu’à la certification. Ce sera à peu près la même chose avec le bilan carbone : attention à ne pas être trop restrictif. On compte environ une centaine d’utilisateurs de ClimateCalc aujourd’hui en France (contre 169 au total dans le monde), c’est une toute petite élite au regard du tissu industriel puisqu’on dénombre environ 4000 imprimeries à l’échelle de notre pays. Il faut accompagner le mouvement, sans se précipiter pour autant. Si aujourd’hui, un imprimeur devait indiquer sur son devis une estimation d’impact carbone pour la soumettre à son client, il faudrait y consacrer un poste à temps plein. En plus, les simulations impliquent souvent de chiffrer différentes hypothèses, selon les papiers choisis, le nombre d’exemplaires commandés, le procédé d’impression retenu etc. C’est rapidement très chronophage. Il n’empêche que oui, il y a des donneurs d’ordre qui vont entamer tout une réflexion autour de leurs rapports aux sous-traitants, en essayant par exemple de travailler avec des acteurs locaux en circuit court.

Est-ce que lors de la première phase d’accompagnement, il peut être pointé chez l’entreprise des éventuelles contreperformances ciblées, pour dire par exemple « sur ce point, il va falloir faire mieux » ?

Oui, j’ai une marge de manœuvre et je le dis. J’ai travaillé notamment avec des imprimeurs qui utilisent des papiers techniques et fonctionnels, au sujet desquels il manque parfois des données. Dans ces cas-là, on effectue des calculs en prenant en considération les scénarios les plus critiques, ce qui n’est pas pour les arranger. Dans ce cas-là, je les sensibilise au fait qu’en ayant une meilleure remontée des données, non seulement on sera plus précis, mais ce sera à leur avantage. Plus globalement, l’audit sert à ça : que peut-on mettre en place pour affiner et réduire les émissions de CO2 ? Certains vont devoir travailler prioritairement sur leurs consommations d’énergie, d’autres sur des optimisations internes en termes de calages machines ou de consommation de plaques, d’autres sur le taux d’encrage etc. Mais encore une fois, tout ça, ce sont finalement de petits postes d’amélioration, l’essentiel des efforts porte souvent sur le sourcing papier. C’est une fois qu’on a travaillé sérieusement là-dessus qu’on s’attaque à réduire les autres postes.

On l’a dit, ClimateCalc est un outil qui a déjà une certaine ancienneté. Le site Internet n’est pas devenu obsolète ou un peu « daté » avec le temps ?

Le site vient d’être totalement refait et il va encore évoluer lors des prochains mois. Nos bases de données sont régulièrement mises à jour et nous affinons les données selon l’état de ce que nous savons des facteurs d’émissions attachés à tel ou tel poste. Le but, c’est vraiment d’être au taquet sur l’ensemble des facteurs d’émissions, pour proposer le calculateur le plus précis à l’heure actuelle. C’est quelque chose qui change perpétuellement, au gré notamment des informations existantes dans les bases de données et des progrès chez les fabricants de machines, donc rien n’est arrêté. Par ailleurs, l’accès au calculateur est paramétrable : le dirigeant d’entreprise peut accéder à tout, tandis que d’autres profils pourront par exemple n’accéder qu’à des fonctions qui les concernent sur du calcul produit.

Le mot d’Ecograf

Ecograf accompagne aussi les acheteurs d’imprimés, éditeurs (presse magazine, livres), agences de production dans l’estimation de leur empreinte carbone.

« Les imprimeurs doivent comprendre que leurs clients n’ont pas le choix : ils doivent estimer leurs émissions de gaz à effet de serre en vue de les réduire. Si les imprimeurs ne sont pas capables de transmettre une information robuste accompagnée de solutions d’optimisation, la seule alternative s’offrant aux acheteurs pour réduire leurs émissions sera de réduire leur volume d’achats. Estimer ses propres émissions ne revient donc pas, comme on peut l’entendre, à se tirer une balle dans le pied, mais bien à tenter de maintenir ses volumes. En proposant des grammages plus faibles, des formats mieux adaptés permettant de réduire la gâche, des solutions innovantes, l’imprimeur offrira la possibilité à son client d’atteindre ses objectifs de réduction. Enfin, ce travail doit s’accompagner d’une révolution culturelle : le concept de chaîne graphique (où la fin de la chaîne subit les décisions du début) doit être remplacé par un concept d’écosystème graphique. Chaque unité constitutive de cet écosystème doit partager un objectif commun de réduction des émissions de l’ensemble. C’est par le partage, l’écoute et la co-construction que cet objectif, ardu, sera rempli. Même si la majorité du marché n’attend toujours qu’un prix, un délai et une qualité, la minorité du marché qui a déjà fait sa mutation mérite que l’on y prête attention. »

 


 

Témoignages

ClimateCalc par ses utilisateurs

Ils sont quelques pionniers – une centaine – à avoir adopté l’outil en France. De différents profils, ils dressent des constats à la fois semblables et complémentaires, sans toutefois viser tous les mêmes objectifs. Petit tour d’horizon…

KVC Print

Jérôme Jallu (Directeur général adjoint) – « Echanger avec ses clients pour s’entendre sur des axes de progrès. »

KVC Print répond aux marchés de l’impression/fabrication de supports de communication grand format, offset et numérique, intérieur et extérieur : affiches, PLV, signalétique, adhésifs, bâches etc. La démarche ClimateCalc s’est imposée à nous d’abord lorsqu’il a fallu répondre aux demandes de nos clients, principalement les grands acteurs de l’industrie du luxe, de l’automobile ou des télécommunications, qui se sont engagés à une neutralité carbone à horizon 2035. Puis chemin faisant, nous avons voulu quantifier nos émissions et entrer dans une démarche d’amélioration de notre empreinte. En particulier en travaillant sur nos bâtiments, nos approvisionnements et en proposant des solutions en circuit court à nos clients. Tout ce travail nous permet donc à la fois de répondre à une demande qui est concrète, mais aussi en interne de mettre en exergue nos propres points d’amélioration. Est-ce que cela soulève des défis ? Oui ! Côté entreprise, cela implique des investissements importants : un changement de matériel ou de type d’énergie par exemple. Côté clients, les solutions peuvent être coûteuses : changer de papier ou de technologie d’impression par exemple. Mais l’important est d’échanger avec ses clients pour s’entendre sur des axes de progrès, selon les possibilités de chacun.

Grafik Plus

Aurore Le Corre (Directrice du développement) – « Proposer un devis A et un devis B, avec deux papiers différents, tout en expliquant les différences d’impact carbone. »

La question de notre empreinte carbone a vraiment commencée à être traitée il y a bientôt trois ans. A l’époque, on sentait déjà quelques frémissements en ce sens chez nos plus gros clients, certains nous demandant si nous avions fait des bilans carbone, mais on restait dans du déclaratif. On a fait partie des fous qui avaient essayé, avant ClimateCalc, d’utiliser le tableur de l’ADEME [RIRES]. Mais c’était très difficile de gérer ça seul et beaucoup d’informations demandées n’avaient rien à voir avec les industries graphiques. Il fallait presque des compétences d’ingénieur pour renseigner certains champs et sauf à passer par des consultants ou y consacrer énormément de temps, c’était infaisable. Pire encore : on mettait le curseur de notre bilan où on le souhaitait : scope 1, 2 ou 3, au choix. C’était donc à la fois plus compliqué, moins pertinent par rapport à la réalité de nos métiers et moins rigoureux. ClimateCalc nous a permis d’aller au bout de la démarche, tout en offrant une meilleure maîtrise de l’outil. Notre premier bilan ClimateCalc a été fait en 2023, sur la base de nos données 2022, et avons obtenu notre certificat en novembre dernier. Il a fallu beaucoup travailler avec la comptabilité pour obtenir tous les chiffres nécessaires, même si dans le cadre d’une démarche RSE entamée chez Grafik Plus depuis 2008, nous avions déjà mis pas mal d’indicateurs en place, ce qui nous a bien aidés. Cela nous a permis de débriefer dès fin 2023 avec nos clients les plus sensibles sur ces questions, à minima pour pouvoir faire différentes propositions : par exemple un devis A et un devis B, avec deux papiers différents, tout en expliquant les différences d’impact carbone. On essaie d’accompagner nos clients vers les meilleures alternatives, sachant que les mesures brutes d’impact carbone sont peu parlantes en soi : on a besoin de comparatifs pour commencer à mesurer les progrès que l’on peut faire. C’est du moins vrai pour les mesures produits, ce qui concerne le site a davantage d’utilité pour nous, en interne. Ce que l’on peut partager avec les clients, ce sont des objectifs d’amélioration. De toute façon, l’essentiel de la marge que l’on a est souvent sur le support d’impression : chez Grafik Plus, le papier pèse 60 à 70 % de notre impact carbone. Il est facile d’en proposer d’autres, avec de meilleurs paper profiles, mais quand on est verrouillés sur des marchés où le client est vraiment attaché à une référence, il faut essayer de trouver d’autres leviers.

Groupe Prenant

Juliette Guillermou (Cheffe de projet) & Philippe Vanheste (Directeur général adjoint) – « On aiguille au mieux nos clients pour qu’ils fassent des choix éclairés, sachant que les papiers pèsent aujourd’hui pour plus de 71 % de notre empreinte carbone. »

PV : Nous avons renforcé l’approche RSE du groupe il y a dix ans, pas tant sur un plan normatif que volontaire. Dans cette optique, nous avions à l’époque certainement plongé trop vite dans une démarche de bilan carbone, sans être prêts : les exigences étaient telles que cela s’est avéré inapplicable. Ce qui m’a séduit avec ClimateCalc, c’est qu’on ne nous demande pas l’impossible : si on n’est pas tout de suite en mesure de renseigner certaines informations, on peut se raccrocher à des valeurs moyennes et avancer. Le fait que ce soit un outil collectif européen facilite l’appropriation d’une démarche qui reste abordable, que l’on soit une petite ou une grande entreprise. L’intérêt premier, à ce stade de notre démarche, c’est de pouvoir garantir aux clients une transparence. C’est le fait de pouvoir leur dire : « Vous faîtes 20 000 brochures, on est en capacité de vous dire quel est l’impact carbone de cette production, avec des estimations directement sur le devis et/ou sur la facture ». Les pistes d’amélioration sont pour nous la prochaine étape.

JG : Nous avons aujourd’hui une base d’informations solides pour travailler sur le long terme une baisse de nos émissions carbone, mais il faut que ça concorde avec des impératifs économiques. La crise de l’énergie nous a par exemple contraints à gérer une urgence en termes de maîtrise des coûts. La dimension économique existe aussi pour les clients, lorsqu’ils doivent choisir un papier : même les plus investis font des compromis. Typiquement, choisir un papier recyclé est très compliqué : l’impact carbone va varier énormément selon les propriétés qu’on en attend et selon son lieu de production. On sait par exemple que si c’est en Suisse, avec une énergie globalement hyper-décarbonée, c’est l’idéal. Mais à quel prix ? On les aiguille au mieux pour qu’ils fassent des choix éclairés, sachant que les papiers pèsent aujourd’hui pour plus de 71 % de notre empreinte carbone. Cela étant dit, on voit apparaître la notion de bilan carbone dans des appels d’offre aujourd’hui : c’est une vraie évolution, ça n’était pas aussi explicite quelques années auparavant.

Nortier Emballages

Sandra Cloarec (Responsable RSE & QSE) – « Nous sommes toujours force de proposition. »

ClimateCalc est un engagement de longue date pour nous, puisque cela a débuté en 2014. Mais nous n’étions probablement pas assez mûrs à l’époque, raison pour laquelle ça n’a abouti que récemment, avec un vrai coup de boost consécutif à notre labellisation Print Ethic : c’est via l’enjeu 10 que nous avons pu relancer un bilan carbone, sachant que nous étions dans le même temps challengés de façon récurrente par nos clients sur cette question : quelle empreinte carbone pour tel produit ? Quelles actions mettez-vous en place ? Etc. Dans le milieu du packaging cosmétique de luxe, c’est devenu une préoccupation très sensible. Nous aurions pu prendre un autre outil, mais dans la mesure où ClimateCalc est pensé spécifiquement pour les industries graphiques, avec un réel accompagnement, cela lui confère un net avantage. A ce stade de la démarche, nous avons d’ores et déjà décidé de nous faire accompagner pour mieux comprendre et optimiser nos consommations énergétiques. Mais la question la plus complexe finalement, c’est celle de savoir ce que l’on fait des résultats que nous obtenons sur le calculateur. Sur la partie mesurant les impacts du site d’impression, c’est peu lisible d’un point de vue extérieur et sans contextualisation, c’est difficile à interpréter. Pour les produits, nous sommes toujours force de proposition auprès de nos clients avec des propositions écoconçues.

Cloître Imprimeur

Anne-Emmanuelle Crivelli (Responsable RSE & Innovation) – « Privilégier l’impact bas carbone, privilégier le local ou privilégier le recyclé, ce n’est pas forcément se rendre aux mêmes choix. »

ClimateCalc est un précieux outil de progrès, mais pour comparer différents imprimeurs entre eux, c’est déjà plus compliqué : un chiffre d’émissions de CO2 ne suffit pas, il faut comparer des démarches RSE, des démarches de certification, des parcs machines, des politiques d’intégration notamment vis-à-vis du handicap etc. Le bilan carbone est à mon sens un levier parmi d’autres, mais grâce à ClimateCalc, je pourrai par exemple à terme proposer à nos clients une option bas carbone : parce que je suis maintenant en mesure de calculer l’impact CO2 de nos produits et donc de proposer des alternatives, en travaillant notamment sur le support d’impression. Mais il faut bien avoir conscience que selon ses priorités, on ne tirera pas les mêmes conclusions : privilégier l’impact bas carbone, privilégier le local ou privilégier le recyclé, ce n’est pas forcément se rendre aux mêmes choix. Ce sont des engagements complémentaires et qui tirent évidemment dans le même sens, mais j’essaie de dire à nos clients qu’il n’existe pas d’approche-type qui concentre à elle seule toutes les bonnes pratiques. Il s’agira toujours de trancher, en fonction de ses objectifs.